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Journal d’une confinée!

Lundi 16 mars 2020 : Coronavirus

 

« Restez chez vous ! Restez chez vous ! Qu’ils nous disent ! « Lisez des livres, regardez des films, écoutez de la musique, jardinez ! »  Ok !Ok !

Mais là il ne s’agit pas seulement de passer le week-end ou d’une semaine de vacances. Il y en a pour 45 jours ! C’est long  45 jours !Un mois et demi !Et juste quand va arriver le printemps !

Les premiers jours sembleront idylliques, surtout à ceux qui travaillaient. Ouais !  Des vacances ! On va faire la grasse mat’, manger des chips affalés sur le canapé devant la télé, se faire des apéros tout seul, mais ensuite…On va s’ennuyer comme des rats morts !

J’espère qu’ils vont nous distribuer du Prosac gratuitement  sinon on va se mettre à déprimer, surtout les personnes seules, péter les plombs et se suicider. Ce qui me console c’est que les  couples au bout des quelques temps ne pourront plus se supporter, eux qui n’avaient pas l’habitude d’être toujours ensemble. Il faudra leur distribuer une liste d’adresses d’avocats pour le divorce ! Un liste de gynécos pour ceux qui auront tué le temps… sur l’oreiller. On va tous devenir obèses à force de grignoter, ou alors alcooliques ! Y en a qui vont recommencer à fumer, puisque les tabacs sont encore ouverts !

Mais arrêtez de le dire ! On a compris ! Basta ! Ah ! Les chorales de donneurs de leçons ! Et arrêtez de nous culpabiliser parce que ce dernier week end, vous avez préféré rester devant votre télé ,à bouffer des chips et des cacahuètes bien grasses, affalés dans votre canapé, au lieu d’aller prendre l’air et le soleil et aérer vos poumons en respectant les consignes de sécurité. Là où c’était vraiment dangereux, c’était en allant voter, parce que là les consignes…heu…

Mardi 17 mars :1er jour de confinement !

On nous dit : « Pensez à nos infirmières, au personnel hospitalier, aux docteurs, même aux caissières de super marché, qui sont là en première ligne pour nous sauver la vie ! » C’est vrai ! Je les remercie, je les félicite, je les encourage, je les plains, je les soutiens…etc… Mais eux, au moins, ils se sentent utiles, ils sont dans l’action, dans la vie. Nous, pauvres péquins, on est là, enfermés, inutiles, encombrants, dangereux même, et culpabilisés de n’être pas utiles, d’être encombrants, dangereux ! Des boulets quoi ! Des boulets dont on voudrait bien se débarrasser, laissés de côté, à attendre, à subir sans 89905237_2598504687084597_616773697595768832_npouvoir agir, sans pouvoir réagir, (sinon très connement à acheter du papier toilette et des pâtes !), laissés sur le bord de la route, parqués comme des animaux dans des zoo, comme des indiens dans leur réserve. Mis à l’index comme si on y était pour quelque chose, comme si c’était de notre faute, comme si on était responsables, voire même coupables ! Juste bons à aller voter ! On est là comme des cons, et on ne peut rien faire…Et on sent bien qu’on gêne, on nous l’a assez dit : « Restez chez vous, sous- entendu : « Ne trainez pas dans nos jambes, vous voyez bien que vous ne servez à rien que vous gênez, que vous être dangereux ! Allez au rebut ! A la casse ! » Comment voulez-vous ne pas déprimer dans ces conditions ! Et on n’est que le 2ème jour !

 

Mercredi 18 mars : 2ème jour de confinement !

Ca y est, la routine s’installe…

7h du matin. Le chauffage, qui se met en route comme tous les matins, me réveille. J’ouvre un œil…Et une oreille : « Tiens bizarre ! Pas trop de circulation dans la rue… »  Et là, paf, je me rappelle: « Oui ! C’est vrai ! CONFINEMENT ! Ce n’était pas un cauchemar, je suis bien réveillée et c’est réel ! On y est et pour de bon ! ! Enfermée dedans !  Je soupire, découragée, prête à me retourner de l’autre côté pour essayer de me rendormir. Mais rien à faire ! Le petit vélo dans ma tête s’est déjà mis en route ! Et je me demande : « Qu’est-ce que je vais bien faire de cette journée ? Bon ! Voyons… Je vais faire un peu de yoga, un peu de taï chi, un peu de méditation, un peu d’écriture, peut-être un peu de musique… C’est vrai, ça fait longtemps que je n’ai pas touché l’accordéon !…Et du piano…Quoi d’autre ?» Mais, bientôt mes chats grattent à la porte. Ils ont senti que j’étais réveillée. Ils viennent dire bonjour et ils sont en pleine forme, eux ! Il leur faut des caresses, des câlins. Ils ont faim et il faut leur donner à manger. Ils ne se doutent de rien. Pour eux, rien n’a changé, la vie continue comme avant. Il n’ont pas d’état d’âme. Ils trouvent que le printemps est beau, l’herbe tendre,  qu’il y a des fleurs dans le jardin, que la température est bien agréable ! Ils guettent les oiseaux qui chantent dans les arbres, ils se dorent au soleil…Ils dorment ! Ils dorment…Ils ne s’ennuient jamais eux ! Quelle chance !Chats

Tout ça me fait penser qu’il va falloir que je sorte un de ces jours pour aller leur acheter des croquettes. La réserve du sac s’amenuise. C’est tout ce dont j’ai besoin pour l’instant. Pas d’urgence dans les provisions. Même en ce qui concerne le papier toilette, je peux tenir encore !  Comme je ne fais que deux repas par jour, je ne consomme pas trop. Un peu d’eau chaude au petit déjeuner, en écoutant les nouvelles (déprimantes et pas fraîches), avec une vitamine C ! Et hop ! Je laisse la radio qui passe de la musique en boucle, pour ne pas avoir le silence qui résonne dans la maison. (Mais je n’écoute pas les informations, parce qu’ils répètent toujours la même chose tout au long de la journée)….Tiens ! Tiens ! Encore pas mal de voitures qui circulent dans la rue, malgré le confinement !

Et puis j’ouvre l’ordinateur…Messagerie orange… .et puis Facebook ! Pas trop longtemps Facebook parce qu’on y passerait sa journée et c’est déprimant ! Facebook c’est comme « Plus belle la vie » on trouve ça nul, mais on arrive pas à s’en déscotcher ! Pourtant quelque fois y a des trucs intéressants. En ce moment il y a des gens qui partagent des trucs de yoga ou de gi gong, ou de méditation. C’est super. Tu t’aperçois aussi qu’il n’y a pas que des gros cons qui se ruent sur le papier toilette et les pâtes. Il y a aussi des gens qui ont de l’humour, qui réfléchissent, qui créent, qui sont généreux, inventifs, drôles…

Bon ça suffit Facebook ! Au travail ! Qu’est-ce que j’avais prévu déjà ? Ah : Oui ! : Yoga, Taï Chi, méditation, écrire, musique…

Le problème c’est que je n’ai envie de rien faire. Je ne suis même plus ni déprimée ni en colère. Je suis comme anesthésiée. Comme  fatiguée de ne rien faire. Je tourne en rond comme après un rupture, un chagrin d’amour. Vous savez « un seul être vous manque et tout est dépeuplé » C’est exactement ça ! La dernière fois que j’ai eu cette sensation c’est, il y a quelques années, quand ma télé était tombée en panne. (D’ailleurs depuis je n’ai plus de télé !). Je n’arrive pas à m’habituer à la pensée de n’avoir rien à faire, à l’idée que, si je veux, je peux  ne rien faire de toute la journée ! Que je ne suis plus obligée à rien …sauf à rester chez moi!  Tout à coup, je sursaute, angoissée l’espace d’un quart de seconde, comme prise en faute: « Je n’ai rien fait de la journée ! »

Je me dis que pour les gens qui ont un travail « alimentaire », être obligé de s’arrêter, c’est un peu des vacances ! Mais pour ceux dont le travail est une passion, s’arrêter c’est terrible ! C’est le vide, c’est  le monde qui s’effondre sous nos pieds ! On perd son moteur, son ressort, ce qui nous donnait envie de nous lever le matin, sa raison de vivre…Les heures passent et il ne se passe rien ! Et comme disait ma belle-mère quand elle était déprimée : « Les bras m’en tombent ! ».

Bien sûr mes états d’âme ne vous intéressent peut-être pas. Bien loin de moi  la prétention d’émettre des pensées philosophiques profondes. C’est juste un journal de bord. Rien de plus !

Mais bon je vois que, là, c’est la nuit qui tombe. « Déjà » dit la petite chèvre de monsieur Seguin. La journée est passée, tant bien que mal. Et ma foi plutôt pas mal. Demain sera un autre jour. Je suis en vie, c’est l’essentiel. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Bonne nuit à tous. Hauts les cœurs. Prenez soin de vous. Courage à nos soignants, à ceux qui doivent travailler, à ceux qui n’ont pas de maison. Moi je suis déjà privilégiée ! Merci  la vie !

Jeudi 19 mars : 3ème jour de confinement :

 8h30 Houla ! Couchée minuit et demi, levée 8h 30. Même pas réveillée par la mise en route du chauffage ! Le rythme change !

Un ami écrit : « Je me lève de plus en plus tard ! Et le pire c’est que je m’endors toujours à peu près à la même heure… Et même hier j’ai fait une petite sieste .. C’est grave ? » Je lui ai répondu : « Qu’importe ! Profite…Avec un peu d’entrainement, dans quinze jours ou deux ou trois mois, tu arriveras à dormir une journée entière! ».  Confinement et cure de sommeil, même combat ?

J’entends dire à la radio que le troisième jour c’est le plus dur ! Qu’il faut le passer et puis qu’après ça va…Tiens tiens ! Comme quand on fait les vendanges ! Ou comme au théâtre ! La première représentation est toujours réussie, malgré tous ses défauts, car on y met toute l’énergie accumulée pendant les journées de répétitions. La tension monte de plus en plus à mesure que se rapproche la date de la première. Et le jour dit, c’est comme un délivrance, un accouchement, on lâche tout, et on donne le meilleur de soi ! Quelques soient les circonstances, quoiqu’il arrive.

La deuxième est toujours un peu en dessous, une peu fade, peut-être à cause de la fatigue, du fait qu’on a tout donné la veille ! Peut-être aussi parce qu’on se dit : « ça y est le spectacle a été créé, le plus gros est fait ! »  Et en quelque sorte on se repose une peu sur ses lauriers. Mais elle est souvent plus au point car on a peut-être rectifié dans la nuit quelques erreurs, résolus quelques problèmes, changé en catastrophe quelques points qui clochaient..

La troisième représentation est redoutable, car elle donne le ton de la suite. C’est tout bon ou tout mauvais !  Elle engage l’avenir du spectacle…Qu’en sera-t-il de ma journée ?

Bon ! J’ai déjà mis une machine à laver en route. Allez !. Commençons par une petite méditation du matin avec Christophe André. … A tout à l’heure !

Dans la matinée, j’ai reçu plein de petits messages sympathiques. Des gens qui prenaient de mes nouvelles, qui me faisaient de petits coucous, qui m’envoyaient des bises. On dirait que la solidarité se met en place. Après l’étonnement, la stupéfaction, l’hébétude, le déni, la peur, l’agacement, l’énervement, la colère, la déprime, le repli sur soi…Est-ce l’acceptation ? En tous cas, on se souvient peu à peu qu’on a des amis. Ce n’est d’ailleurs pas toujours ceux qu’on croyaient qui vous appellent. On est quelquefois surpris en recevant des témoignages d’amitié de la part de gens qu’on ne soupçonnaient pas. Ca fait vraiment chaud au cœur.

Comme il me fallait faire des courses, je suis allée au petit casino sur la place du village. R.A.S ! Rayons achalandés correctement, trois pékins dans les allées, pas de queue à la caisse, tout le monde poli et de bonne humeur ! J’ai trouvé sans problème tout ce que je voulais…Apparemment les gens préfèrent aller s’agglutiner dans les grandes surfaces….Grand bien leur fasse !

J’ai échangé quelques mots avec ma petite voisine, de fenêtre à fenêtre. C’était très sympa. Elle m’a dit que la semaine prochaine elle était réquisitionnée pour aller travailler à l’hôpital et que son mari, qui est en télétravail allait se retrouver seul à la maison avec les deux enfants ! Wouah ! Bon courage ! Je me sens de plus en plus privilégiée, en pensant aux familles qui vivent dans des apparts en ville…Et je me dis que, si j’étais ado, lycéenne ou étudiante, ça me ferait vraiment  suer d’être confinée à la maison avec mes parents sans pouvoir voir les copains !

A midi, par contre, je me suis sentie bien seule pour jouer du Bach à ma fenêtre… C’est une   idée venue d’Italie qui avait été lancée mardi, (semblable à celle d’applaudir nos soignants à 20h), une bonne idée pour lutter contre la morosité ambiante… Hier j’ai joué l’Aria de la fugue en ré au piano, mais aujourd’hui je me suis lancée à l’accordéon. Bon c’était peut-être un peu laborieux car j’ai plutôt l’habitude de jouer du classique au piano, mais le coeur y était! Seulement, avec les voitures qui passaient dans la rue (?!) peu de gens ont dû m’entendre! Tant mieux ou tant pis ! Qu’importe je recommencerai demain. Et dans quinze jours ou trois mois (ou six mois ?) je jouerai Bach à l’accordéon aussi bien que Richard Galliano! On peut rêver non?

On m’a dit aussi que pour tenir la longueur, il faut varier les activités. Alors après Bach à ma fenêtre, j’ai expérimenté l’apéro au soleil dans le jardin. Bière blanche et pistaches, avec mon chat sur les genoux ! 20200319_125059_resizedHé ben ! C’est pas mal du tout ! Je me suis aperçue que le lilas commençait à fleurir, que le sureau avait mis toute ses feuilles, que le figuier ouvrait ses bougeons, que la coronille sentait bon… et je me suis souvenue, j’ai réalisé que le printemps était là dans deux jours…Avec toutes ces émotions, j’avais oublié ça aussi…Et j’ai été heureuse ! Mon chat était ravi aussi ! A refaire ! Bon, peut-être pas tous les jours, ça pourrait devenir dangereux pour le foie.

Ce soir aussi, je me suis sentie bien seule à 20h à applaudir nos soignants et tous ceux qui se battent pour nous. Le claquement de mes mains résonnait un peu comme une incongruité dans le silence de ma rue ! C’est ça la vie à la campagne. Il y a des avantages et des inconvénients ! Qu’importe, je recommencerai demain.

Hé bien, finalement, cette troisième journée est passée très vite ! Si on fait pas gaffe, on va se retrouver à Noël sans avoir rien vu venir ! Qu’ils se méfient ! On pourrait y prendre goût…à ne rien faire

Vendredi 20 mars : 4ème jour de confinement :

Ah la la ! De bon matin, pleine d’enthousiasme et d’énergie, j’ai voulu essayer d’enregistrer une vidéo d’un de mes cours de yoga ! Pour pouvoir l’envoyer à mes élèves, et qu’ils puissent continuer à pratiquer malgré le confinement… Ca avait l’air tout simple et facile. Tout le monde fait ça à l’aise. Et va-s-y que je m’enregistre en train de chanter une chanson, et va-s-y que j’enregistre le concert de machin et que je le poste sur youtube ou sur facebook, et va-s-y que je film mon chien en train de courir, mon enfant en train de danser ! Mais comment font-ils ? Moi, j’y ai passé la matinée !! J’ai enregistrée une vidéo, oui, mais elle s’arrête après 20’. Peut-être que c’est normal. Mais ensuite je ne peux l’envoyer nulle part, car elle est « trop lourde » ! «  Il faut la rogner » qu’ils disent !  « Vous n’avez pas un espace de stockage suffisant » qu’ils écrivent ! Bref résultat : zéro pointé,  wallou, niet. Je n’ai certainement pas le bon matériel ni le savoir- faire adéquat.  C’est ça les gens de la vieille école ! Il est là le conflit de génération. Et c’est là qu’on se sent vieux …

image1(1)Ca y est, du coup me voilà découragée, écoeurée. à nouveau déprimée ! A nouveau « les bras m’en tombent » ! Du coup j’ai oublié de jouer du Bach à ma fenêtre ce midi, alors que j’avais travaillé un morceau ! Zut Zut et Zut !J’aurais mieux fait de faire une petite méditation ! Je vais aller manger quelque chose. Qui sait, cette lassitude soudaine, ce découragement viennent  peut-être seulement de ce que je suis en hypoglycémie ??? Allez, je vais me boire une petite bière !

Oui ! Mais ça suffit pas. Et comme je suis en colère, je  « roumègue » comme on dit chez nous, ou, plus élégamment, je « roule des pensées critiques dans ma tête ». Je m’interroge, je me questionne, je m’interpelle…Bref je broie du noir : Je trouve quand même que les plus riches sont bien silencieux face à la catastrophe sanitaire et humaine. Et quand je dis les plus riches, je parle des très très riches ! Autrefois, en cas de guerre ou d’épidémie, les seigneurs accueillaient les serfs, les paysans dans leurs châteaux pour les protéger. Là, ils se font petits, petits, tous ces milliardaires, dont on voit s’étaler habituellement sans vergogne les photos dans les revues people ! Ils sont bien silencieux ceux qui sont allés planquer leurs milliards en Suisse, en Russie, en Patagonie, au Groënland ou ailleurs que sais-je ! Tous ces milliards , ils servent à quoi ? Toutes nos grands privilégiés français ils font quoi pour la solidarité ? Pendant que nos infirmiers, nos médecins, nos routiers, nos caissières se démènent, s’épuisent, risquent leur vie  tous les jours pour un salaire de misère ? Ils sont où nos richards ! Sont-ils tous allés se confiner dans leur palaces ? Seuls ? Bien à l’abri ?

Et tous ces beaux hôtels particuliers, ces résidences secondaires vides, ne pourraient-ils pas être utiles à installer des lits ? Y-a-t-il des nantis qui ont proposé quelques millions pour la fabrication de masques par exemple ? Où sont donc tous ceux qui mettaient de l’argent dans la réfection de Notre Dame de Paris ? Les humains ne méritent -ils pas la même générosité ? Patrick Bruel, par exemple dont on sait qu’il est la deuxième fortune de France (ou la troisième, cinquième ou sixième, qu’importe) ne peut-il faire rien d’autre qu’enregistrer une petite chansonnette sur youtube, pour nous remonter le moral ? C’est très gentil certes, mais bon… Oh ! Patriiiiiiick ! Mille excuses ! Tout ça juste parce que je suis en colère de n’avoir pas pu poster moi aussi ma petite vidéo.

Les hôpitaux militaires participent ! Merveilleux, mais n’est-ce point de l’argent public là ? L’Etat participe à renflouer les banques, s’engage à payer… Encore de l’argent public ! Et quelle est la participation des cliniques privées dans cette crise ? Y a-t-il solidarité entre l’hôpital et les cliniques pour recevoir les malades…etc…etc… Que de choses dont on ne nous dit rien, dont les médias ne parlent pas ! Les doigts sur la couture du pantalon, ils ne se mouillent pas et répètent bêtement, inlassablement ce qu’on les autorise à dire. Ils sont aux ordres. Ou alors je n’écoute pas les bonnes radios.

Oh ! il faut que je me calme ! Au secours ! Y-a-t-il du Prosac ou du Lexomil dans l’avion ? Au secours Christophe André, Fabrice Midal, Jacques Salomé, Thich Nhat Hanh ! Je craque ! Non, je déconne ! C’est ça le trop d’oisiveté…Ca finit par vous monter à la tête !

Une petite séance de gi gong plus tard tout va beaucoup  mieux. Ouf ! J’ai retrouvé la ligne bleue des Vosges, j’aperçois, sinon le bout du tunnel, du moins la lueur du phare sur la mer calmée, les sirènes se sont arrêtées de chanter. Tout est ok. Tout va très bien Madame la Marquise ! La ligne Maginot est à nouveau imprenable et  il ne manquera pas un seul bouton de guêtres…Respirons…A nouveau les oiseaux chantent, le soleil brille et les heures s’égrènent en silence. Respirons…

Au fond, cette vie en confinement, c’est un peu comme la période entre Noël et le jour de l’an, à part qu’on a pas à se préoccuper d’aller acheter les cadeaux ! Plus de factures, plus de coups de téléphone intempestifs ! Curieusement le téléphone s’est tu. Enfin ! Passés à la trappe les harcèlements quotidiens, les offres de pose de panneaux solaires, d’isolation à 1 euro ! C’est les vacances quoi ! Le silence. Alors d’où me vient cette impression que, comme avant le confinement, je n’aurai pas le temps de faire tout ce que je voulais faire dans cette journée ? Qu’il faut encore que je me presse, que je me hâte, que je me dépêche ? Je suis incorrigible. C’est grave docteur ?

Mais alors que le calme était à peu près revenu, voilà que j’apprends que le marché du dimanche de mon village, vient d’être annulé ! Je me demande bien en quoi un marché en plein air est plus susceptible de favoriser la contagion que l’intérieur d’une grande surface ?? Ce qui est sûr, c’est que les petits producteurs vont crever la gueule ouverte !  Edith la fromagère qui vient d’Aujac, avec qui j’étais au lycée, la marchande d’huile et de miel de Bizac,  le petit poissonnier du Grau du Roi, les marchands d’œufs des Costières,le petit vendeur de téllines, les maraîchers de Calvisson, de Vauvert etc…etc…Que vont-ils devenir ? Comment vont-ils survivre ? Et la grande distribution va continuer en à s’en mettre  plein les pognes ! Hé oui !  Je suis dégoutée. Je sais les ordres viennent de plus haut, mais  quelle tristesse…

Et comme si ça ne suffisait pas, cerise sur le gâteau, j’apprends à la toute dernière minute que la banque alimentaire, qui permettait aux personnes en grandes difficultés financières d’avoir accès à une distribution gratuite de nourritures de première nécessité vient d’être fermée en raison du coronavirus ! On ne prête qu’aux riches. Bon appétit messieurs !

Décidément c’était une journée à oublier! J’aurais dû lire mon horoscope avant de me lever, je me serais tout de suite recouchée ! Bof, j’ai toujours écrit un petit billet d’humeur. Ce n’est déjà pas si mal !

Samedi 21 mars : 5ème jour de confinement :

Hé oui ! C’est le printemps.

Ce matin, je me suis réveillée avec une drôle de sensation. Tout était tellement silencieux ! Même la rue était vide, pas une bruit, pas une voiture. (Evidemment, c’était samedi aujourd’hui, jour de congé). J’ai eu brusquement l’impression que j’étais seule au monde ! Que j’étais la seule survivante ! Comme dans les films de science-fiction après une catastrophe. Que tout avait disparu, le quartier, le village, que ma maisons était la seule réalité, le seul vestige. Au dehors le chaos, le néant… Les seuls signes de vie autour de moi étaient le vol des oiseaux et la présence de mes chats. (J’ai d’ailleurs l’impression que mes chats commencent à se rendre compte qu’il se passe quelque chose de « pas normal »)…Puis un voiture est passée dans la rue, et j’ai su que je n’étais pas la seule à être en vie. J’ai respiré. Est-ce que j’ai été déçue ? Je ne saurais dire…Bon, je n’y croyais pas vraiment, mais j’ai aimé jouer à cela pendant quelques minutes…Il faut bien jouer un peu avec tout ce temps libre, ce temps à occuper, ce temps à tuer ….Matthieu dans les blés

Mais aujourd’hui, je ne ferai pas la même erreur qu’hier ! « Chat échaudé craint l’eau froide » ! Aujourd’hui, je ne me fixe rien. Je ne prévois rien. Je vais me laisser guider par mes envies, laisser venir les choses à la « va comme je te pousse », à la découverte…Je vais être légère, irrésolue, irresponsable, contre-productive, vaine ! Je vais profiter pleinement de ce que je ne dois plus rien à personne, ni même à moi-même. Personne n’est là pour me juger, me contrôler, pour voir ce que je fais chez moi ? Si je voulais, je pourrais dormir toute la journée ! Rester en pyjama jusqu’au soir! Non ? Qui m’en empêcherait ? Tiens ! Tiens ! En étant confinés, serions-nous enfin débarrassé du « regard des autres », de la censure du regard des autres? En tous cas, c’est une piste de réflexion à creuser… Je disais dont qu’aujourd’hui, je vais être légère, diaphane et vaine  (Ca ne veut rien dire, mais j’aime le rythme de ces mots !). Je verrai bien ce qui va se passer…

16h . Déjà ? J’ai l’impression de n’avoir rien fait ! Ah ! Ah ! Ne voilà-t-il pas un petit sursaut de culpabilité ? Mais non ! Pourquoi ? Qu’importe ! Rien ne presse. Ma mère aimait à dire : « La mère des jours n’est pas morte ». Cela n’a jamais été autant d’actualité. J’aurai bien le temps demain…et après-demain…et après après-demain…Oui ! En ce moment, il est parfaitement autorisé de  « remettre au lendemain ce qu’on n’a pas pu faire le jour même » ! C’est même recommandé. Super ! On peut  être procrastinateur sans vergogne sans se faire montrer du doigt ! Hé oui ! C’est qu’il faut en garder un peu pour après, des choses à faire ! Car si les journées passent vite, la durée de notre confinement semble vouloir s’allonger à peu près autant que poussent nos cheveux. (Je prévois d’ailleurs de me faire des couettes dans quelques temps. Et j’espère, messieurs, que vous avez fait provision de crème à raser en quantité !).

C’est ça qui nous donne le vertige, qui nous panique ! C’est qu’on ne sait pas combien de temps cela va durer, combien de temps cela peut durer. C’est le grand flou.

Et en ce moment, tout ce qui était jusque-là préconisé, encensé, applaudi – l’activité, la performance, l’efficacité, la rapidité, la compétitivité – tout cela semble n’avoir plus de sens, plus de raison d’être pour nous les « confinés ».  Pour nous, le mot d’ordre semble être « farniente » ou « relax and enjoy » !  Par contre, les autres, ceux qui sont dehors, dans la « vraie » vie, exposés, ceux qui travaillent encore, qui se battent pour nous, qui prennent des risques pour nous, qui sont en première ligne pour nous protéger, pour faire en sorte qu’on ait de quoi manger, eux, les médecins, les infirmiers, les facteurs, les caissières, les routiers etc… ils sont toujours à l’ancienne mode, si je peux employer ce terme. Pour eux pas de repos, pas de farniente. Bref, nous nageons en pleine schizophrénie. Le monde, la société roule à deux vitesses. Une partie s’agite et transpire, l’autre se repose et fait du gras… Mais n’était-ce pas déjà un peu comme ça avant ? Simplement les catégories ne sont peut-être plus exactement  les mêmes, certains des joueurs ont peut-être changés de camp !Resized_20200227_192054

Et que dire de tous ces imbéciles, ces inconscients, ces égoïstes qui, confondant confinement et vacances, fuient la capitale et les zones à risque, débarquant dans leurs résidences secondaires à La Rochelle, à la mer, à la campagne, sur la côte, dans le midi, pour trouver refuge dans cette  « province » qu’ils méprisent habituellement, et viennent nous apporter allégrement leurs microbes, encombrer nos supermarchés et nos hôpitaux…Stop ! J’ai dit que je serai légère aujourd’hui…Légère, diaphane et vaine…

Tiens, ma petite voisine, qui allait faire des courses, vient de sonner chez moi pour me demander si elle pouvait me ramener quelque chose. C’était tellement gentil que j’ai presque eu honte de n’avoir besoin de rien. C’est un jeune couple avec deux enfants. Nous ne nous nous étions jamais beaucoup parlé auparavant, quoiqu’ils aient l’air très sympathiques. Le confinement rapproche…On peut trouver aussi du bon dans le  coronavirus…

19h55. Je m’interromps. En guise d’applaudissement, je vais aller jouer Bella Ciao à l’accordéon sur mon balcon pour encourager tous ces gens qui travaillent pour nous. Bougez pas, je reviens !

Pour finir dans le ton de cette journée, un peu neutre, je partage avec vous cette anecdote : Tout à l’heure, une amie m’a demandé par sms si j’étais allée voir un truc sur internet, et je me suis surprise à lui répondre : « Non. Je n’ai pas eu le temps ! »  Et c’était vrai. Mais quand même, c’est à mourir de rire, non ? Pas le temps ! Pas le temps ! Par les temps qui courent ! N’empêche, on est quand même bien loin de la fièvre du samedi soir !

Dimanche 22 mars : 6ème jour de confinement !

J’ai commencé ce journal de bord, cette chronique du confinement, un peu par jeu, et, d’abord et surtout, pour passer le temps. Et puis j’y ai pris goût. Et c’est presque devenu un besoin. Serait-ce devenu une obligation ? Une astreinte ? Que nenni ! Sûr c’est un grand plaisir…Mais, comme disait Depardieu à Catherine Deneuve dans le film Le dernier métro  : «  c’est une joie et une souffrance ! ». Bon c’était la minute cinématographique ! En tous cas, je me sens tenue de le continuer. Ca m’occupe vraiment.  Et dés le saut du lit, à peine un œil ouvert, je commence à y penser. Et quelque fois, même je m’angoisse : « Et si je n’avais plus rien à dire ? Et si je ne trouvais plus rien à dire ? » Parce qu’enfin, je suis confinée dans ma maison, sans sortir, sans voir personne. Est-que mon inspiration ne risque pas de se tarir au fil des jour. Avec l’usure du temps !  Je ne sais plus qui a écrit  Voyage autour de ma chambre . C’est un livre que j’avais reçu au lycée grâce à un prix quelconque. Il faudrait peut-être que je le retrouve et le relise… Une chose est certaine, cela ne m’empêche pas de dormir. En ce moment, je dors ! Je ne sais pas vous, mais moi je dors. Je dors beaucoup ! Je ne réveille plus jamais avant 8h. Evidemment, je ne me couche pas très tôt non plus. Quand on n’a pas l’obligation de se lever tôt, on laisse s’allonger la soirée. On traîne… devant la télé, devant l’ordi ou dans son lit avec un livre. Et on n’arrive plus à se lever comme avant. Mais forcément comme ça la matinée passe plus vite.

D’ailleurs…10h30. Déjà ? Hé oui ! Déjà ! En fait , je m’aperçois que chaque fois que je regarde l’heure, je me dis « Déjà ? » Le temps serait-il en train de s’accélérer ? Et, au fait, quand on va changer d’heure, à la fin de la semaine prochaine, ça va nous faire  quoi ? Hein ?Parce que normalement on doit changer d’heure dans la nuit de samedi à dimanche prochain. Le confinement ne va rien y changer.  Comment allons-nous vivre cela ?D’habitude tout le monde râle : « Ca nous chamboule tout, ça nous  détraque l’estomac, et en plus ça ne sert à rien, ça fait même pas faire des économies ! » . Alors, cette année, comme la plus part d’entre nous n’avons rien à faire, est-ce que ça va nous déranger. Surtout qu’on a d’autres choses à penser, et de plus importantes, ou de plus urgentes…

Ils disent tous : « Pour lutter contre le confinement et garder le moral, il faut : 1 Ranger sa maison. 2 – Aérer sa maison. 3 – Faire un peu de sport. 4 – Manger moins et moins gras.     5 – Boire beaucoup, de l’eau, un peu de vin (mais pas trop…). 6 – Communiquer avec ses proches, prendre de leurs nouvelles. 7 – Rire. 8 – etc…etc…

Je coche presque toutes les cases, sauf celle du ménage ! Si vous voyiez le bordel chez moi ! Des papiers, des livres, des partitions partout ! Mais, c’est  plutôt un joyeux bordel ! Un bordel sympathique. Bien sûr, la vaisselle s’empile dans l’évier, la poussière recouvre les bibelots, s’entasse sur les meubles ! Que voulez-vous, je n’ai pas envie de faire le ménage ! Le sport, oui, la musique , l’écriture, le yoga…etc…oui ! Mais le ménage, non ! En même temps, comme personne ne rentre plus dans la maison, on salit moins, on a moins besoin de nettoyer. Non ? Pftttt ! La belle excuse… Bon, manger moins et moins gras ? Normal ! Sinon, comme on bouge moins, on va prendre 10kg. Et ensuite, ça va être l’horreur pour les reperdre ! Il va falloir renouveler notre garde- robe, ce qui va occasionner des frais supplémentaires… Bref, c’est encore et toujours la même histoire : Trouver le juste milieu entre lâcher prise et tenir bon !

Je tourne autour du pot, mais il va quand même falloir que je m’y colle à cette vaisselle. Plus une assiette propre ! Pour un dimanche, ça la fout mal ! Ah !C’est la loi de la nécessité. Dura lex sed lex ! (Là c’était la minute des latinistes). Nos vies ont des allures de traintrain, de routine ? …Mais quelle signification donner à ces expressions en cette époque de confinement, en cette périodes où les jours se ressemblent par obligation, où demain sera pareil  à hier et après-demain encore plus peut-être…

Aujourd’hui c’est dimanche. Mais un dimanche sans marché ce matin, un dimanche sans randonnée cet aprèm… Un dimanche pas différent de demain,  de lundi, mardi, mercredi…et, comme le chantaient Areski et Brigitte Fontaine « tous les jours de la semaine… ».         Il est 13h. Je bois une petite bière au soleil dans mon jardin. Tout autour de moi, ça sent les saucisses grillés. On pourrait presque croire que c’est un dimanche comme les autres. Le même calme, les mêmes odeurs de grillades, la même musique diffusée par la radio ou la télé  des voisins, le tintement des verres qui annonce l’apéritif ou le repas…Et ce printemps ! Ce soleil ! Ce printemps radieux. Tout va bien ! Bien sûr, je fanfaronne. Il ne faudrait pas que mon portable, mon ordi ou mon magnétoscope tombe en panne ! Car alors tous mes beaux discours sur les fleurs, le printemps et les p’tits oiseaux s’envoleraient en fumée !

Juste un exemple : Dimanche dernier, ma voiture a eu la bonne idée de tomber en panne ! Panique générale! Grösse, grösse catastrophe ! Quoi ? Ne plus pouvoir d’être autonome ? Ne plus pouvoir aller randonner ? Être bloquée à la maison?  Être obligée de dépendre des autres pour me déplacer? Au secours ! Le lundi matin, à la première heure, je contacte mon petit garagiste… qui m’annonce qu’il ne pourra  venir que le vendredi suivant !!!… Montée d’adrénaline ! Colère, énervement, angoisse ! Et puis… Et puis… au fil des heures, je réfléchis que, finalement, ce n’est pas une aussi grande catastrophe que ça, que, finalement je n’ai pas vraiment besoin de ma voiture en ce moment! Que je trouverai bien quelqu’un pour passer me prendre pour aller au rendez-vous de la randonnée. Je me calme un peu… Et paf ! Le soir même le président de la république annonce le confinement total ! C’était bien la peine de s’angoisser ! Bien sûr le problème n’est que repoussé… Mais on verra bien alors. Il y a d’autres priorités… Mais quand même l’alerte a été chaude. On reste bien fragiles avec nos dépendances!

Voilà ! C’était une petite anecdote pour détendre l’atmosphère, ou  réveiller ceux que j’avais peut-être endormis. Une habitude du théâtre. Toujours tenir le spectateur éveillé ! Et c’est bien difficile avec l’écriture ! J’ai remarqué qu’on a bien souvent de la difficulté à lire jusqu’au bout les textes sérieux, qui pourtant sont très intéressants. Moi, la première, je cale souvent avant la fin !

Bien sûr cette pandémie a des choses à nous apprendre, à nous faire comprendre sur nos comportements humains, vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis les uns des autres, vis-à-vis de la nature, vis-à-vis des animaux. Il y a des réflexions à mener, des questions à poser et à se poser sur nos habitudes, notre gestion du travail, de l’économie de nos loisirs…Pourquoi cette frénésie de voyages au bout du monde, ce besoin d’exotisme à tout crin, alors que nous savons bien que nous emmenons « nos bagages » avec nous. «  Ailleurs c’est toujours pareil » chantait Robert Charlebois. Dans mon village, il y a un club de troisième âge. Ils sont allés partout.  A New- York, en Suède, au Portugal, en Islande…Je les entendais parler… « On a déjà fait ceci, déjà fait cela, où est-ce qu’on va bien pouvoir aller cette année ? » Ils sont complètement blasés. Qu’avons-nous besoin d’aller si loin, de prendre des avions qui coûtent cher et polluent, pour aller visiter des pays que nous traversons, dont nous effleurons la surface, sans les connaitre vraiment, sans connaitre vraiment ni le pays, ni ses habitants… Tant de questions à se poser…

Mais, si nous réchappons à cette pandémie, n’allons pas oublier rapidement, et reprendre aussi sec nos bonnes vieilles habitudes. Nous avons la mémoire tellement courte, une fois que le danger est écarté ! Là c’était la minute sérieuse. Mais, puisque nous sommes dimanche, restons légers…20200227_185605_resized (2)

Je crois de plus en plus que mes chats se doutent que quelque chose ne tourne pas rond. Surtout quand ils me voient sortir, à 20h, jouer de l’accordéon dans le jardin alors qu’il fait nuit. Là, ils sont carrément effrayés. Ils vont se planquer à l’autre bout du jardin, les oreilles baissées. Ils doivent se dire : « Y a quelque chose qui déconne ! Elle a viré complètement barjo ! » Pour finir, une petite blaguounette que l’on m’a envoyée et que j’ai trouvé très mignonne :

« Ayons une pensée pour ceux qui sortent de prison aujourd’hui !!!! »

 

Lundi 23 mars : 7ème jour de confinement

J’ai trouvé ! Je n’arrivais pas à cerner l’origine de mon malaise. Je l’avais exprimé dans mon premier post, en disant qu’on nous aboyait dans les oreilles : « Restez chez vous ! » en nous parlant comme à des enfants et que ça m’énervait. Mais c’était l’arbre qui cachait la forêt. Le vrai problème, c’est l’attente. C’est le sentiment d’être en attente, d’être suspendu, suspendu à des nouvelles qui ne viennent pas ou qui viennent en trop grand nombre, à des infos très souvent contradictoires. Le sentiment qu’on ne peut rien faire d’autre qu’attendre…On ne sait pas comment ça va tourner, combien de temps ça va durer (quinze jours, six mois, un an ? Est-ce qu’on va être obligés de passer l’été enfermés ?) On se demande même si ça va finir un jour ! J’ai lu quelque part, aujourd’hui : « Le temps n’a plus d’importance » ! (Sic)

On se demande si on va pouvoir retrouver notre vie d’avant, si on va en réchapper, si on va en mourir, si on va être obligés de manger des rutabagas comme nos parents ou nos grands-parents pendant la guerre.. Et on n’a aucune certitude. On ne peut se reposer, se baser, s’appuyer sur rien. On est sur des sables mouvants. Comme sur un radeau au milieu de l’océan Et on ne sait même pas si le radeau va tenir, si la mer va rester calme ou se déchaîner tout à coup et nous engloutir…Et c’est terriblement inconfortable. Peut-être plus inconfortable que le confinement en lui-même. Rester enfermé ne serait rien si on savait pour combien de temps. Ce ne serait qu’un mauvais moment à passer. On compte les jours, comme des prisonniers, comme quand on était en internat ou en colonie de vacances, et puis voilà ! Ce n’est pas une partie de plaisir mais on sait que ça va finir et surtout on sait quand ça va finir. Mais là, on n’en sait rien. Le confinement va-t-il être prolongé ? Et de combien ? Le bruit court que c’est probable, mais on ne sait pas. Le seul espoir que nous avons c’est de voir qu’en Chine l’épidémie semble s’être calmée, sinon complètement arrêtée…

Et c’est bien là, la source de notre angoisse ? Je parle de notre angoisse latente, celle qui est bien cachée au fond de nous. C’est  la partie immergée de l’iceberg. Et c’est elle qui nous mine. C’est pour ça qu’on passe soudain et sans transition de l’espoir au découragement, de l’exaltation à la déprime, de la patience à la colère. C’est cette attente sans réponse, dans l’incertitude qui nous épuise. C’est cette intranquillité qui  nous panique . Houla ! Je vois que je commence cette journée avec un moral d’acier !

Pourtant la journée commençait bien. Aussitôt levée, j’ai recherché dans ma bibliothèque le livre dont je vous parlais hier. Voyage autour de ma chambre. L’auteur Xavier de Maistre l’écrivit en 1790. Il a vingt-sept ans. A la veille du carnaval, il a un duel avec un officier piémontais. Il en sort vainqueur mais est mis aux arrêts pour quarante-deux jours dans la citadelle de Turin ! Pour se distraire il rédige ce livre… N’est-ce pas complètement d’actualité ?

Voici ce qu’il nous écrit au tout début : «.. J’ai entrepris et exécuté un voyage de quarante-deux jours autour de ma chambre. Les observations intéressantes que j’ai faites, et le plaisir continuel que j’ai éprouvé le long du chemin, me faisaient désirer de le rendre public ; la certitude d’être utile m’y a décidé. Mon cœur éprouve une satisfaction inexprimable lorsque je pense au nombre infini de malheureux auquel j’offre une ressource assurée contre l’ennui, et un adoucissement aux mots qu’ils endurent. Le plaisir qu’on trouve à voyager dans sa chambre est à l’abri de la jalousie inquiète des hommes. ; il est indépendant de la fortune. Est-il en effet d’être assez malheureux, assez abandonné, pour n’avoir pas de réduit où il puisse se retirer et se cacher à tout le monde ?… ». Et là, je pense aussitôt à tous ceux qui vivent dans la rue. Tous les SDF qui n’ont pas de chez- eux, pas de refuge, qui sont dans l’impossibilité de se protéger correctement de la contamination.

Je lis aussi un article très virulent, mais très intéressant, d’un certain Félix Lemaître, qui s’intitule : « Lettre aux écrivains bourgeois qui nous refourguent leur journal du confinement » : ( https://www.brain-magazine.fr/article/brainorama/60184-Lettre-aux-ecrivains-bourgeois-qui-voudraient-nous-refourguer-leur-journal-de-confinement)

Son article s’attaque surtout à Leïla Slimani et à son article dans le journal Le monde. Je ne me suis pas sentie visée, bien sûr, ce monsieur ne se doute même pas que j’existe, mais je me suis quand même sentie concernée et « touché ! » comme on dit quand on joue à la bataille navale. Je comprends ce monsieur qui reproche à cette écrivain (c’est volontairement que je ne mets pas le féminin) de voir les choses de son petit bout de la lorgnette depuis son jardin et sa maison à la campagne, et du haut de son confinement « confortable ». Tout comme l’est le mien, dans une certaine mesure.S834291_SOPHIE30_P1691311

J’ai envie de répondre à ce monsieur que ne pouvant pas soulager, soigner ou guérir tout le malheur du monde, j’estime légitime de me préoccuper de ma propre survie, de mon propre état mental. Et qu’écrire mon journal de confinement, « ce nouveau genre littéraire qui sent le renfermé » pour le citer, me fait du bien, tout en ne faisant de mal à personne. Je ne vois donc pas pourquoi il faudrait s’en priver…Pourquoi faudrait-il se taire ? Alors qu’on sait bien que c’est toujours le « non-dit » qui fait le plus de mal ! Et d’ailleurs, que connaît-il, ce monsieur, de notre vie, de nos pensée, de nos ressentis, de nos douleurs, de nos souffrances ? Selon lui, à partir de quel degré d’inconfort, de douleur, de malheur, de misère a-t-on gagné le droit de s’exprimer sans risquer de faire qualifier ses écrits (je cite) d’indécents ou d’obscènes? A ce compte-là, seuls les SDF en auraient le droit. Les autres fermez votre gueule, vous n’avez pas le droit à la parole !

Cet article, très intéressant je le répète a été posté sur FB…L’article en lui-même était déjà pas mal virulent certes, alors, bien sûr, je ne vous parle pas des commentaires laissés par les internautes! Et vas-y que je t’insulte, et vas-y que je te répond et va-s-y que j’t’insulte à mon tour et va-s-y que je te re-réponds… etc …etc… Que de donneurs de leçons ! Que de gens sûrs d’eux ! Et je tranche et je juge et je condamne sans appel ! Ce n’est pas un débat d’idées, c’est un pugilat verbal ! Que d’agressivité, que de virulence, que de colère, transparaissent dans ces commentaires. Cette violence verbale est effrayante. (Et cela est souvent courant sur FB malheureusement). Alors qu’en ce moment on aurait tant besoin de douceur et de gentillesse, de compréhension, de solidarité, d’amour. Alors qu’on aurait tant besoin, de ne pas s’attaquer les uns les autres, de ne pas s’affronter, de ne pas se déchirer, mais bien de se serrer les coudes, de se soutenir, de se remonter le moral…de s’aimer quoi !

Je sais que je vais peut-être paraître nunuche à certaines, qu’on pourra me reprocher de vivre dans un monde de bisounours, mais je pense que l’heure n’est pas à la séparation, à l’affrontement, aux reproches, mais bien à l’union, à l’empathie, à l’encouragement et à l’entraide.

Loin de moi l’idée de nier ou de minimiser les difficultés, les souffrances, les luttes, l’inconfort de certains, mais j’ai la faiblesse de croire que pour saluer, remercier et encourager nos soignants, nos aidants, ceux qui nous protègent, en applaudissant tous les soirs à 20h sur nos balcons, si le cœur y est, on peut le faire aussi bien d’une résidence de Neuilly que d’un HLM de La Courneuve.

Et bien, tiens ce soir à 20h, pour illustrer mes propos et mettre en pratique mes pensées, je ne vais pas jouer Bella Ciao mais bien l’Hymne à l’amour ! Na !

Mardi 24 mars : 8ème jour de confinement :

Dans la Bible, dans l’ancien testament, la Genèse commence ainsi : « Il y eut un soir, et  il y eut un matin :  et ce fut le premier jour ! » Oui ! Mais, dans la Genèse, cette histoire s’arrêta le 7ème jour. Ici, nous voilà en train d’attaquer le 8ème ! Et ça n’a pas l’air de vouloir s’arrêter….

Encore un jour qui s’avance. J’ouvre mes fenêtres. J’écris mes fenêtres, au pluriel, parce que j’ai la chance d’avoir une grande maison et un petit jardin. J’explique ça, parce que je sais que certains s’amusent à traquer les fautes d’orthographe !  Non !Je rigole ! Aujourd’hui le temps est maussade. On ne dirait pas qu’il va pleuvoir, mais le ciel est bas, gris et sombre. Pas le moindre rayon de soleil, même voilé, pas de lumière. L’air est humide. Le jardin triste. Tant mieux. On aura moins l’envie d’aller se promener…

Toute le monde poste sur FB des petites vidéos en chanson. Et des copains me demandent d’en faire autant. « Ben oui ! » Que je me dis. « Bonne idée ! Je pourrais le faire, moi aussi. » Comme je ne suis pas un foudre de guerre en ce qui concerne l’informatique, hier soir, j’ai demandé à une amie de m’indiquer comment faire, me donner est la marche à suivre. Elle  m’a  répondu : « C’est tout simple : Sur ton profil FB, tu vas comme si tu allais publier quelque chose et  tu cliques sur le bouton « vidéo en direct ».  « Super ! » me dis-je. « Fastoche ! Youpi ! youpi ! La vie est belle. Je vais pouvoir moi aussi me filmer en train de chanter ou de jouer de la musique. Ca me fera travailler un peu. Des chansons, ce n’est pas ce qui me manque!  Dés demain matin, j’essaye ! »

De bon matin, donc, j’enfile mon accordéon, et je répète un peu ma petite chanson. Quand je me sens au point, je vais sur FB et je clique sur le bouton « vidéo en direct »   Et là…ding ding ding ! … (ça c’est pour le suspens)…s’ouvre une fenêtre !… («  magique ! »  je me dis)…ding ding ding !…et dans cette fenêtre je vois écrit :

« Accès à l’appareil photo refusé. Vous avez bloqué l’accès à l’appareil photo. Pour diffuser en direct, mettez à jour les paramètres de votre navigateur pour autoriser l’accès. »

Comment  j’ai bloqué ???!!! Quoi ??!! Comment ???!! Pourquoi ???!!  Moules à gaufres ! Marins d’eau douce ! Malotrus !  Doryphores ! Troglodytes ! Bachi -Bouzouk des Carpathes ! Bloqué moi ????!!!! Si j’avais bloqué, je m’en souviendrais ! Emplâtres, ! Noix de coco ! Cannibales ! Anthropopithèques ! Heureusement que j’avais eu la sagesse de remettre cette expérience au lendemain, sinon je n’aurais pas pu dormir de la nuit. Ah! Sagesse prémonitoire de la procrastination ! (-mot aussi difficile à écrire qu’à prononcer-) Bien sûr, ça aurait été trop facile !  Pochette SOLO

Pour comprendre un peu mieux mon agacement, je vous suggère d’aller lire, si ce n’est pas déjà fait, mon post du vendredi 20 mars. Ceci pour prendre connaissance du compte rendu d’une autre expérience ratée, celle de ma tentative désastreuse d’enregistrement vidéo d’une séance de yoga sur mon téléphone portable. Toujours pour la poster ensuite sur FB… Jugez donc de ma déconvenue au regard de cette nouvelle déception ! Mais je ne m’avoue pas battue pour autant. Mille sabords ! Je cherche à comprendre. Et je clique sur toutes les « aide » possibles et imaginables que je trouve. Je m’entête ! Tonnerre de Brest !

Après quelques 1h30 de recherches sur internet, (hé oui ! le temps passe plus vite sur internet !) je crois comprends que ça marche seulement avec le navigateur Google Chrome. Navigateur que je n’ai pas en magasin. Zut et zut et re zut ! Pirates ! Flibustiers ! Sapajous ! Iconoclastes !

J’essaie avec le navigateur Edge dont windows10 nous vante tant les bienfaits et avantages divers. Même mayonnaise !… Ding ding ding ! …Une fenêtre s’ouvre …ding ding ding !… Et là j’obtiens la mention (ni bien, ni très bien, ni même passable ) :

« Essayer de diffuser sur la dernière version de Chrome pour passer en direct avec votre caméra. » !!!!????

Anacoluthes ! Cornichons diplômés ! Ectoplasmes !  Technocrates ! Fais chier ! Tonnerre de Brest ! Suis-je maudite ? « Sept ans de malheur sans compter ce que va dire Tintin ! »

Voilà ! Il est 13h ! J’y ai passé la matinée. Je suis encore en pyjama devant mon ordi. Pas lavée, pas maquillée, hirsute. Je suis en colère, énervée, stressée, découragée. Jalouse de tous ces gens qui savent le faire et qui ont l’air de le faire si facilement ! Bandits ! Ecornifleurs ! Sapajous ! Corsaires ! Je me sens bête, désuète, obsolète, dinosaure, dépréciée. Je m’en veux. Je m’en veux de n’avoir pas pris le temps d’apprendre, à temps, à faire toutes ces choses. Choses qui ont pourtant l’air toutes simples, pour la plupart des gens. Je suis furieuse contre internet, contre FB, contre moi-même.

Et pendant ce temps, je n’ai rien fait d’autre ! Je n’ai pas fait de yoga, pas fait de taï chi, pas fait de méditation, toutes ces choses qui me font du bien. J’ai passé tout ce temps plantée devant l’ordi à me faire monter l’adrénaline, toute seule. Pour rien ! Résultat zéro pointé ! J’ai envie de mordre ! Mille milliards de mille sabords ! Que le grand cric me croque !!!! Déjà la moitié de la journée de perdue. Bien sûr : « Le temps n’a plus d’importance » qu’il a dit l’autre. Mais quand même…

Moquez-vous ! Moquez-vous ! Du coup, je comprends la panique, l’angoisse, la détresse des personnes âgées quand elles doivent remplir leur déclaration d’impôts sur internet ! Moi, ça,  j’arrive à le faire. Mais je ne suis jamais vraiment tranquille en abordant cette opération. J’y vais sur la pointe des pieds et je suis toujours franchement soulagée quand j’ai terminé.

Hé bien, je vais me remettre à écrire. Ca au moins, je peux le faire ! Et pour me venger je vais le faire avec un crayon à papier ! Voilà ! Non, je déconne… Mais aussi pourquoi je m’angoisse ? C’est vrai j’ai tout mon temps. Même si je ne fais rien de ma journée, quelle importance ? Qui s’en plaindra ? Je n’ai de compte à rendre à personne. Est-ce que j’en ai à rendre à moi-même ? Oui ! Je crois que oui. Faire, agir, c’est être en vie. Nous sommes des êtres humains, pas des larves. Bouger même confiné entre quatre murs, parler même virtuellement, rire même toute seul, rire même de soi, écrire sans vouloir forcément être lu, chanter pour ses chats, danser devant sa glace même à l’étroit, peindre même sans avoir appris, arracher les mauvaises herbes dans son jardin, applaudir sur son balcon tous les soirs, ça continue à faire de nous des hommes et des femmes, des humains. Et pourquoi pas aussi tricoter, colorier, coudre etc…etc…  Musset l’a bien dit : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ». Par exemple, coudre des masques, ne serait-ce que pour soi, serait une très saine occupation…

Hé oui, on vient d’entamer la deuxième semaine de confinement. Je comprends que la fatigue se fait sentir. La fatigue… de ne rien faire. Enfin la fatigue, plutôt la lassitude. La lassitude face à une situation qui ne change pas, qui dure, qui s’étire, qui s’éternise, monotone, « longue comme un jour sans pain ». Chaque jour semblable au jour suivant, identique, un jour suivant l’autre, un jour chassant l’autre … Des jours de solitude…sans fin ? Houla ! Le moral est en baisse ce soir

Il est 18h je n’ai pas vu la journée passer. Le ciel est toujours gris. Immobile lui aussi. Le soir tombe doucement. Dans peu de temps, mes chats vont réclamer leurs croquettes. Que vais-je me faire à manger ce soir ? Je n’ai envie de rien. J’ai encore des provisions pour quelques jours, mais il me faudra bientôt tenter une sortie pour faire des courses. « Tenter une sortie » comme dans les villes assiégées. Affronter le dehors. C’est curieux : A force de rester enfermée, je commence à avoir un peu peur d’aller au dehors. Pas d’attraper le virus en sortant. Non. Peur de sortir ! C’est fou ! C’est grave docteur ?

Le philosophe Pascal a écrit : « Tout le malheur des hommes vient de d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre » Et bien ! Nous voila servis. Nous les confinés. Y a plus qu’à ! Allez comme disait Boby Lapointe dans son cours de guitare sommaire: « Chaque jour, dix lignes de bling, dix lignes de blang ! » (Pour ceux qui ne connaitraient pas ce sont des accords). Jour après jour, on va peut-être, enfin, commencer à apprendre à être heureux. Mille sabords !

Pour ce soir  à 20h, à ma fenêtre, la musique du film « Mon Oncle ». Tonnerre de Brest !

Mercredi 25 Mars : 9ème jour de confinement

Hier soir, en sortant mes poubelles (merci messieurs les éboueurs) j’ai senti quelques gouttes, très froides. Et je me suis demandé si c’était de la neige fondue. Ne ricanez pas, il a neigé en mars il y a deux ans et pas qu’un peu ! Et je me suis surprise à rêver qu’il se mette à neiger. Comme les enfants rêvent de la neige pour ne pas avoir à aller à l’école. J’ai pensé que ce serait chouette de se réveiller sous la neige… Bon pas pour ceux qui travaillent bien sûr. Mais cela viendrait égayer un peu notre confinement. Nous distraite un peu. Malheureusement, il ne s’agissait que de quelques gouttes de pluie, d’une petite bruine.

Hé non ! Pas de neige, ce matin. Grand et beau soleil. Pas un nuage. Ca pique un peu dehors. L’air est pur. Les oiseaux s’en donnent à cœur joie. Un vrai temps de dimanche ou de week-end. Parfait pour aller randonner. Chut ! Ne retournons pas le couteau dans la plaie. C’est un mot à ne pas prononcer en ce moment ! Ca ne fait rien. Je préfère quand même ce temps à la grisaille d’hier. La grisaille ce n’est pas bon pour le moral. Surtout qu’aujourd’hui je suis réveillée depuis 5h du mat. A force de ne plus avoir de repère, on est en complet décalage :   J’ai dîné à 22h et je me suis couchée à minuit.? Résultat : Insomnie ! Qu’est-ce que ça va être à la fin de la semaine quand on va changer d’heure. Ca va valser dans les chaumières. Certainement plus que les autres années.

Je trouve très curieux ce qui s’est passé hier. J’ai posté un billet avec plein de références à Tintin, juste le jour où l’on avait appris la mort d’Uderzo ! Bizarre ? Non ? Je pense que ce n’était pas vraiment un hasard. Simple association d’idées ? Peut-être. Certainement même. Mais pas que. Qu’est-ce qui s’est passé dans mon cerveau ralenti? Quels enchevêtrements de neurones, quels méandres psychologiques, quels embrouillaminis mystérieux se produits dans ma tête embrumée pour me faire rendre hommage à Uderzo en citant Hergé ? Comme si « ma langue avait fourché », mettant un mot à la place de l’autre par une espèce de de pudeur inconsciente, un refus de « hurler avec les loups » ou plutôt de pleurer avec eux, un mot cachant l’autre comme « un train peut en cacher un autre », pour mieux canaliser sa peine. Par Toutatis !

Ce matin, aux infos, j’apprends avec tristesse que l’office de la santé recommande au gouvernement de maintenir le confinement jusqu’à la fin du mois d’Avril. Et toc ! Un mois de plus dans les gencives ! C’est vrai qu’on s’en doutait un peu. Mais en avoir l’annonce officielle, ça fait un coup. Et dire qu’on n’est même pas à la fin du mois de Mars.

Il me vient à l’esprit le souvenir du film « Une journée particulière » d’Ettore Scola. Sophia Loren et Marcello Mastroianni se retrouvent seuls sur le toit d’un immeuble, alors que tous les Romains sont allés assister et applaudir au défilé du Duce Mussolini et d’Hitler. Lui, est consigné par la police dans son appartement car il est homosexuel. Elle, est mère de famille, contrainte de rester à la maison pour s’occuper des tâches ménagères. Durant ce moment partagé lors de cette journée si particulière, ils s’évaderont à leur manière oubliant les peurs pour se consacrer au moment présent. Pas de happy end, lui sera arrêté à la fin du film, elle retournera à ses obligations de mère de famille nombreuse…20200325_193527_resized

Et moi,  je me demande : « Quand tout sera fini, est-ce que je vais reprendre ma vie d’avant ? Pour l‘instant, rien ne semble avoir changé, à part l’espace. Je m’intéresse toujours aux mêmes choses, je communique avec les mêmes personnes. J’ai toujours les mêmes centres d’intérêt, les mêmes envies, me semble-t-il.  Jusqu’à présent le confinement n’a fait que m’effleurer. Mais c’est, je pense, parce que je suis dans l’attente, parce que je suis encore en stand-by, comme dans les salles d’attente des gares, des aéroports, ou des hôpitaux…J’attends…J’attends que cette pandémie se termine et que la vie reprenne…comme avant ! Mais si ça devait durer plus longtemps… et ça semble devoir être le cas…que se passera-t-il ? Est-ce que cette épreuve aura laissé des traces ?

Je ne peux pas croire, je ne veux pas croire que ce qui nous arrive ne soit d’aucune utilité. Que tout cela arrive par hasard. Cette maladie qui attaque les poumons, qui nous essouffle,  cette maladie qui nécessite des réanimations, n’a-t-elle pas quelque chose à nous dire ? Ne serions-nous pas à bout de souffle, à force de courir après…après ?… Après quoi courons-nous sans cesse ? Si nos poumons sont atteints, n’aurions-nous pas besoin de reprendre notre souffle. N’aurions-nous pas besoin de ralentir cette course effrénée, cette course au profit, cette fuite en avant qui nous mène dans le mur ? Or, nous voici par force, confinés, enfermés, incarcérés, bloqués, bien obligés de nous arrêter. Oui. Alors arrêtons-nous, reprenons notre souffle. Et que cette pause, cet arrêt soient fructueux. Réfléchissons. N’aurions-nous pas besoin d’air, d’air frais, de bouffées d’air pur ? N’aurions-nous pas besoin d’idées nouvelles, de comportements nouveaux, de nouveaux idéaux ? N’aurions-nous pas besoin de changer ? Mettons à profit ce temps de latence, non pas pour nous regarder le nombril, gémir sur notre malheur, nous plaindre de ce qui nous arrive. Mais pour nous regarder dans la glace sans indulgence, pour examiner nos vies, passer aux rayons X nos valeurs, nos idéaux, nos opinions. Ces façons d’agir, ces réflexes qu’on trimballe depuis l’enfance, qu’on nous a inculqués, qu’on nous a appris, ces habitudes dans lesquelles nous sommes enfermés, coincés, ces murs entres lesquels nous étouffons. Toutes ces choses, qui étaient peut-être utiles autrefois, mais qu’on a conservés sans jamais les remettre en question, comme on applique bêtement un règlement, sas réfléchir, juste parce que c’est le règlement. Puisque nous avons le temps, puisque nous sommes obligés de prendre le temps, ne faudrait-il pas s’asseoir et réfléchir…Et se poser la question : » Quand tout sera fini, est-ce que je vais reprendre ma vie d’avant, comme elle était avant ? ». N’y aurait-il  pas besoin de changer, des choses dans nos vies ?90265121_10219598037892938_2602790124571852800_n

Et pour commencer  ralentir ! Ralentir et réfléchir. Mettre tout sur la table ! Redéfinir nos priorités de vies. Remettre en question nos valeurs. Cherchons qui nous voulons être vraiment, au fond, au fond, tout au fond de nous. Pas en surface. Ce que nous voulons être nous, et pas ce que les autres, ou la société attendent de nous. Tout faire pour que ce confinement, cette incarcération s’avèrent fructueux, porteurs d’espoir.

Tout faire pour que cette réclusion, ne soit pas une réclusion à perpétuité. Par Toutatis !

Je sais que d’aucuns argumenteront que ce ne sont que des mots, des questionnements stériles, des états d’âme de petite bourgeoise. Que mes « petites » réflexions pourraient, choquer, énerver, irriter ceux qui vivent et travaillent actuellement dans des conditions difficiles, que ce soient les infirmière, les médecins dans les hôpitaux ou les caissières de super marchés, que ce soient les mères de familles nombreuses bloquées dans des deux-pièces-cuisine avec des enfants en bas âges, (comme le personnage joué par Sophia Loren dans le film dont je parlais plus haut), que ce soient les éboueurs, les facteurs, les policiers, les pompiers etc…etc…Peut-être. Mes « petites » réflexions pourront peut-être donner envie de rire, envie de se moquer…Peut-être. Mais c’est mon journal. J’y parle de moi. Je parle de mon vécu, de mon ressenti. Je n’ai pas de but, aucune prétention et surtout pas celles de sauver le monde, ou de résoudre les problèmes de la terre entière. Je ne suis ni chef d’état, ni élue politique.

Mais, comme le chantait une belle cigarière chère à Bizet « Il n’est pas interdit de penser ! » !

Ce soir : La java bleue !

Jeudi 26 mars : 10ème jour de confinement :

7h15. Le chauffage qui se met en route me réveille. Il fait jour. Ouf ! Pas d’insomnie cette nuit. Par contre, j’ai oublié de fermer mes volets. Tout fout l’camp ! Un soleil timide pointe son nez. Temps mitigé au dehors. Il a plu cette nuit. Mes chats ont dormi à l’intérieur. Je me réveille fatiguée. Fatiguée de quoi ? Je me le demande bien ! Pour dissiper cette mauvaise pensée, je me répète le mantra magique  « Aujourd’hui est une merveilleuse journée ! Aujourd’hui est une merveilleuse journée ! » Va-t-il être efficace ?

Aujourd’hui, au programme, confection d’un masque ! Car demain je vais tenter une sortie, une échappée pour aller faire des courses. Dans mon frigo c’est  « Waterloo morne plaine ! ». Alors, je récapitule : Porter masque et gants. Attention aux poignées de portes. (Le métal peut garder le virus plusieurs jours). Laisser les courses dans l’entrée ou dans le couloir pendant quelques heures, au moins 1h30, même les produits frais. Passer tout ce qui a pu être touché par d’autres à l’eau de javel diluée. Se laver les mains bien sûr. Laisser tous les sacs, cartons et emballage dans l’entrée ou le couloir.  Y laisser aussi ses chaussures ! Bien !

Pour confectionner un masque, je vais faire avec les moyen du bord, le système D.:J’ai choisi un tissus un peu épais, à fleur pour faire plus joli et plus gai. On peut être masquée mais coquette. Allez on s’éclate ! Donc, un carré de tissus un peu épais que je replie en deux, et je glisse à l’intérieur une feuille de plastique, pour isoler. Bien…Je plie en éventail. Très bien !  Je fixe avec des élastiques. C’est le passage le plus délicat. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois. Les élastiques refusant absolument de se laisser enrouler autour du tissu. Ouf ! Ca y est, c’est bon ! Manque plus que deux gouttes d’huile essentielle d’Eucalyptus radié, que j’ajouterai juste avant de sortir. Et le tour sera joué. J’essaie devant la glace pour voir à quoi je ressemble…20200326_100233_resized_1

10h30 ! Ca y est, le masque est prêt. J’ai mis une heure à le confectionner et 45 mn à me prendre en selfie avec, pour envoyer la photo aux copains ! L’humain est incorrigible !      Et bien entendu tout ça a décalé grave mon emploi du temps prévisionnel. J’ai tout juste eu le temps de me laver et de m’habiller. (Il y a déjà quelques jours que j’ai laissé tomber le maquillage) ! Du coup, j’ai fait méditation et taï chi à 11h, yoga à midi. Je ne vais pas pouvoir manger avant 14h. Et il va falloir que je trouve le temps d’écrire… Avec cette belle idée que j’ai eu de poster tous les jours un page de mon journal de confinement ! Ah !Oui !Tiens ! J’ai eu là une riche idée ! Maintenant je me sens obligée de continuer… Déjà hier je n’ai pu dîner qu’ à 22h. Ce soir ça va avoisiner les 23.h. Bientôt ce ne sera plus un dîner ou un souper comme on disait autrefois, mais un repas de réveillon ! Le champagne et le foie gras en moins !

Avec ça qu’en étant confinée, je passe ma journée avec les lunettes sur le nez. En temps normal, avec mes cours, je me reposais les yeux, une heure par ci une heure par là. Et les week-ends, en randonnée, c’était des journées entière sans lire et sans écran ! En ce moment, mes yeux se fatiguent et en plus s’habituent au port constant de lunettes. A l’arrivée, je vais très certainement être obligée de changer mes verres ! Un malheur n’arrivant jamais seul…. Bon, si je suis encore vivante, ce ne sera que moindre mal !

Cette nuit il a neigé sur les Cévennes paraît -il ! Ah ! la la ! Et la nouvelle se répand de montagne, en montagnes, de plaine en plaine, de village en village, de foyer en foyer à la vitesse d’un cheval au galop ! Et sur  les réseaux sociaux, c’est la panique ! Ca parle, ça cause, ça commente l’info : « Ca y est ! Cette fois-ci, c’est la fin du monde ! Le ciel va vraiment nous tomber sur la tête. »  On est tellement contents de pouvoir parler d’autre chose que de coronavirus ou de confinement…CIMG0450

Mais non, ce n’est pas la fin du monde ! « Français vous avez la mémoire courte » qu’il disait le Général. Souvenez-vous  qu’il y a neigé il y a deux ans et pas qu’un peu. Le 28 février 2018 ! Et quelques années auparavant en mars également. Mon père aimait à rappeler que mon frère était né le 21 février 1949 et qu’il y avait 15cm de neige ! Les autochtones/indigènes, dont je suis, pourraient vous en parler également. Ici, chez nous, dans le sud, on sait très bien qu’avant la fin avril, on ne doit pas ressortir les plantes qu’on a rentrées à l’intérieur pour l’hiver. Pas avant fin avril au moins.  Ma mère me l’a bien souvent répété ! Et d’ailleurs les dictons nous le disent bien : « Avril ne te découvre pas d’un fil ! Mai, fais ce qu’il te plait, mais attention quand même !»

Et j’en reviens à cette notion de temps. Décidément, ça me turlupine. Peut-être vous aussi d’ailleurs…C’est vrai, à force de traîner toute la journée sans rien faire, enfin, je veux dire, sans rien faire d’utile, à force de voir que le monde se passe très bien de nous, tourne très bien sans nous, et  donc de comprendre qu’on ne sert à rien, on en arrive fatalement à se poser des questions :  « A quoi je sers ? Pourquoi je suis là ? » Vous voyez le genre ? : « Qui suis-je ? D’où viens- je ? Où cours-je ?…  Et dans quel étagère ? »  Tout ça, tout ça ! Toutes ces questions qu’on ne s’est plus posées depuis l’adolescence, ou depuis l’enfance, peut-être , depuis le catéchisme,  sans avoir pour autant trouvé de réponses.( Je fais une parenthèse : Moi par exemple, au catéchisme, la question de l’univers infini me posait un grave problème. Un truc qui ne finit jamais, comment on peut imaginer ça, visualiser ça ? Et le pire c’est que si, au contraire, on imagine le monde fini, qu’est-ce qu’il y avait dernière la limite. Là aussi , vous voyez le genre…Des trucs de gosses quoi ! Parce qu’après, on n’a plus le temps de se poser la question. On a d’autres chats à fouetter…Fermons la parenthèse.)

Des questions multiples qui peuvent se résumer en une seule : « Qu’est-ce que je fous sur cette terre ? » Et alors là ! Le blanc ! Le blanc…ou plutôt le noir total.

Et c’est là que je regrette de ne pas avoir été plus attentive au lycée aux cours de philo de mademoiselle Queffélec (la propre sœur de l’écrivain sic !). Pour son malheur, elle avait été  affublée par les élèves, dés le départ, du doux surnom de Kéké. Surnom qui se transmettait fidèlement, scrupuleusement, d’années en années, de classes en classes, avec cette compassion, cette gentillesse et cette délicatesse qui fait tout le charme des adolescentes de premières et terminales … Mais elle ne jurait que par Dieu et Auguste Comte ! Et, que voulez-vous, Auguste Comte, à 17 ans ! On s’en tape !….Il le savait bien, lui, Arthur que« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans… ».

Pour ma défense, je dois dire que, handicap supplémentaire, son cours avait lieu le samedi de 11h à midi, jour et heure de sortie des internes, dont je faisais partie. Et comme, en plus, elle était un peu sourde et myope comme une taupe, nous passions l’heure de philo à nous maquiller, à nous épiler, à nous habiller, à nous préparer à sortir, échangeant sans vergogne sous son nez, rouges à lèvres et mascaras ! C’est ainsi qu’au bac en 68,  j’ai obtenu glorieusement la note de 4/20 en philo, matière comptant avec un coefficient 4 ! Fort heureusement j’ai compensé avec un 16/20 en français, matière comptant également avec un coefficient 4. Ce qui fait que j’ai réussi mon bac avec une vulgaire mention passable, à la grande déception de mes parents !

Et puisque j’en parle, il me parait  intéressant de rappeler que pour les épreuves de latin et de grec, nous avons été notés uniquement sur un oral ! Pour traiter des langues mortes, c’était bien la moindre des choses à faire !

Pour terminer ce billet d’aujourd’hui, comme nous sommes un peu dans la Grèce et la Philosophie, je vous quitte sur une citation de Théocrite de Mégare :

« Pour aujourd’hui, buvons et réjouissons-nous, avec d’heureuses paroles aux lèvres. Ce qui doit venir après, c’est l’affaire des dieux ! »

A 20h. C’était une petite valse traditionnelle vénézuélienne.

PS : Si jamais, certains avaient des réponses à la question que je me suis posée plus haut, elles seront les bienvenues !

PS 2 : Il n’y a rien à gagner !

Vendredi 27 mars 11ème jour de confinement :

Me voilà de retour au bercail,  (home sweet home !) après avoir effectué sans encombre et même avec succès, mon expédition « struggle for life »,  en français « opération de survie », ou en langage de confinés lambda « aller faire des courses » ! Même pas rencontré un gendarme. Même pas obligée de montrée mon autorisation de sorti !. Faut dire dans un village…Néanmoins…Voilà ! C’est fait…Ouf !

Hélas ! Quelle tristesse…Dans le petit casino de mon village, silence de mort ! Pas de musique d’ambiance, pas de radio. Comme fait exprès, ils ne mettent même plus la radio, comme s’ils voulaient  ajouter un peu plus à la morosité ambiante, à l’atmosphère consternante et délétère du moment. Habituellement il y a toujours des musiquettes, des rengaines sautillantes et guillerettes ou langoureuses et romantiques. Il parait qu’ainsi le client achète plus. Je n’aurais jamais pensé pouvoir regretter les musiques lénifiantes et soporifiques de Radio Nostalgie ou Cherry FM  et les discours rigolons-un-brin des animateurs, leurs plaisanteries de corps de garde… et les publicités ! Oui ! Même les publicités me manquent ici. Les gens font des têtes de six pans de long, des mines de déterrés (Et vas-y que je vous ressors toutes les expressions convenues de circonstance, estampillées, avalisées). Personne ne s’adresse la parole…On s’écarte prudemment les uns des autres (bon c’est normal, ça). Des zombies ! Le seul échange un peu sympa que j’ai eu a été à la caisse avec le gérant, qui n’est pas dépourvu d’humour. Quand je lui ai fait remarquer que c’était très pratique d’attraper sa carte bancaire dans son porte-monnaie avec des gants. Il m’a répondu : «  Oui. C’est un vrai bonheur ! »

J’ai trouvé à peu près tout ce dont j’avais besoin. Sauf des œufs ! Plus une seule boite d’œufs en rayon. Pourtant j’étais prête à prendre n’importe quelle sorte d’œuf.  Moi qui essaie toujours d’acheter des œufs bio ou en tous cas « de plein air », mais jamais, au grand jamais, de poules élevées en batterie. Là, pourtant, j’étais résignée d’avance…

Rentrée maison, je laisse les courses dans l’entrée comme c’est vivement conseillé. Je laisse aussi les chaussures, les gants, je tombe le masque (sic). Voilà ! Ca c’est fait ! … Suite du programme prévu : ménage ! Ce n’est pas ma partie préférée. Je lance une machine à laver. Je passe l’aspirateur. Je fais la vaisselle .(ma vie est passionnante n’est-ce pas ?). Et puis, étendre le linge …Tout ce que je déteste ! Et, en plus, mine de rien, tout ça m’a pris a matinée.

Le billet de ce soir risque d’être moins long. A ! Ah ! Ah ! Normal, « on ne peut pas être en même temps au four et au moulin ! » Hi ! hi ! hi !  Encore un aphorisme !

Chez moi tout est en stand-by : Ma voiture est en panne. Elle a eu le bon goût de refuser catégoriquement de démarrer juste le dimanche avant l’annonce du confinement. J’avais bien contacté un garagiste le lundi matin au saut du lit, mais le soir l’annonce du confinement total l’a sans doute démotivé. Je n’ai plus eu de ses nouvelles ! Et je le comprends. Le robinet de ma baignoire goutte. La réparation attendra des jours meilleurs. En attendant, je récupère l’eau pour arroser mes plantes en pots. Système D. oblige ! La chasse d’eau fuit. Il faut que je change mes draps, désherbe le jardin, change la caisse des chats….

Ceci dit, voyons aussi le bon côté des choses.  Il nous faut reconnaître qu’on fait des économies en cette période. Plus de cinéma, plus de restau, plus d’apéros avec les copains, plus de grillades dans le jardin pour 15 personnes. Plus de cadeaux à offrir pour des anniversaires. En ce moment, on ne fait pas trop chauffer la carte bleue. C’est une consolation.

Quand même, quelle étrange période que celle que nous vivons actuellement. Rien de tel n’était jamais arrivé avant. Rien ne le laissait prévoir. Ou alors, nous n’avons pas voulu voir les signes avant-coureurs. Pour moi qui suis née en 1950, pas de guerre, en tous cas pas chez nous. Seulement la guerre d’Algérie, peut-être, avec les attentats du FLN en 58. Mais tout cela se passait à Paris, et nous, dans le sud de la France, ne nous sentions pas en danger. Ensuite il y eut seulement Mai 68, et plus récemment les gilets jaunes…Et question épidémie, rien ne nous avait préparé à une pandémie épidémie semblable avec des mesures aussi draconiennes de confinement. Si on regarde en arrière, dans le passé, seules la grippe espagnole de 1918 (20 à 50 millions de morts selon l’institut Pasteur), et la grippe asiatique de 1957/1958 (au moins 15.000 morts en France, 2 millions dans le monde entier).

C’est drôle, j’avais huit en en 1958, mais je ne garde aucun souvenir de cette épidémie. On n’en parlait certainement pas comme on en parle aujourd’hui où on est surinformé ! Ce qui contribue pour une grand part à aggraver notre état d’angoisse. Je garde par contre un souvenir de la guerre d’Algérie. J’entendais mes parents atterrés soupirer « Le fils un tel a été appelé en Algérie. » Et je savais que ça voulait dire qu’il allait très certainement mourir. L’enfant que j’étais alors se souviens aussi, comme je me souviens de la bataille de Marignan, des « 13 complots du 13 Mai », du « Je vous ai compris ! »  de De Gaulle, de la « semaine des Barricades », de Pierre Lagaillarde…Je n’y comprenais rien. Mais mes parents suivaient ça de très près sur le petit poste de radio de la cuisine et je me souviens que c’était angoissant…

Brrr ! Tout ça n’est pas drôle. Apparemment ça ne me réussit pas de faire le ménage. Ca a l’air de me rendre morose. Comme si on avait besoin de ça ! Et je crains que mon billet d’aujourd’hui, ne soit aussi morose que moi… Un point positif de la journée, je vois que les jours ont vraiment rallongés. A 19h15, il faisait encore grand jour.

Ce soir c’est vendredi. Et dans mon village, c’est plutôt le vendredi qu’on se joue la fièvre du samedi soir ! Habituellement, c’est la fiesta dans les deux bistros qui sont sur la place. Il y a de la musique à donf, ça chante, ça rit, ça danse même. L’été il y a même des petits groupes qui jouent en terrasse. J’aime à passer devant, vers 21h30, en sortant de donner mon cours de yoga. D’ailleurs le soir du dernier vendredi, le « vendredi avant le confinement », il y avait un karaoké géant au bar des sports. Tout le monde chantait à tue-tête, dansait, se congratulait, s’embrassait le verre à la main, serrés comme des harengs dans un bocal, comme s’ils avaient senti que c’était le dernier soir et qu’il fallait en profiter, vite, vite, avant qu’il ne soit trop tard.

Ce soir, comme le vendredi suivant, la place sera vide et silencieuse, triste. C’est là qu’on réalise que les cafés font vraiment partie de la vie quotidienne des gens, d’un village au même titre que les boulangers et les épiciers, par exemple. Quelqu’un, je ne sais plus qui, a écrit  quelque chose du genre : C’est quand ça nous est enlevé qu’on s’aperçoit combien on y tenait…Primecombe (3)

Décidément, je vois que ce jour va se terminer comme il a commencé, un peu tristounet, et morose. Je sens que ce soir je suis grognon. Ce soir, j’en ai marre ! Ce soir, ça déborde !

C’est vrai, je veux bien croire ceux qui disent qu’il faut battre sa coulpe, qu’on a exagéré, qu’on s’est cru tout permis, qu’on a foulé au pied la nature, qu’on a fait passer nos petits plaisirs, notre petit confort avant tout, et qu’on récolte ce qu’on a semé ; qu’il faut tirer les leçons du passé, qu’il faut changer nos habitudes, nos façons de penser. En gros ce que je disais hier… Mais, quand même, nous, les simples pékins, on n’était pas seuls dans cette galère ! Il y en avait en haut qui tiraient les ficelles et décidaient du cap à prendre, qui signaient des accords et tiraient des plans sur la comète pour s’en foutre plein les pognes ! Bien sûr, nous sommes responsables nous aussi, mais peut-être pas dans les mêmes proportions. On n’a fait que saisir les perches qu’on nous tendaient, saisir les opportunités qu’on nous présentait. Oui, on a écouté le chant des sirènes ! Mais on n’était pas fort comme Ulysse qui se fit attacher au mat de son bateau, pour ne pas céder au charme de leurs chants et précipiter le bateau sur les rochers. Ce n’était pas à nous de le faire., C’est le rôle des capitaines de navire, nous nous n’étions que les matelots.

Nous avons fait des choix, oui, mais dans l’éventail de ce qui nous était proposé, (vous savez le genre qu’il faut  répondre par oui ou par non, et que la case « peut-être »  n’existe pas !). Nous n’étions pas aux commandes. Notre seule latitude pour agir c’était mettre un bulletin dans l’urne, là encore « peut-être » n’existe pas. Et combien de fois on s’est faits rouler dans la farine ! Il ne faudrait pas tout nous mettre sur le dos !  Et en attendant on s’en prend plein la tronche !

Oui, ce soir, je craque un peu !Il y a des jours comme ça. Mais ça ira mieux demain ! Sûr ! Allez ! On y croit on y croit !

Bon, c’est l’heure de l’apéro, je vais m’ouvrir une petite bière et répéter le morceau d’accordéon que je vais jouer tout à l‘heure à 20h à ma fenêtre. Ce soir, ce sera « Le petit bal du samedi soir » !

PS : Pour finir sur une note plus légère, une amie vient de m’envoyer dans un message une formule qui me plait bien : « S’en sortir sans sortir ! » Je vais méditer la dessus et sans doute m’y endormir…Portez-vous bien!

Samedi 28 mars : 12ème  jour de confinement !

Aujourd’hui, je ne me laisserai pas avoir. Je vais tenir mon cap sans me laisser détourner de mes centres d’intérêt. Aujourd’hui, je n’écouterai pas le chant des sirènes, je ne me laisserai pas prendre à leur charme, je ne cèderai pas. Je ne me laisserai pas distraire. « Tiens bon la barre et tiens bon le vent. Hissez  haut ! » Je vais suivre « mon » programme.

Il fait beau dehors. Le mercure indique 14° et la météo annonce pour la journée une température maximale de 20°. Dans le jardin, le premier bouton d’iris vient d’éclore. Le lilas est en fleurs. De ma fenêtre, je sens son parfum. J’adore le parfum du lilas. D’autant plus que c’est une fleur qui ne dure pas longtemps. Comme les jonquilles… D’ailleurs je me souviens d’une chanson d’Hugues Aufray qui parlait d’un amour qui durait « des S834291_SOPHIE30_P1691311jonquilles aux premiers lilas » c’est-à-dire pas très longtemps… Le figuier met ses feuilles et sous les feuilles, il y a déjà les petites boules qui seront les figues de demain. La récolte sera bonne. Les chats se chauffent au soleil. Si ce n’est pas le bonheur, ça y ressemble ! Le printemps est bien là. D’ailleurs, pour bien marquer le coup, entériner, ratifier le fait, consacrer  la chose, ce soir on va changer d’heure. Qui sait ? Peut-être que le covid 19 ne va pas résister au changement d’heure ? Pffft ! Ne nous laissons pas distraire !

Aujourd’hui, je reste au moment présent, ici et maintenant. Je ne vais pas appréhender le futur, ni m’appesantir sur les erreurs ou les succès du passé. Je ne vais pas ruminer :  « Est-ce que j’ai eu tort ? Est-ce que j’ai eu raison ? Qui a eu tort ? Qui a eu raison. Qui a bien ou mal fait ? » On s’en fout. C’est fini, c’est passé ! On ne peut plus rien y faire… J’assume les conséquences,  « je remercie, j’envoie lumière et amour et je passe à autre chose. » (sic)… J’ai tout le présent pour moi. Les heures glissent sur moi. Qu’importe je suis vivante ! Je suis en vie ! Chaque seconde est à moi. Pour moi seule ! Et c’est à moi d’en  faire ce que je veux. Je suis maître à bord. Je tiens le gouvernail. Entre mes quatre murs, je suis libre !

Et ce n’est pas rien. Confinée, seule face à moi-même, j’apprends des choses sur moi. Des choses que je ne soupçonnais pas, mais aussi des choses que je savais mais que j’avais enfouies en moi. Des choses que je ne voulais pas voir, des choses que j’avais oubliées, des choses que je n’avais pas explorées. Par manque de temps ? Par manque d’intérêt ? Par qu’alors cela ne m’était pas utile ? Par peur ? Peur de quoi ? Que le ciel nous tombe sur la tête ? C’est fait ! Il nous est tombé sur la tête avec le covid 19 ! Alors… Alors, allons-y ! C’est le moment. Occupons-nous de nous. Déroulons le film. Ouvrons le livre de photos de famille… Ouvrons la boite de Pandore ?

C’est marrant le temps. Quand on décide de prendre le temps de faire tout ce qu’on veut faire sans se dépêcher, sans se stresser, on y arrive. On trouve le temps ! Et pourtant, en ce moment les journées semblent trop courtes. Alors qu’on a tout le temps qu’on veut à notre disposition, on a l’impression de ne pas arriver à faire tout ce qu’on voudrait faire. On a l’impression d’être obligés de se dépêcher, de courir. Et même de courir presque plus qu’en temps normal. Je veux dire avant le confinement. C’est un comble ! Et paradoxalement quand on regarde en arrière, les jours passés semblent des siècles, et douze jours une éternité.

Brigitte Fontaine et Areski le chantaient bien en 1977 dans leur album Le Bonheur : « …car le temps, voyez-vous, est une chose mystérieuse… ».

(Heu, le premier qui s’amuse à compter le nombre de fois où j’ai écrit  le mot « temps », je le mords !)

Aujourd’hui on est samedi, demain c’est dimanche. Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Ca ne change rien. La notion de week-end perd désormais toute sa saveur ! Pas de grasse matinée  en perspective, enfin, pas plus que d’habitude. « D’habitude », c’est-à-dire comme tous les autres jours… depuis douze jours ! Ce qu’on entend habituellement par « d’habitude », cette notion n’est plus la même. Ce n’est plus, ici, une question de siècles, d’années, de mois… mais de jours…Tout change. Et, comme disait un ancien président qui, en le disant, ne savait pas alors ce qu’il disait : « Le changement c’est maintenant. ». Là, pour, le coup, c’est vrai !

Ce soir, c’est samedi soir ! « Ah ! Samedi soir ! » chantait Johnny. En guise de fièvre du samedi soir, je vais m’ouvrir une boite de brandade, et manger ma petite salade composée, peut-être accompagnée (allons ! soyons fous !) d’un petit verre de rosé en apéro avec les quelques cacahouètes qui me restent. La fiesta quoi ! Ne vous méprenez pas !    20200105_163734_resized                J’ai suffisamment à manger. Ce n’est pas un appel au secours, ou un appel à des dons ! C’est juste pour signifier que je ne vais pas aller au restau, à une raclette partie ou à une soirée crêpes entre amis !

Ce soir à la fenêtre : « Embrasse les tous » de Georges Brassens.

J’ai failli laisser passer l’heure, tellement j’étais plongée dans la lecture d’un magnifique texte de Coline Serreau (vous savez « La belle Verte ». https://www.facebook.com/espacezazen/posts/1527478127407063

Je m’en serais voulu car j’aime beaucoup ce petit moment.. Déjà parce que c’est un remerciement et un encouragement à tous ceux qui travaillent pour nous, nous les confinés, les inutiles. Mais aussi parce que c’est un moment qui rompt la solitude, pas seulement la mienne, mais celle des tous les autres, la solitude des hommes entre eux. En applaudissant, en  chantant ou en jouant de la musique ensemble, au même moment, il me semble qu’on se sent faire partie d’un tout. On se sent entouré, enveloppé de chaleur humaine, d’amour, de bonté, de tendresse, de force, de joie. On ne se sent plus si seul mais au contraire appartenir à une communauté de gratitude. Oui, je trouve que c’est un moment très gai. Et je crois  qu’en y participant on se fait du bien aussi à soi. On se sent utile. C’est un moment de communion, d’union entre les hommes. Entre les hommes de « bonne volonté ». On est là ensemble, unis, rassemblés, malgré nos différences, nos divergences, nos oppositions. Que l’on soit de gauche ou de droite, croyant ou incroyant, on applaudit, on chante. On regarde dans la même direction, on va dans la même direction. On est debout !

Bien sûr dans ces gens qui applaudissent ou chantent, il y a des hommes qui battent leur femme, il y a des voleurs, des violeurs, des hackers, des politiciens véreux, des tradeurs sans pitié, des gens qui maltraitent les animaux, des gens qui applaudissent aux corridas, qui saignent les moutons et les laissent agoniser au nom de principes rituels religieux, que ce soit halal ou casher…Bien sûr…

Mais n’y aurait-il pas là une sorte de forme de rédemption ? Moi qui ne crois pas en Dieu, mais en l’Univers, en une intelligence cosmique, en «l’horloger » de Voltaire, ou au « grand architecte » de l’univers, je veux y croire. Car dans cet acte tout simple, à la portée de tous, on sent l’amour, on sent l’homme dans ce qu’il est capable de faire de beau et de bon, dans ce qu’il a de meilleur. On touche du doigt le bon côté de l’humain. Je sens une grande vague d’amour, qui enfle, qui enfle, qui nous relie, qui nous unit…C’est peut-être ça qui nous sauvera…. Bien sûr ça ne dure pas. Mais pendant ces quelques minutes, j’ai l’impression de faire partie de quelque chose de beau, de doux, de chaud, de bon. J’ai l’impression de faire partie du genre humain. Et même si ma journée a été dure, c’est un grand moment de bonheur.

Et cette nuit on change d’heure ! Alors ce soir à minuit pensez à avancer vos réveils, pendules, montres etc… « Attention, il faut avancer ! ». On nous le serine à chaque fois. Hé ! Les étourdis, ne faites pas le contraire ! Au contraire, cette année, soyez tout particulièrement attentifs, n’oubliez pas. Si jamais vous oubliez… et que vous vous réveillez une heure trop tard ? Hein ? …. Imaginez la catastrophe !

Dimanche 29 mars : 13ème jour de confinement.

 Ca n’a pas loupé ! Comme hier soir j’avais bien sagement pensé à changer l’heure du programmateur de ma chaudière, ce matin le chauffage, en se mettant en route, m’a réveillée aux aurores, c’est à dire à 7h, ressenti 6h comme dit la météo, à l’heure d’hier ! Comme je m’étais couchée un peu tard, je n’avais pas tout à fait mon compte de sommeil. Néanmoins, au saut du lit, je me suis mise à au taf : faire la vaisselle et passer la serpillère, la « pièce »,comme on disait à la campagne, dans la cuisine… et après ça j’ai eu l’impression d’avoir réalisé les douze travaux d’Hercule ! J’ai failli aller me recoucher. Faut dire j’étais encore en pyjama !

Trêve de plaisanterie. C’est dimanche, et on joue à faire comme si c’était un dimanche normal. Comme quand j’étais petite fille et qu’on jouait à « la dinette ». On met la table, avec une jolie nappe, un vase avec un bouquet de fleurs. On sort les jolies assiettes, les jolis verres, ceux du dimanche quand il y a des invités. On se prépare un petit apéro qu’on prendra peut-être dans le jardin. On joue aussi à faire comme si on était sûrs qu’il y aurait encore des dimanches « normaux », suivis de lundi « normaux ». C’est fou, on se trouve en train d’espérer de toutes ses forces qu’il y ait à nouveau des lundi « normaux », ces lundi qu’on détestait tant qu’on redoutait tant, ces lundi où il faut aller travailler…

Et en ce dimanche solitaire, j’ai une petite pensée pour tous les couples. J’entends ici les couples non mariés, ceux qui n’ont qu’une « relation amoureuse », une union qui, quoique au sens biblique du terme, n’a pas été sanctifiée, ni par monsieur le maire, ni par une église quelconque. Parmi eux, quels sont ceux qui ont saisi l’occasion du confinement, pour tenter une cohabitation, une vie en commun, même éphémère ? Quels sont ceux qui, au contraire, ont opté, pour de multiples raisons sans doute très raisonnables, pour une séparation tout aussi éphémère ? Qu’en sera-t-il à l’arrivée ? Les confinés ensemble, ne vont-ils pas constater au bout du temps imparti qu’ils ne se supportent pas ? Ou au contraire qu’ils sont bien faits pour vivre ensemble. Et à l’inverse, ceux qui ont choisi la séparation, vont-ils se perdre de vue, voir leur passion s’attiédir, s’éteindre, et s’apercevoir que, finalement, ils ne tenaient pas tant que ça l’un à l’autre. Ou bien ressentir un regain de passion ?

Dans cette équation, il est important de prendre en compte l’inconnue « manque ». L’effet du manque peut modifier la donne, fausser le jeu dans l’un et l’autre cas.  Je m’explique : Une relation qui était légère, ou pas également réciproque, peut être soudain ressentie indispensable à cause de l’éloignement. Parce que cette personne vous manque, vous échappe, on va croire l’aimer d’amour. (« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ») On sait combien de mariages précipités ont eu lieu avant le départ de soldats pour la guerre. Rappelez-vous « Les parapluies de Cherbourg ». Les relations amoureuses ne sont pas simples, en général, alors pensez, en ce moment ! Un des deux amants ne va-t-il pas reprocher à l’autre d’avoir opté pour la séparation parce qu’il (elle) ne l’aimait pas assez, et qu’il (elle) en a profité lâchement pour s’éloigner ? A l’inverse, dans le cas d’un confinement à deux, l’un des deux amants ne pourrait-t-il pas penser que l’autre a sauté sur l’occasion pour s’incruster, s’installer dans la place? Et même dans le cas idéal où le couple va fonctionner, il suffira peut-être d’une crise, dans trois, cinq ans, dans dix ans pour que ces griefs ressortent et soient remis sur le tapis : « Rappelle-toi, l’année du covi19, c’est toi qui qui a voulu qu’on s’installe ensemble ! Moi, je n’étais pas chaud (chaude)…. »

Ouh la ! Me voilà jouant les Ménie Grégoire, moi qui suis célibataire. Ceci dit, je me demande bien ce que j’aurais fait dans les mêmes circonstances. Bien sûr, ça aurait dépendu de mon degré d’attachement. On en revient bien toujours là :«To be or not to be » amoureux !

Avec ce changement d’heure, on a encore moins vu le temps passer. Je me suis retrouvée à finir mon déjeuner (repas de midi) à 16h !!!Ce monde est fou. Et là, il presque 8h, et je ne m’en rendait pas compte car il fait encore jour. Je n’ai rien préparé à jouer ! Je risque de faire quelques fausses notes ce soir. Qu’importe, le cœur y sera quand même ! Et pour rester dans le ton du chapitre ci-dessus,  je vais jouer le tango « Jalousie ». A l’accordéon bien sûr ! Je n’ai pas ouvert mon piano depuis le 29 février, après un mois de répétition pour un nouveau spectacle. Je culpabilise un peu. Mais je me dis que l’envie me reviendra…J’ai tout le temps, n’est-ce pas…  Il y a deux jours, j’ai entendu Alexandre Tharaud parler à la radio et raconter qu’il n’avait pas touché son piano depuis le début du confinement. Ca m’a rassurée. Si même lui…IMG_8640 - Version 4

J’avais lu il y a quelques jours, le 23 mars, que le préfet de l’Aisne, Ziad Khoury, avait ajouté au confinement l’interdiction de la vente d’alcool à emporter dans son département, en raison des risques de violences conjugales !!???  En voilà une idée qu’elle est bonne ! Bon, il paraît que l’Aisne est un département connu pour battre tous les records d’alcoolisme. Mais quand même, interdire la vente d’alcool à tous (pas qu’aux ados, à tous !) à cause d’une poignée d’imbéciles qui battent  leur femme ??!! C’est priver de réconfort tous les autres confinés, qui en ont pourtant bien besoin ! Surtout que ceux qui battaient leur femme sous l’emprise de l’alcool, vont les battre deux fois plus sous l’emprise du manque.

Un ami, Christian Nave, a d’ailleurs écrit ce post sur  FB « Quelque part dans l’Aisne, on ne peut plus se torcher qu’au PQ ! » J’ai adoré !

Et ça a aussi donné matière à un Tweet de Fabrice Bluszez : «  Ici, l’intelligence politique se noie dans un verre de bière… En effet, limitée à un seul département, cette prohibition locale conduira les gens à se fournir dans les départements à proximité, en y allant en voiture. Elle néglige totalement l’aspect addictif qui se traduira par des troubles encore plus graves que ceux qu’on veut prévenir. Elle ouvre un boulevard au marché noir, dont on n’avait pas besoin. Enfin, elle va ruiner toute confiance dans les représentants de l’Etat qui semblent utiliser leur pouvoir à des fins de morale personnelle plus que pour l’intérêt général. »  IMG_0015

Effectivement, ça n’empêchait rien, les  gens allaient se fournir dans les départements voisins. C’est vrai, déjà qu’on ne peut plus fumer ! On peut théoriquement, mais c’est devenu tellement cher que ça revient à l’interdire. Bon, personnellement, je ne fume pas. Mais j’ai été une fumeuse, et je comprends la frustration des fumeurs. C’est comme quand on était enfants : « Pourquoi je ne peux pas faire ça ? » – «  C’est pour ton bien, tu comprendras plus tard. » Ca m’énerve ! Oui, je sais, je sais, c’est aussi pour le bien des autres. Ne me criez pas ! Mais  si, par ces temps moroses, où nous sommes enfermés, confinés, on ne peut même pas picoler un peu… qu’est-ce qui nous reste ? Le chocolat !    Ou alors le Prozac ou le Lexomil. Ca c’est permis ! Et pourtant Dieu sait que c’est nocif et dangereux. De plus, il faut une ordonnance, et pour ça il faut aller chez le médecin, ce qui n’est guère à recommander par les temps qui courent ! Bref, comme les cocottes minutes, sans soupape de sécurité, on peut péter les plombs ! Pauvres de nous, l’étau se referme de plus en plus sur nos libertés, la peau de chagrin se rétrécit…. On est bien loin de 68 et de notre slogan : « Il est interdit d’interdire ! »

Fort heureusement, le 24 mars, le préfet de l’Aisne est revenu sur sa décision. Le décret a été abrogé…. Jusqu’à quand ?

Ouf ! On a eu chaud ! Tchin ! Tchin !

Lundi 30 Mars : 14ème jour de confinement

Les journées passent si vite que je ne sais plus si c’est hier ou avant-hier ou bien il y a 3 jours que mon fils m’appelée ! Je ne sais plus ce que j’ai fait il y a 3 jours ! Non ! ce n’est pas Alzheimer ! Mais tous les jours se ressemblent. Et en même temps tout semble avoir duré une éternité. Ca doit être comme ça quand on est en prison. On biffe les jours sur les murs, mais ils se suivent indéfiniment, identiques ou presque. A la différence qu’un prisonnier sait quand il va sortir. Nous non ! Et puis un prisonnier est tenu, encadré par des horaires, les heures de lever, les heures de coucher, les heures des repas. Nous, les confinés « volontaires », on est libres de nous-mêmes et livrés à nous-mêmes durant toute la journée…et même la nuit. Nous n’avons comme repères que ceux que nous voulons bien nous donner. A part, les repères évidents, le jour, la nuit, et peut-être parfois une horloge qui sonne au loin.. C’est comme ça qu’on peut se retrouver encore en pyjama à quatre heures de l’après-midi. C’est très déroutant. Moi, j’ai une grande pendule franc comtoise, qui sonne les heures et les demies. Mais à force, je n’y fais plus attention, sauf la nuit en cas d’insomnies.…

C’est drôle, quand j’y réfléchis, je n’ai pas peur de mourir. Je ne crois pas que je vais mourir. Je n’arrive pas à croire que je risque vraiment de mourir. Ce n’est pas que je me crois immortelle, ni invincible. Non. C’est une impression curieuse. Une impression qui pourrait s’apparenter à une pensée du genre que: « Ca n’arrive qu’aux autres. Mais dans le bon sens. Dans le sens positif pour tous. Ou alors, c’est mon cerveau  qui refuse, aveuglé, trompé par le réflexe protecteur et confortable du déni, sa facilité. Je préfère croire que ce sentiment est induit par mon élan vital, mon instinct primaire de survie, cette force qui vous fait remonter lorsqu’on a touché le fond. Quelque chose comme ça. En tous cas, je vais essayer de garder cet état d’esprit car je crois beaucoup au pouvoir de la pensée. L’esprit domine la matière, nous enseignent certains. Positivons, donc ! Gardons notre moral en hausse, allégeons notre esprit, élevons nos pensées…Et restons confinés !

A la campagne, pour les courses, on commence à s’organiser. Les producteurs du coin proposent des livraisons de paniers de légumes, de fromages de chèvre, de fruits…Voilà qui est super ! Ca profite à tout le monde. La solidarité ! Il n’y a que ça de vrai….

Décidément, ce changement d’heure m’a mis la tête à l’envers ! Et l’estomac aussi. Je vois qu’il est midi et je n’est encore rien foutu. A part bavasser au téléphone, à regarder les vidéos de l’Apéro sans comptoir sur FB, et envoyer des blagues par sms aux copains et copines. Mais en même temps, je me dis qu’avant-hier, il n’était que onze heures… alors…tout va bien !

Cet après-midi, j’ai joué sur FB à relever le défi qui consistait à poster  une photo d’enfance. J’ai recherché, puisqu’on a tout notre temps, et retrouvé de vieilles photos que j’ai scannées et postées.numérisation0027

La première, c’est mon frère et moi partant pour l’école. Nous sommes dans la rue où j’habite encore actuellement, juste devant ma maison. ! C’est vraisemblablement, la rentrée des classes. Nous nous tenons par la main (ce devait être la directive du photographe !Maman ? Ou papa ?) de l’autre,  nous tenons notre cartable, certainement ciré de frais. Nous sommes bien coiffés et bien propres. Nous portons de drôles de blouses, très amples, comme des robes, serrées à la taille par une ceinture qui vient se terminer dans le dos par un gros nœud. C’est une photo en noir et blanc, et bien sûr, on ne devine pas quelle était la couleur des blouses. Je trouve ça très élégant. Maman s’était surpassée. Mon frère est en culottes courtes, et moi, vraisemblablement, en jupe plissée, jambes nues. Je porte de jolies petites chaussures blanches de demi-saison. Nous regardons l’appareil, avec un petit sourire crispé, l’air aussi gêné que mes chats lorsque je les prends en  photo. Mais bien sûr, c’est la rentrée des classes. Les vacances sont finies…Et puis papa et maman regardent !

Je trouve ça très émouvant. Ma maison n’a guère changée. La rue non plus à part qu’elle est vide comme en ce moment, alors qu’habituellement il y a une circulation incessante…

 

La deuxième photo, c’est mon frère et moi dans le jardin. On jouait à « Gipsy et Tom au Lac des Erables ». Nous rejouions, comme « jouent » les enfants, une scène tirée d’un livre pour enfant qui avait pour titre GYPSY. Il  racontait les aventures de Gypsy et Tom, un frère et une sœur, comme nous. Ca tombait bien ! Chaque chapitre était toujours illustré par un ou deux dessins. Sur cette photo, nous rejouions une scène du chapitre « Lac des Erables » et nous avions réussi à reproduire presque à l’identique le dessin, mais avec les moyens du bord.numérisation0021

Pour représenter le bateau nous avions trouvé un ancien pétrin de boulanger. Je l’ai encore à la maison, j’y range des livres. L’ombrelle était celle de maman. Un long bambou avec une ficelle tenait lieu de canne à pêche et Tom pêchait. Enfin mon frère pêchait. Ca c’était notre improvisation personnelle, le coup de la pêche, car ça ne se passait pas comme ça dans l’histoire. Bref, Gypsy et Tom avaient un petit frère Winnie qui est représenté sur la photo, faute de petit frère, par un ourson, je pense le mien. Moi, je regarde l’objectif, je cabotine déjà, mais mon frère, lui, est complètement concentré, plongé, immergé dans son personnage. Et je suis sûre qu’il voyait des poissons dans le lac…

Je me souviens très bien de ce moment. J’ai toujours le livre. Je n’en étais pas sûre. Avec tous ces déménagements, il y a des choses qui s’égarent. Je l’ai cherché et je viens de le retrouver. C’est un gros livre, ancien, avec la tranche dorée. Il sent un peu le renfermé, la poussière l’humidité. En l’ouvrant j’ai éternué !20200330_191555_resized

Sur la page de garde, je vois écrit à l’encre, et à la plume s’il vous plait, d’une belle écriture penchée : « Ecole du Dimanche. Cathéchumènes : Gourgas Eva. 2ème Prix. Gallargues le 3 avril 1898 ». La signature est illisible. Sans doute celle du pasteur de l’époque.  Et il y a  un tampon en dessous : EGLISE REFORMEE GALLARGUES GARD.

Eva Gourgas, était ma grand-mère maternelle. Je l’ai très peu connue. Car mes parents se sont mariés tard, après la guerre. Ils avaient déjà la trentaine, et mes grands-parents étaient déjà assez âgés. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça…C’est à cause des photos. C’est leur pouvoir, leur magie. Elles m’ont replongée dans le passé, ramenée à une époque heureuse de ma vie. L’enfance est souvent une période heureuse… à quelques exceptions près.20200330_191451_resized

Et l’espace d’un après-midi, j’ai complètement oublié le confinement. Oublié le covid19 !

Je n’étais plus là ! J’étais partie dans les riantes prairies de l’enfance !

 

Si j’ai un conseil à vous donner, demain sortez l’album de famille …Et restez chez vous !

Moi, je vais continuer …

Mardi 31 mars : 15ème jour de confinement :

Je me réveille, il est neuf heures ! Oups !… Bon, pas de panique, il n’est jamais que huit heures à l’heure d’avant-hier… En me réveillant, devant le silence de la rue, il me venu à l’esprit cette phrase: « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Hé oui, à force d’être seul on se sent devenir philosophe…Pascal ? Oui certainement ! Mais, comme je n’étais pas tout à fait sûre, Montaigne ? Pascal ? Lamartine ? je suis allée vérifier sur internet ! Oui, oui ! oui ! C’est bien une citation extraite des « Pensées » de Pascal. « Bravo ! », me félicitai-je, « il me reste encore quelques chose de toutes ces années d’études ! Tout n’est pas passé à la trappe, avec les années, et avec ou sans l’eau du bain ! »  Et puis, je me suis piquée au jeu, et en continuant à farfouiller un peu, je suis tombée sur cette autre citation qui me paraît correspondre parfaitement à ce qui se passe actuellement FB. Actuellement,  mais même aussi en temps normal: « Nous sommes si présomptueux que nous voudrions être connus de toute la terre et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Et nous sommes si vains que l’estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente. » Et toc ! Prends-toi ça dans les gencives !

Je m’aperçois, à des petits riens, que je commence à être à cran. Tout à l’heure j’ai mis des œufs à durcir dans une casserole. Pendant ce temps, j’épluchais des carottes, en écoutant la radio. Tranquille. L’eau de la casserole a brusquement débordé, éteignant le feu du brûleur. J’ai sursauté et je me suis mise à lui hurler dessus !!! Pauvre casserole innocente ! Et pourtant je sortais d’une séance de yoga. Je ne pouvais pas être plus zen ! Il serait temps que ça s’arrête !

Il me semble qu’on est en train de se retrouver dans une situation presque similaire à celle de nos ancêtres, qu’ils soient gaulois ou hommes de Cro-Magnon. Il nous faut nous harnacher pour sortir de notre caverne, affronter les dangers de la rue et des magasins, évitant les rencontres, comme ils évitaient de croiser les bandits de grands chemins, les mendiants, et les lépreux, pour pourvoir ramener de la nourriture à la maison. A la différence que nous n’avons pas à  tuer notre nourriture nous-mêmes…D’autres s’en chargent, hélas, pour nous… D’ailleurs, moi, je serais plutôt du genre chasseur, cueilleur… et pas très courageuse ! Je viens donc de commander un panier de légumes à des producteurs du village voisin. C’est moins fatigant et plus sûr. Et c’est solidaire…

Il paraît qu’il faut au moins trois semaines pour changer une habitude. Nous avons, donc,  encore une semaine pour savoir si les changements opérés dans nos vies ces derniers temps, pour cause de confinement, vont durer ou non.…Pour l’instant ces changements « obligés » sont encore  « à l’essai ». Vont-ils devenir définitifs ? Espérons que non ! Quoique… certains ne sont pas vraiment désagréables. La grasse mat’ par exemple…

Je lis des articles de journalistes, sans doute des vilains jaloux , qui disent que c’est écoeurant tous ces gens qui écrivent leur journal de confinement, que cet étalage est obscène, indécent au regard de ceux qui sont moins bien lotis, que c’est un privilège de classe, un romantisme de nantis..etc…etc…Bien sûr… Bien sûr… doc En Toutes Lettres 1

« Bien sûr, il y a les guerres d’Irlande et les peuplades sans musique, bien sûr tout ce manque de tendre, et il n’y a plus d’Amérique … mais… voir un ami pleurer. » chantait Jacques Brel. Bien sûr… Mais, si ça me fait du bien à moi ? Si ça me permet de tenir le coup ? Si ça me permet de ne pas péter les plombs ? Je ne peux pas prendre toute la misère du monde sur mes épaules. Et surtout  je ne peux rien y faire …en tout cas pour le moment. Pourquoi vouloir que nous nous privions de ces petits instants de joie ? Et pourquoi nous gâcher le plaisir en essayant de nous culpabiliser ?

Moi, vous, nous ! Tous ces gens qui écrivent des chansons, publient des sketchs, font des dessins, peignent des tableaux, se filment en train de chanter, de danser, récitent des poèmes au téléphone ? Car c’est la même chose ! Pourquoi vouloir tuer dans l’œuf cette formidable éclosion, ce merveilleux élan créatif. Depuis la nuit des temps, la peine, le désespoir, la souffrance, les blessures, le malheur ont toujours fait le lit de la création, ont toujours, et fort heureusement, donné le jour à des créations, fait fleurir la poésie, la littérature, fait écrire des pamphlets, des satires, des pièces de théâtre, inspiré des musiciens, des danseurs, des peintres, en les incitant, les  poussant à s’exprimer : « Poète, prends ton luth et me donne un baiser ; » Ecrivait Musset. Et, en plus, tous les psy vous diront qu’il n’est pas bon de garder les choses au-dedans de soi, que c’est le non-dit qui fait le plus de mal, qu’il est hautement préférable d’exprimer ses ressentis plutôt que de les passer sous silence. « Mettre des mots sur les maux ! » Car ce sont les blessures tues qui sont les sont le plus nocives !

Messieurs les journalistes, en cette période de confinement vous n’avez plus l’apanage, l’exclusivité de l’écriture ! Nous aussi, pauvres « pékins confinés », nous avons le droit, et peut-être même le devoir, de nous exprimer ! Et comme disait Descartes : « J’espère que cela sera utile à quelques-uns mais sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise ». Et puis, personne n’est obligés de nous lire!

Demain c’est le 1er avril, Je sens que ça va donner sur FB ! Quoique… Je ne suis pas sûre que nous ayons trop le cœur ou l’esprit à ça…Va savoir !

Mercredi 1er Avril : 16ème jour de confinement

Et voilà le mois d’Avril ! Nous y sommes ! Les jours passent et on voudrait ne plus les compter ! Trop peur de se démoraliser. Si on compte les jours, ça ne fait qu’ajouter encore un peu plus à ceux déjà écoulés. Car on ne les biffe pas sur le calendrier dans une période déjà marquée, prévue, finie, arrêtée. A la différence du prisonnier, notre période de rétention est « open » ! Elle n’est pas limitée dans le temps, prévue à l’avance. Sa durée est aléatoire, incertaine, changeante.  Son terme recule sans arrêt comme la ligne d’horizon…C’est ça qui est démoralisant, fatiguant, stressant…

Je me souviens de ce que je ressentais pendant le festival d’Avignon. On jouait tous les soirs à 21h. pendant trois semaines d’affilées. La pression était, donc, intense et continue. Les seuls moments de respirations, c’était le soir après avoir joué, le temps du trajet en voiture pour retourner à la maison, le temps du repas, quand on n’était pas trop fatigué, et puis la nuit. Ces fins de journées étaient précieuses car on pouvait se lâcher un peu, relâcher la pression. Le trac avait disparu. Les muscles se détendaient, les sourires revenaient, et les rires fusaient, surtout si la représentation avait été bonne. Mais ça ne durait pas. Dés le lendemain matin, à peine un œil ouvert, le trac nous retombait dessus. Et, à nouveau la pression, à nouveau la peur…Jusqu’au moment de jouer, et jusqu’après avoir joué.. Et ainsi de suite, pendant trois semaines..…Et les jours passaient. La fatigue s’accumulait. La fatigue physique, celle de la voix par exemple, et la fatigue nerveuse Les premiers jours, quand on se représentait les semaines qu’on avait devant nous, ça paraissait une éternité. Le plus dur c’était la semaine du milieu car on ressentait déjà la fatigue des représentations derrière nous. Et en plus on savait qu’il en restait à peu près autant à faire. Mais il fallait tenir. La dernière semaine, on comptait vraiment les jours. Mais après, une fois le festival terminé, une fois rentré chez nous, quand on regardait en arrière, on se disait que tout ça avait passé très vite… Et on se retrouvait désemparé, avec une sensation de vide. Comme après un accouchement. Car même si c’était des moments de stress, certes, avec des moments de doute aussi, même s’il y avait des moments inconfortables, voire durs…C’était quand même des moments de grand plaisir, des moments de grandes joies.

Hé bien, en cette période, c’est un peu comme pendant le festival d’Avignon. Le soir, ça va, la journée est finie, je suis fatiguées, même de n’avoir pas fait grand-chose, mais fatiguée. Je me couche, je dors. Mais c’est le matin au réveil que c’est dur. Je me réveille, fatiguée, en me disant : Encore une journée ! Encore la même. Et j’ai presque envie de me recoucher. Avignon, c’était pour une période précise. On savait que ça n’allait pas durer. Que le festival aurait une fin. Ce qui nous épuise en ce moment c’est l’incertitude. Toutes les incertitudes…

Je découvre un scoop ce matin : Les cliniques privées demandent à être réquisitionnées ! Allons bon ! Voilà autre chose ! Parce qu’elle ne l’étaient pas ? C’est un comble. Pourquoi cela ne s’est-il pas fait automatiquement. Pourquoi l’état ne les a pas mises à contribution dés le départ ? Je cite le président de la Fédération des cliniques et hôpitaux privés : « Aujourd’hui malheureusement, alors que les capacités publiques sont dépassées, les établissements privés restent sous-utilisés. Un grand nombre de nos lits qui ont été libérés restent vides. » Et pendant ce temps, on manque de masque, de respirateurs, de lits …

Donc, dans tous les cas, il ne faut pas tomber malade ! Il faut se garder en bonne santé ! Et je ne parle pas ici que du covid19, non. Ce n’est pas le moment d’avoir une rage de temps, une crise d’appendicite aiguë, ou de se casser un cheville. Pas de crise d’angoisse non plus ! Il paraît qu’il y en a beaucoup par les temps qui courent. Tu m’étonnes ! Bref, ce n’est pas le moment d’aller traîner dans les salles d’attente des hôpitaux ou des généralistes, d’abord pour ne pas les encombrer et ensuite pour en pas risquer la contagion. Pas la peine d’aller chercher les ennuis. Restons bien sagement à la maison…

Autre bonne nouvelle : 5000 détenus vont être libérés !!!!! Et ce n’est pas un poisson d’avril ! C’est une information qui date déjà de quelques jours. Incroyable ! Nous, on nous confine et eux, on les libère ! Vous y comprenez quelque chose vous ? Au secours ! Hou ? Hou ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Le plus drôle c’est qu’il paraît qu’il y en a qui ne veulent pas sortir ! Sont pas fous ! Bon, bien sûr, ce n’est pas encore fait, le conseil d’état doit encore valider l’ordonnance…Mais il n’empêche, il y a quand même quelqu’un au gouvernement qui a eu cette idée brillante !

Pendant la journée c’est la douche écossaise ! Ca ne me faisait pas ça au début, mais là, ça part un peu en sucette… A certains moments, ça va. Je me sens bien et je me dis : « Au fond , c’est un peu comme des vacances ! Il faut le prendre cool et savourer, ce temps de pause ! »   Et l’instant d’après, c’est la déprime.

Je trouve ce soir, dans un journal de mots croisés qui date de novembre 2019, comme définition ; « Empêcher de sortir » et le mot à trouver était «  confinement » ! Grrr ! Grrr ! Moi, j’appelle ça remuer le couteau dans la plaie !

Et avec tout ça, j’ai l’impression que j’engraisse ! Damned ! Déjà que c’est pas drôle, si en plus il faut faire attention à ce qu’on mange ! Bouhouhouou !

Allons ! Ne nous laissons pas abattre. Gardons la foi. Gardons la force. Nous sommes forts, nous sommes formidables. Nous sommes des héros. Nous sommes des aventuriers, des explorateurs ! Harrison Ford c’est vous, c’est moi. Nous nous dépassons. Nous dépassons nos limites. Entre nos quatre murs, nous partons à la découverte de terres nouvelles. Nous franchissons des fleuves en crue, escaladons des montagnes, plongeons dans des gouffres sans fond, sautons dans le vide, bravons des dangers, déjouons des pièges, affrontons l’hostilité de peuplades sauvages…

Nous sommes des aventuriers ! L’aventure nous attend au bout du couloir. Sitôt passée la porte de notre chambre, c’est l’inconnu qui commence. Dés la pièce d’à côté, il peut y avoir des loups, tout est péril, tout est danger. Tout à l’heure je suis tombée nez à nez avec mon sac de randonnée, et sans savoir pourquoi, j’ai failli me mettre à pleurer. Un peu plus loin c’était mon tapis de yoga, qui se tenait en embuscade. Et, plus loin encore, mon piano tout seul dans son coin gémissait que je l’abandonnais, que je le délaissais. Ma guitare solitaire me tendait les bras… mais je n’ai plus envie de la toucher. Pourquoi ? Pour qui jouer ? Pour qui chanter ?

Nous sommes des explorateurs. Nous réinventons la géographie et l’histoire. L’horizon infini est au bout du couloir. Nous partons chasser dans la cuisine, cueillir des légumes dans le réfrigérateur, nous guettons à notre fenêtre l’arrivée des pirogues, nos pots de fleurs sur le balcon sont notre pampa.

Hier est notre seule référence. Je veux dire le hier proche. Demain, une grande interrogation. Comme on dit : « On ne sait pas trop de quoi demain sera fait ? » On ne peut s’appuyer sur aucune comparaison. Il y a eu des épidémies par le passé, mais nous en avons perdu la mémoire. Nous avançons sur des sables mouvants, nos châteaux ne sont pas bâtis sur le roc. Ce ne sont que des châteaux en Espagne…Nous naviguons à vue, nous marchons à tâtons. Mais nous avançons !

Nous sommes des héros. Nous apprivoisons des vertus nouvelles ou oubliées, la patience, la prudence, l’empathie, l’altruisme, la force d’âme … Nous expérimentons la solitude, la solidarité, la persévérance, la constance et l’espérance.  Nous nous essayons à pratiquer la tempérance, la réflexion, l’introspection. Nous sommes en même temps et les rats de laboratoire et le laborantin qui les observent, celui qui expérimente et celui qui est expérimenté.

Nous sommes des grands explorateurs. Christophe Colomb, Vasco de Gama, Magellan sont nos frères. Nous sommes courageux, nous sommes braves. Même pas peur ! Nous sommes des hommes, nous sommes l’humanité.

Faisons en sorte, comme disait les grecs, que « nos vaisseaux rentrent au port sur une mer calme. »

Jeudi 2 Avril : 17ème jour de confinement

Aujourd’hui, c’est dit : Je sors de ma tanière ! Tadada ! Roulement de tambour. L’heure est venue de me métamorphoser en chasseur-cueilleur. Le garde-manger est vide. Le frigo pleure…Je m’arme de courage mais je ne suis pas tranquille. A force de rester cloîtrer des jours et des jours, on devient frileux. Et ça vous semble toute une histoire de sortir de la maison. Ca devient vraiment une expédition. Je le disais hier à propos de l’intérieur de la maison, mais c’était de l’humour. Alors que là, à l’extérieur de la maison, au dehors ? ! Houla!!!! Ca demande de l’organisation et toute une préparation. Préparation d’abord psychologique : J’ai peur d’être ridicule avec mon masque. J’ai peur d’être en danger si je ne le mets pas. Que faire ? Je le mets ou je ne le mets pas ?J’ai peur d’oublier de remplir mon autorisation de sortie. J’ai peur qu’il n’y ait pas de ceci ou de cela…On se met à avoir peur de tout. J’étais tellement stressée ce matin que j’ai oublié d’allumer mon portable. Je m’en suis aperçue à 17h. J’avais 15 appels ratés !

Préparation pratique, matérielle ensuite : Je corrige au blanco mon autorisation de sortie, pour marquer la nouvelle date et les horaires. Je ne vais quand même pas faire une autre photocopie ! Soyons écolo, et faisons des économies. Je m’enduis la poitrine et les poignets d’huiles essentielles anti virales, Tea-Tree et d’Eucalyptus radié. J’en mets aussi quelques gouttes sur mon masque. Je mets à mon cou mon pendentif en Labradorite, pierre qui protège de la contagion. J’enfile mes gants. Je prends mon cabas de courses à roulettes. D’habitude je prends juste un cabas à provision, mais là il faut faire le plein. Je ne veux pas avoir besoin de ressortir avant une semaine…Ne pas oublier la liste des courses ! J’ai toujours la bonne habitude de la laisser sur la table en partant ! Ne pas oublier le porte-monnaie avec la carte bleue, les clés de la maison ! Ca y est, j’ai tout ! En route ! Et vogue la galère..

Les rues sont presque complètement désertes. Je n’ai plus peur d’être ridicule avec mon maque car je croise quelques isolés qui en portent aussi. Et le gérant du petit casino m’accueille avec le sien sur le nez. Mais sa femme n’en porte pas. Curieux. Pourquoi ?       Je fais mes courses. Je trouve à peu près tout ce dont j’ai besoin. Mais pas mal de rayons sont vides. C’est quand même un peu tristounet .Il y a un rideau de plastique devant la caisse. On passe les achats en dessous. Pareil pour la carte bleue. Avec les gants, ce n’est pas très pratique. On est très maladroit. On est obligé de batailler un peu pour attraper sa carte bleue dans le porte feuilles. Mais il n’y a pas grand-monde, on a le temps. Il n’y a pas la pression. La caissière se passe les mains au gel hydroalcoolique après chaque client…   Et retour à la maison. Ouf ! Je laisse les achats dans l’entrée, avec les chaussures et mon sac à main, et je file me passer sous la douche…Mission accomplie ! Comment ? Personne pour me féliciter de mon courage et de mon efficacité ? Personne pour chanter mes exploits, comme autrefois quand les héros regagnaient leurs pénates, après des années d’errance ?? Hélas, mes chats s’en fichent royalement. Et pourtant je leur rapporte de « délicieux émincés en sauce ». Peuh ! Même pas la reconnaissance du ventre.

C’est fou ce que le fait d’« avoir à manger » a pris de l’importance, ces derniers temps. Ca me rappelle la grand-mère de mon mari, Mémé Lucas, qui dés le matin au petit déjeuner, commençait à se creuser la tête pour savoir ce qu’elle allait faire à manger à midi. J’ai l’impression que c’est un peu comme ça actuellement. On s’échange des recettes de cuisines avec les copains. On photographie ses plats terminés, la table mise et on partage sur FB ou WhatsApp… Tout ça à cause de ces imbéciles qui, au début du confinement, se sont précipités pour faire des provisions et qui ont dévalisé égoïstement les magasins. Comme, pendant les émeutes de soixante-huit, ceux qui avaient stockés des kilos de sucre, ou même rempli leur baignoire d’essence !20200402_190913_resized_1

Dans l’après-midi, un charmant jeune homme venu du village voisin, m’a livré un cageot de légumes frais: Artichauts, carottes, pommes de terre, asperges, radis, poireaux et une barquette de fraises. Direct du producteur au consommateur ! Circuit court. Légumes de proximité et de saison ! Que demander de mieux.

Quand je me suis lancée à écrire ce journal de confinement, je ne savais pas dans quoi je m’embarquais. Car c’est du taf ! Dés le matin, je commence à y penser. Et je l’écris, petit bout par petit bout. Je note une idée par ci, un phrase par là. Quelque fois même, quand je fais mon yoga, ou une méditation, je m’interromps pour noter quelque chose, de peur de l’oublier. Parfois, c’est quelque chose que j’entends à la radio qui m’inspire, ou quelque chose que je lis, ou quelque chose que je vois de ma fenêtre… Il y a des jours où l’inspiration est un peu capricieuse, volage, elle joue les coquettes, les précieuses. Elle n’est pas là tout de suite au rendez-vous, elle se fait prier, comme si elle boudait, comme si était fâchée. C’est un peu laborieux au début. Et puis peu à peu ça vient. Le vent tourne. C’est comme une source. Il faut un peu l’amorcer, la bichonner et puis tout à coup, l’eau se met à couler !… Mais après, il faut mettre tout en forme, organiser, articuler les différentes idées entre elles. Et faire quand même un peu attention à la grammaire et à l’orthographe ! D’ailleurs j’ai ressorti le petit Larousse. Je l’ai d’un côté et un vieux précis d’orthographe et de grammaire, qui date de mes années de lycées, de l’autre. J’ai même découvert un vieux dictionnaire des synonymes. Mais il est vraiment nul. On ne trouve rien dedans. Pour vous dire, il n’y a pas le mot expédition ! On trouve en suivant: «… exorbitant - expédient – expérience – expliquer – exploit… ». ???!!!! Mais pas expédition. Je ne le conseille à personne !20200402_181625_resized

Oui, ce journal c’est du taf, certes, mais c’est aussi une grande joie. Je trouve adorables ces personnes qui m’écrivent en commentaires : « J’attends chaque soir votre post avant d’aller me coucher » ou celles qui finissent leur commentaire en me disant: « Bonne nuit » ou « A demain » ! Je trouve ça merveilleux. Certains, parfois, mettent des commentaires plus long. Ca devient presque comme une conversation. Tout ça me touche et m’encourage énormément ! Et même si ma journée n’a pas été terrible, terrible, c’est tout à coup comme un rayon de soleil. Ou plutôt un rayon de lune car c’est souvent à la nuit tombée que je poste mes élucubrations du jour.

Merci à vous. On tient bon ! Je vous aime.

Vendredi 3 avril : 18ème jour de confinement.

Ce matin, en sortant de la douche, j’ai jeté, par mégarde, par inadvertance, un coup d’œil sur mes jambes. Vision d’apocalyse ! Quel nom donner à ce que j’ai vu ? Pampa ? Forêt tropicale ? Champ de blé ? Que voulez-vous, quand on n’a pas d’homme à la maison, en ces temps de confinement, on se laisse aller. Je vais remédier à cela, illico presto !              Je caresse aussi l’idée d’essayer de me couper les cheveux. C’est vrai. Ils ont poussé dans tous les sens et, hélas aussi, en dépit du bon sens . C’est une catastrophe. Je ne ressemble plus à rien. Je ressemble à une « tête de loup » vous savez cet espèce de balai, en forme de boule au bout d’un très long manche, dont on se sert pour enlever les toiles d’araignées. On dirait que j’ai quatre-vingt ans. Ce n’est pas bon du tout pour mon moral ! Evidemment, se couper les cheveux soi-même, c’est pas gagné d’avance. Cette opération présente des risques. Il m’est déjà arrivé, par le passé, de me couper les cheveux, les miens et ceux de copains ou de copines, mais c’était  il y a bien longtemps. Pendant un certain temps, j’ai aussi coupé les cheveux de mon fils, quand il était petit, dans des périodes de vaches maigres. Là, j’appliquais la technique du bol. Un grand récipient sur la tête et on coupe tout ce qui dépasse. Ca a marché un certain temps, tant qu’il était à l’école. Mais dés qu’il a été au collège et qu’il y a eu des filles dans les environs, ça a été terminé. Il ne s’est plus jamais laissé faire ! On peut le comprendre…Et aujourd’hui, j’ai grand peur d’avoir perdu le coup de main. Mais, bof, je me dis que si je fais des trous, ce n’est pas très grave. Il n’y aura personne pour le voir. Et d’ici qu’on puisse sortir, ils auront largement le temps de repousser, je le crains ! Comme par hasard, j’ai entendu ce matin à la radio que les ventes de tondeuses pour les hommes ont quadruplé !

J’ai fait cuire les artichauts et les asperges qu’on m’a livrés hier. Je vais les manger à midi avec une petite vinaigrette. Hum ! Un peu de fromage de chèvre en dessert. Ca vous met l’eau à la bouche, hein ?  Hé ! On ne va pas se laisser abattre !

Et pourtant, par moment je me laisse abattre, oui. Ce n’est plus la douche écossaise, c’est quelque chose qui ressemble au bain Kneipp. Vous savez, après un sauna, on plonge dans de l’eau glacée. Je passe d’un grand enthousiasme le matin, pleine d’énergie et d’entrain(je vais faire ci, je faire faire, ça super !), pleine d’espérance, à la lassitude et au découragement (j’ai plus envie de rien) dans l’après-midi. Malgré tout, je m’accroche à mon programme. Pas un jour sans yoga, pas un jour sans gi gong, pas un jour sans méditation, pas un jour sans écrire : « nulla dies sine linea » conseillait Pline dans son Histoire Naturelle.

Mais les poésies qui me viennent à l’esprit ne me sont pas d’un grand réconfort :« …Passent les jours et passent les semaines, ni temps passé, ni les amours reviennent, sous le pont Mirabeau coule la Seine. Vienne la nuit, sonne l’heure, les jours s’en vont, je demeure.» Je crois que je vais me remettre à la lecture de Tintin ! Ca m’ira mieux qu’Apollinaire!

Certes, je plains ceux qui sont à quatre dans un petit appartement, avec des enfants, je pense que leur présent doit être très difficile. Eux, ils doivent souffrir de ne jamais pouvoir s’isoler. Ils doivent rêver de solitude Mais l’inverse c’est dur aussi ! On ne peut pas faire des comparaisons, des évaluations, avec des graphiques pour savoir qui est le plus malheureux, le plus mal logé, quelle est la situation, le cas de figure, la configuration la plus difficile. Je ne sais pas quelle est votre situation, mais tout ce que je peux vous dire, c’est que, seule, sans personne à qui parler, ce n’est pas rose tous les jours. Surtout quand on avait l’habitude de donner des cours tous les jours ! Ce n’est pas pour me plaindre, chacun sa croix, mais c’est juste pour faire comprendre à ceux qui souffrent d’être trop entourés et qui pourraient s’imaginer qu’être seul en ce moment, ça doit être le pied, qu’ils se trompent lourdement.P1000967 recadr 1

« L’enfer c’est les autres », a dit Sartre. Pas toujours ! Pas toujours !

Bien sûr, c’est toujours pareil ; ceux qui ont les cheveux raides voudraient être frisés, ceux qui sont blonds rêvent d’être bruns…et les filles du village d’à côté sont toujours plus belles que celles de son village…Moi, je ne peux vous parler que de ce que je connais, de ma réalité. Ce qui est des autres, je ne peux que l’imaginer… En temps normal, je n’ai jamais vraiment souffert de la solitude. Mais là, l’enfermement a changé la donne. La solitude entre quatre murs, c’est n’avoir personne à qui parler de toute la journée ; personne avec qui dialoguer, converser, personne à qui se confier, personne qui vous regarde, personne à regarder ; personne à qui sourire, personne qui vous sourit ; personne à embrasser, personne qui vous serre dans ses bras, ni enfants, ni petits enfants, ni amis.

Bien sûr il y a les livres, internet, le téléphone, la télé, la musique, la radio, bien sûr…Ca aide bien sûr …mais ça ne remplace pas. C’est comme au théâtre. Il faut quelqu’un en face !  Alors, avec qui jouer à la belote ? Au scrabble ? Avec qui jouer aux petits chevaux ? Hein ? Il nous reste le « solitaire », les puzzles, les mots croisés, le jardinage (mais voyez-vous, je n’ai pas envie de jardiner), le bricolage (mais voyez-vous je n’ai pas envie de bricoler). Peut-être qu’à force de n’avoir que soi-même pour seule compagnie, humaine, je veux dire, vivante, pas virtuelle, on finit par se regarder un peu trop le nombril, on s’écoute trop.  Mais, on n’a que ça, on a que soi ! Et puis, croyez-moi, on en a gagné le droit, on en paye le prix.

On a l’impression d’être puni, comme quand, petit à l’école, on était envoyé au coin, avec le bonnet d’âne sur la tête. Et encore, là, il y avait les copains qui rigolaient. Ou comme dans les romans de Dickens, dans le cabinet noir au pain sec et à l’eau ; Ou comme au lycée quand on était en retenue, à part qu’ici, aujourd’hui, les autres dehors ne s’amusent pas non plus. Bien sûr, je n’ai pas de rage de dents, je n’ai mal nulle part, je n’ai ni faim ni froid, je ne souffre pas physiquement, ni moralement d’ailleurs.. De quoi aurais-je le droit de me plaindre ? Je ne me plains pas d’ailleurs. Je raconte…

Je ne suis qu’une petite artiste de province, qui écrit et chante de petites chansons, joue la comédie dans de petites compagnies de province…Intermittente du spectacle ! Vous savez, ces feignants, qui gagnent de l’argent même quand ils ne travaillent pas. Maintenant, je suis retraitée, je ne risque pas grand-chose. Mais les autres ? Ils ne peuvent plus travailler. Au théâtre, le télétravail ça ne fonctionne pas. Pas de salaires. Et tous les projets sont bloqués ! Comme les autres professions certes. Mais la culture était déjà la parente pauvre. Tout ça ne va pas l’arranger et elle aura beaucoup de mal à s’en remettre. Et bien entendu, ceux qui vont morfler le plus ce sera, comme d’habitude « les petits, les obscurs, les sans-grade » !

La politique ne m’intéresse guère, je n’ai pas la ressource de me mettre en colère contre ceci ou cela, contre celui-ci ou celui-là. Pourtant, la colère, la lutte, l’opposition, l’attaque ou la défense sont de bons moteurs pour se garder en forme physique et morale. Mais, je crois que ce n’est pas le bon moment. A quoi bon chercher des coupables pour l’instant. Certes le temps viendra où il faudra rendre des comptes, mais plus tard. Pour une fois, je suis d’accord avec notre président ! Pour l’instant tout ce qu’on peut faire, c’est fourbir nos armes, signer des pétitions, faire circuler des articles de journaux, des messages sérieux ou drôles, réfléchir, réfléchir beaucoup, prendre des notes, prendre des nouvelles de nos proches, et même de ceux qui sont au loin. Et… rester en vie !

Ouf ! J’espère que je ne vous ai pas sapé le moral. Moi, ça m’a fait du bien d’écrire tout ça. Du coup, je vais beaucoup mieux. Pour rester dans le ton, ce soir, je vais me regarder le film  « Lost in translation » Na !

PS : De toutes ces voyantes qui chaque année au 1er janvier nous inondent d’horoscopes, de prédictions en tous genres, je n’ai pas le souvenir d’en avoir entendu une qui ait annoncé cette pandémie. En tous cas, il n’y en a pas une seule actuellement qui revendique le fait de l’avoir annoncée !

Mais c’est vrai que les voyantes, c’est comme la météo. On ne peut pas trop s’y fier !

Samedi 4 Avril : 19ème jour de confinement

Ce matin, je me suis réveillée comme une fleur à 9h. Comme j’étais en forme, je me suis mise tout de suite à la vaisselle. Ca m’a menée, petit déjeuner compris, jusqu’à 10h. Waouh ! Je suis sacrément en retard sur mon programme ! Oups ! Il ne faudrait pas que cette journée parte en sucette. Il y a un beau soleil dehors. Le jardin est magnifique, rosiers, lilas fleurissent. Ca va être une beau week-end. Quel dommage d’être enfermée !  Hé oui ! On me vole mon printemps. Moi qui aime cette saison par-dessus tout ! Et même aussi l’été. Car, je suis une fille du sud. Je ne crains pas la chaleur. Je l’adore même. Je l’attends toute l’année. C’est ma « ligne bleue des Vosges » à moi.  J’adore cette sensation des pieds nus sur le carrelage tiède, les après-midis de juillet, avec les persiennes à demi closes, dans la moiteur de l’après-midi. D’ailleurs, d’une manière générale, en dessous de 25° j’ai le nez qui coule ! C’est vous dire..

Mais je m’égare. Reprenons. Je m’apprêtais à aller faire une petite méditation pour bien commencer, ou plutôt continuer, cette belle matinée. Mais, comme c’était aussi le jour de changer les draps de mon lit, je me suis dit qu’il serait peut-être plus judicieux et malin de commencer d’abord par l’opération changement de draps. Ainsi je pourrais passer de la méditation au yoga en restant concentrée, détendue, zen. J’éviterais ainsi une interruption inopportune qui pourrait gâcher la sérénité acquise, en m’obligeant à m’agiter pour m’occuper d’une affaire bassement matérielle d’intendance et de logistique ! C’est plus logique ainsi. Non ? « Bon plan ! » comme dirait Bridget Jones. L’ennui, c’est que je m’interromps déjà sans arrêt parce que j’entends le bip qui me dit que j’ai un message sur FB. Je vais voir. Je réponds…

Et voilà 11h45. Ah lala ! Ca rame aujourd’hui. Je vais encore manger à 14h. On s’en fout c’est le week-end ! Et même si ce n’était pas le week-end. Hein ? Bon, de toutes façons, ce n’est pas très grave, je ne suis pas affamée. Et mes chats, non plus. Il ne mangent pas grand-chose en ce moment. Ils boudent les délicieuses croquettes que je leur achète avec amour. Les chiens ! C’est vrai qu’il ne fait pas froid mais quand même. Je les soupçonne d’avoir trouvé, dans le quartier, un stand de ravitaillement bis, en l’occurrence la gamelle du chat d’un voisin…

Et voilà ! Pof : Midi ! Pfttt ! Et si j’allais plutôt prendre l’apéritif ? Foutu pour foutu ? Non ! Soyons raisonnable et sage. Tenons-nous à notre programme ! OK. Mais, pour le yoga il faut que je me mette en tenue. Et donc il faut que je me lave. Parce que là, voyez-vous,  je suis encore en pyjama. Et alors !

Bon, bon, bon ! 12h30. Déjà ? L’apéro, ça en sera pas avant 15h. Ah lala ! Est-ce que je vais arriver à boucler mon programme avant la nuit ?? !!!

Demain, c’est décidé : je me coupe les cheveux. J’en ai marre de voir ma tête comme ça. Si je dis ça, c’est parce que je viens de me croiser dans une glace, au-dessus de mon lavabo. J’ai pris peur. Je vous raconte tout ça, vous voyez, c’est pour que vous puissiez vérifier que je me lave bien. Que ce n’est pas juste du blabla, comme ces journalistes qui écrivent  leurs articles à la terrasse d’un bistrot en laissant croire qu’ils étaient sur le terrain. D’ailleurs, heureusement qu’on a des glaces, chez nous, pendant ce confinement. Vous imaginez, si on ne pouvait pas se voir du tout, pendant tout ce temps ? Ca pourrait causer de grosses surprises à notre sortie de prison, oh ! pardon, de confinement ! Et si toutes les horloges s’arrêtaient aussi ? Hein ? Comme dans les romans de science- fiction ? Houla !Je sens venir le pétage de plomb. Je vais bientôt me mettre à parler à mon sèche-cheveux. J’espère que la méditation va me calmer, parce que là, ça part un peu dans tous les sens. J’ai le cerveau en surchauffe ! Le petit vélo qui pédale toujours dans ma tête, comme chez  tout un chacun, là s’est carrément emballé ! Est-ce que j’aurais trop forcé sur la vitamine C ?

13h. Ca y est ! Enfin ! Je suis récurée et en tenue de yoga… Heu…Et puis zut ! Il fait beau. Et si j’allais me boire une petite bière au soleil dans le jardin ? « Bon plan ! »  Oh ! C’est samedi après tout ! Et voilà comment dérape une journée qui partait si bien !20200319_125059_resized

Finalement, je n’ai pas fait de méditation, je n’ai pas fait de yoga, mais, après avoir déjeuné dehors, j’ai fait du jardinage. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! J’ai enfin arraché les mauvaises herbes et nettoyé le coin de jardin qui en était envahi. Ah ! Quand même. Depuis le temps que je devais m’y mettre. Faut dire, je me dégonflais sans arrêt. Mais je comptais bien le faire, et depuis longtemps.. longtemps…Enfin …Depuis le début du…Ah ! Non ! Chut ! Assez avec ce mot ! Voyons. Cherchons un synonyme : Réclusion, enfermement, emprisonnement, incarcération, captivité…Pas très engageant tout ça. Je comprends pourquoi ils ont choisi confinement. Ca semble moins violent. Mais ça l’est tout autant. Toujours les mêmes recettes : Choisir un mot plus soft pour ne pas effrayer, ou ne pas dévaloriser. Changer femme de ménage en Technicienne de surface. Cabines téléphoniques en Espace Communication etc…- De toutes façons maintenant il n’y en a plus guère des cabines téléphoniques et la seule utilité de celles qui restent c’est de servir  d’abri à ceux qui vivent dans la rue.- « Recommandation » veut dire en fait ordre…etc… Mais la réalité, les faits restent les mêmes.Chats

Après le jardinage, je me suis regardé un petit dvd. Je fais ça souvent après le repas. J’ai un fauteuil qui s’incline. Très confortable. Je me cale bien dedans, et je me regarde un ou deux épisodes d’une série. C’est souvent « NCIS » par exemple, avec le beau Gibbs (Mark Harmon) et son équipe Ziva, Dinozzo et Mc Gee etc… J’adore ! Et comme je connais par cœur tous les épisodes, au bout de dix minutes je dors ! Petite sieste, pas du tout crapuleuse, hélas…

Finalement j’ai pu faire ma méditation et mon yoga à 18h30, et j’ai été pile poil à l’heure, pour jouer mon petit morceau d’accordéon, comme tous les soirs, à 20h dans le jardin. Je joue dans mon jardin, qui donne sur la rue, parce que je n’ose pas me mettre à mon balcon. J’ai l’impression que je suis bien la seule de ma rue à me manifester pour remercier et encourager nos soignants. J’entends quand même autour de moi, dans le village, des gens qui applaudissent, crient, sifflent ou passent de la musique, mais c’est plus loin, il me semble.

Quelle vie exaltante n’est-ce pas ? Mais je ne sais pas pourquoi, je sens que vous allez me répondre : « -Moi ? Pas mieux ! »

Pour la suite des évènements, je viens d’avoir une super idée. Je vais me ressortir les dvd de la série Games of Thrones. Il y a 8 séries. En gros 10 épisodes par séries. Cela fait 80 épisodes. A raison de 2 épisodes par soirée, je peux tenir 40 jours. « Bon plan ! » Si je commence lundi, ça me tiendra jusqu’au samedi 16 mai. Avec un peu de chance, ce week-end-là, on pourra aller se promener ! Allez rêvons !

Voilà ! C’était ma journée du samedi 4 avril. A demain pour de nouvelles aventures…

Dimanche 5 avril : 20ème jour de confinement (ca s’arrose !)

Et voilà, encore un dimanche ! Le troisième depuis le début du confinement… Hé bien, aujourd’hui, je crois que je ne vais rien faire. Pour les cheveux, je me dégonfle finalement. Je remets cette opération plus tard. Procrastination quand tu nous tiens ! Je vais juste goûter le temps qui passe, la douceur du soleil sur ma peau, en  écoutant le chant des oiseaux, la « Sicilienne » de Fauré, ou  « A Saucerful of Secrets » des Pink Floyd… Liste non exhaustive. Je vais me faire belle. Ce n’est pas gagné car j’ai les mains douces comme une râpe à fromages à force de les laver. Qu’importe, je vais me faire belle comme si j’étais invitée, comme si j’allais à  premier rendez-vous, vous savez, là où on a les mains moites et le cœur battant, et où tout semble possible. Je vais savourer cette belle journée. Tout simplement.

Nous avons un printemps magnifique. Quel dommage de ne pas en profiter. Pour une fois que  les vacances de Pâques ne sont pas pluvieuses ou ventées ! Je pense à tous ces écoliers, obligés de rester enfermés par ce beau temps. Je compatis à leur déception…Image (2)

Je me souviens des vacances de Pâques de mon enfance. Quand j’étais adolescente. On se retrouvait chaque années avec des amies d’enfance, qui n’habitaient pas dans mon village, ni la région. Elles venaient de loin. L’une venait de Mulhouse, une autre de Paris. Une autre venait de Tarbes avec son frère. Elles ne faisaient le déplacement, avec leur famille, que pour de grandes vacances, Noël, Pâques… Du village même, on n’était que deux, mon frère et moi. Les autres venaient là, en vacances, avec leurs parents, et les frères et sœurs, car ils y avaient une maison de famille. C’étaient pendant nos premières années de lycée, je crois. Je retrouve des photos où il est marqué au dos : 1963. Sur les photos, les filles, nous avons des jupes plissées qui nous descendent jusqu’aux genoux. La mini-jupe ce sera pour plus tard ! Les garçons portent des pantalons basiques. En ce temps-là nous ne suivions encore aucune mode. Nos parents ne nous l’auraient pas permis. Par contre, je me souviens qu’ils nous laissaient assez libres. Ils ne nous demandaient pas où on allaient. Ils nous faisaient confiance. Oh ! On ne faisait pas des choses extraordinaires. En ce temps -là on étaient sages. 68 était encore bien loin.Image (4)

Quand il faisait beau, dès le repas de midi terminé, on prenait notre goûter, on enfourchait nos vélos, et on partait ! Je me souviens qu’on coinçait un morceau de carton entre les rayons des roues, pour faire du bruit, comme si c’était des mobylettes. On faisait la course. On allait aux Roches Bleues, au Mas de La treille, à Cante Perdrix…Et à la Fontaine du Coucou, une source qui n’était jamais à sec, même au plus fort de l’été. Encore maintenant d’ailleurs. Elle était facile à trouver car elle naissait au pied d’un immense platane qu’on pouvait apercevoir de très loin. Malheureusement, un jour d’orage, la foudre l’a abattu. Il a été replanté depuis, bien sûr, mais il n’a pas encore retrouvé la hauteur, l’envergure et la prestance qu’il avait alors. Je me souviens qu’on laissait les vélos sur un talus, et puis on courait dans la garrigue. On courait, on courait… On courait dans les chênes verts et les genêts. On sautait d’un talus à l’autre, on escaladait les collines. On grimpait aux arbres. Oui, encore à 13 ans et même avec nos jupes plissées. On revenait avec des mollets tous griffonnés, les joues rouges, les yeux brillants. A cet âge, nous n’étions plus Robin des Bois ou Perle de Rosée, mais nous étions des alpinistes qui escaladaient l’Everest, ou des explorateurs du Grand Canyon. On était joyeux, on disait des bêtises, on se chamaillait, on riait…On était heureux.Image

Quelquefois les vacances étaient pluvieuses et on était obligé de rester à la maison, coincés, enfermés, confinés. Ce n’était pas la joie. On tournait en rond. On s’embêtait. On cherchait désespérément à quoi on pourrait bien s’occuper. A jouer à la belote, aux sept familles, aux devinettes, aux mille bornes ? A lire Spirou ou Tintin ?  On se disputait car on n’était jamais d’accord sur quoi faire. On grattait un peu de guitare, mais si mal ! Et on râlait de voir nos vacances gâchées.

D’une vacance à l’autre, en attendant de se retrouver, entre temps on s’écrivait. Surtout les filles. On se racontait nos menus faits et gestes, comme font les ados maintenant avec leurs smartphones, un peu comme je fais dans ce journal : Ce qu’on avait fait dans la journée, les profs qu’on avaient eus, les livres qu’on avait lus, les bonnes ou mauvaises notes qu’on avaient reçues, les garçons dont on étaient amoureuses.

Moi c’était simple. J’étais amoureuse du frère de ma copine de Mulhouse. Il venait en vacances avec sa sœur, comme toute la famille. C’était un grand, il avait une mob. Il partait en virée avec ses copains, en pétaradant, façon Marlon Brando dans l‘Equipée Sauvage. Il était beau… Et bien sûr il ne me regardait même pas. Mais je savais qu’il était là et ça rendait ces vacances encore plus précieuses. J’ai toujours été une romantique. Et j’ai toujours eu une tendresse particulière pour les amours impossibles…On ne se refait pas !

Je me souviens de cette période comme d’une époque très heureuse, très douce… La vie coulait simple et tranquille, insouciante, comme la source de la fontaine

Ce ne sera sans doute pas le cas cette année à cause du confinement, mais je souhaite à tous les adolescents de garder de leurs vacances de Pâques, toutes les autres, celles qui viendront ou de celles qui sont déjà passées, un aussi bon souvenir que moi. Qu’ils gardent toujours en mémoire cette insouciance, cette innocence, cette douceur de vivre. Qu’ils se souviennent de leurs rires, de leurs rêves, de l’amitié. Qu’ils conservent autant de joie et de plaisir, de bonheur (n’ayons pas peur des mots), que j’en ai eu dans mon adolescence.       Je le leur souhaite de tout cœur.

Lundi 6 avril : 21ème jour de confinement

« Time passes slowly … » chantait Bob Dylan, et Michel Fugain lui : « Même en courant, je n’aurai pas le temps, pas le temps … »

Tout le dilemme est là. L’équation à résoudre se résume à ça : L’espace et le temps. L’espace/temps…Et c’est bien dans l’air du temps, c’est le leitmotiv du moment. Tout le monde s’écrie :« Les jours se ressemblent tous et on ne sait plus quel jour on est ! » Mieux, on perd la notion du temps. On ne sait plus si on est lundi ou mercredi. On ne sait plus ce qu’on a fait la semaine précédente, ou même il y a trois jours.

Il n’y a plus de différence entre les jours de semaine et le week-end. Même si on joue à faire comme si c’était  « dimanche » pour rompre un peu la monotonie. Pire, à l’intérieur de la journée, les horaires sont décalés, bouleversés, chamboulés. Tout se mélange. On ne respecte plus aucun horaire. On se couche plus tard pour pouvoir regarder un épisode supplémentaire d’une série, ou une émission en replay. Quelle importance ! Pas grave ! On sait que rien ne nous oblige à nous lever le lendemain matin. Qu’on peut faire la grasse matinée si on veut. Du coup on se lève à 8h30, on déjeune à quatorze heure, on dîne à 22h. C’est n’importe quoi.

Le changement d’heure du 29 mars dernier a encore ajouté à cette confusion. Chaque année, nous nous retrouvons en vrac, avec des estomacs barbouillés, déboussolés, un sommeil perturbé, déréglé,  ce qui nous provoque des maux d’estomac et des insomnies, pendant au moins une semaine. Les animaux, avec leur horloge interne, ne comprennent pas ce qui se passe. Et nous qui sommes dépendants, tributaires d’une montre, d’un  réveil, de nos portables, nous nous adaptons, bon gré mal gré, nous subissons. A chaque fois, chaque année…Jusqu’à quand ? Depuis le temps qu’on parle d’abandonner cette pratique… Mais les nations arriveront-elles à tomber d’accord ?

Oui, peu à peu on perd la notion du temps. Et alors qu’on avait peur de s’ennuyer, en pensant qu’on aurait trop de temps à occuper, à tuer, voilà en fait qu’on se retrouve en train de courir après le temps comme si on allait ne pas en avoir assez pour tout faire.  Résultat :  On s’ennuie et on se dépêche ! Les deux !  C’est à devenir fou… Est-ce que ce serait ainsi l’éternité ? Si on n’était pas coincé à la maison, on pourrait dire qu’on ne sait plus où on habite.

Et c’est là qu’on rejoint la notion d’espace, car, le temps ne passe pas de la même façon, pour tout le monde. Il s’écoule forcément différemment suivant l’espace dans lequel on évolue, suivant qu’on vit à cinq dans trois pièces en centre-ville, ou à deux dans une villa avec jardin et piscine à la campagne. L’espace agit sur le temps. Mais le temps le lui rend bien ! « Le confinement ne nous prive pas seulement d’espace, mais aussi de temps. Pas de temps, mais du temps »  écrit Géraldine Mosna-Savage dans un article. Formule de rhétorique, certes, pirouette stylistique peut-être. En tous cas, elle a l’avantage de présenter une vue synthétique de la situation, parfaitement appropriée…Mais est-ce que ça fait avancer le schmilblick ! Pftttt ! Quelqu’un aurait-il une aspirine ?

Ce qu’il y a de bien avec ce journal, c’est que vous avez, en même temps, mon bulletin de santé. Vous êtes au courant de l’état de mon moral, de mes sautes d’humeur.. .et même de l’état de ma maison : Savoir si j’ai fait la vaisselle, changé les draps, rangé mes papiers…

Il me semble que les hirondelles sont de retour. Je les vois voler dans le ciel. Est-ce qu’elles trouvent que l’air est plus pur ? Se doutent-elles qu’il se passe quelque chose d’inédit ? J’ai l’impression que mes chats s’ennuient. Mais peut-être est-ce une projection de ma part.20200404_114658

Autour de nous, la nature continue sa vie et elle est magnifique en ce moment. L’herbe pousse, les iris, les lilas fleurissent, les oiseaux chantent, les papillons voltigent ! Tout va bien. Ce sont maintenant les humains qui sont en cage. La terre, elle tourne sans nous, elle suit son petit bonhomme de chemin sans se préoccuper de nous. Comme quoi nous ne lui sommes pas indispensables. Sans nous, l’air, la terre, l’eau et le ciel vont bien et même mieux… Il ne faudra l’oublier quand tout sera fini, et que nous pourrons sortir à nouveau. Il faudra nous en souvenir avant de reprendre notre vie normale et nos activités.

En attendant, courage ! Prenons patience. Gardons l’espoir. Il semblerait qu’on ait observé ces derniers jours quelques timides signes de ralentissement de l’épidémie. Comme si elle-même se fatiguait, s’essoufflait à son tour…Mais gardon-nous bien de relâcher notre effort. Restons chez nous, toujours, mettons nos masque et nos gants, gardons nos distances. Ne prenons pas le risque de tuer dans l’œuf, de compromettre, par trop d’impatience, ces petits signes annonciateurs d’une possible amélioration

PS : Je ne sais pas vous, mais moi, ces temps-ci, je croule sous les mails de voyants en tous genres me proposant leurs services…Je pense qu’ils se disent que nous sommes fragiles et vulnérables, que nous avons besoin de réconfort, de certitudes, que nous voudrions être rassurés quant à l’avenir. (Il n’était pas nécessaire d’être voyant extra lucide pour l’imaginer !) Et, sous prétexte de nous rendre service, de nous aider, ils en profitent pour essayer de nous vendre leur camelote…Je trouve ça un peu facile et lamentable. Mais c’est de bonne guerre peut-être…Et dans le lot, certains sont peut-être sincères ?

Mardi 7 avril : 22ème jour de confinement

Ce matin j’ai eu une très belle surprise ! Hier soir avant de sortir ma poubelle, j’avais scotché sur le couvercle un papier à destination des éboueurs, où j’avais écrit : « Merci de travailler pour nous. Prenez soin de vous. Soyez prudents. Merci ». Je me sentais un peu ridicule. Mais, je l’ai fait quand même. Et ce matin, merveille, alors que je rentrais ma poubelle et que j’allais retirer le mot, je m’aperçois qu’il y avait une réponse : « Merci à vous. Bonne journée. »  J’en ai été émue aux larmes. Le début de cette journée en a été illuminé. Le bonheur c’est vraiment peu de chose. Et la vie est chaque jour une grande aventure.

Et pourtant ça n’avait pas trop bien commencé : Je m’étais  réveillée en sursaut en pensant : « Aie ! Mon réveil n’a pas sonné ! Je ne serai jamais à l’heure pour donner mon cours de yoga ! Mes élèves doivent m’attendre devant la porte fermée. Catastrophe ! ».      Je me suis redressée, dans mon lit, d’un coup, complètement paniquée… Et puis j’ai réalisé que, ça, c’était « autrefois », dans la vraie vie. Que, dans celle-ci, il n’y avait pas de cours à donner. Que je n’étais pas en retard. Que personne n’attendrait devant la porte. Que je pouvais rester au lit. Ouf ! mais quelle émotion…

22ème jour. Ca y est, nous avons dépassé les trois semaines. D’après les statistiques, normalement, nous avons pu nous défaire de nos habitudes d’avant. Par contre nous ne les avons pas remplacées par d’autres, des nouvelles. En tous cas pas moi ! Moi, je navigue à vue. J’improvise au jour le jour sur une trame que j’essaie de suivre, à laquelle je m’accroche, comme un enfant qui ne sait pas nager s’accroche à sa bouée. Chaque jour est pareil, seuls les détails différent : Ce qu’on se fait à manger, les nouvelles qu’on apprend aux infos, les nouvelles qu’on reçoit des amis. Les jours sont faits de petits riens qui n’ont pas vraiment d’importance. C’est fluctuant et décousu, instable et déstabilisant. Ce n’est ni  confortable, ni rassurant. Car combien de temps cela va-t-il durer ? On en revient toujours là. Et la réponse reste toujours aussi vague…Si, par instants, on s’envole, on décolle un peu, dans un moment d’exaltation, de joie, de gaieté, en écoutant une belle musique, en lisant un texte inspiré, inspirant, ou comique peut-être, l’instant d’après on retombe lourdement sur le plancher de la réalité :

« Le judoka de haut-niveau Cyril Boulanger, 37 ans, originaire de la Somme, est décédé ce dimanche au CHU de Lille des suites du Covid-19. Il y était hospitalisé depuis une semaine, dans un état grave. Depuis le début de la crise sanitaire, les agents du réseau de transport réclament davantage de masques pour se protéger contre le virus, notamment pour les personnels au contact du public, comme l’était Cyril Boulanger. Il fait partie de ceux qui avaient demandé des mesures de fermeture quand plusieurs cas de Covid-19 ont été signalés, mi-mars, dans les locaux de la gare de Lyon. »  Si même les gens en bonne forme, sportifs, et avec une bonne hygiène de vie, se mettent à l’attraper, et à en mourir, on a du souci à se faire !

L’autre nuit, j’ai été réveillé par une quinte de toux. Et là je me suis fait peur. J’ai eu un instant de panique : « Et si je l’avais attrapée cette saleté ? Et si je devais aller à l’hôpital ? ». Moi qui dis toujours que je ne veux pas de tuyaux, de scanner, d’IRM, de chimio, tous ces trucs…Moi qui, il y a quelques jours disais que je ne n’avais pas peur de mourir ! Apparemment, à l’intérieur de moi, dans mon inconscient, il se passe des choses que je ne maitrise pas. Ca travaille à mon insu.

Allez, parlons plutôt d’autre chose. Mais de quoi ? Un jour chasse l’autre. Comme me l’écrit une amie : « Demain sera comme aujourd’hui ». Tous se ressemblent. Je pense à la pièce de Samuel Becket « Oh ! Les beaux jours » où l’héroïne Winnie « ensevelie jusqu’au torse dans un monticule, tente de transformer chaque jour en un jour heureux. Elle essaie de happer des moments de bonheur grâce à un rituel, qu’elle s’est elle-même créé. Elle range les objets qui font partie de son quotidien, ses affaires de toilette, elle les dispose autour d’elle, leur parle, fait ressurgir à leur contact ses souvenirs d’antan et y puise la force de sourire. » Je me sens comme elle. C’est exactement ce que j’ai l’impression de vivre en ce moment.20181102_124622rognée

Le moment de surprise, de stupeur est passé. Il y a eu l’incrédulité : « Ah ! Cette bonne blague ! », le déni : « Ca n’arrive qu’aux autres ! ». Nous sommes  restés quelques temps sous le choc, ahuris, hébétés, effondrés. Puis on a râlé comme de bons français, de bons gaulois que nous sommes. Mais, en humains, et c’est notre force, nous nous sommes adaptés. Ce fut le plus difficile. Mais nous avons fait face. Nous avons fait « contre mauvaise fortune, bon cœur ». On a ri. Ou du moins on a essayé, même si c’était un peu jaune, dans la continuité des couleurs qui avaient fleuries cet hiver, lors d’évènements précédents. Dans la continuité des luttes des soignants qui ont réclamé, pendant des mois et des mois, des crédits et des lits, ne recevant en réponse que bombes lacrymogènes, coups de matraques et arrestations. Maintenant, c’est la routine qui s’est installée, avec la monotonie comme cortège, et la lassitude. Je pense à cette réplique de théâtre, de je ne sais plus quel auteur : « Ce fut d’abord charmant et ça l’est déjà moins. » A part qu’ici ça ne l’a jamais été vraiment, charmant. Et pour tout dire, maintenant : Y en a marre !!!!

Oui, Il n’y a pas grand-chose à raconter d’intéressant. J’ai l’impression de tourner en rond. De me répéter, de rabâcher. C’est peut-être un peu inévitable, normal quoi ? Non ?  A ce compte, peut-être qu’un jour j’écrirai seulement : « Le petit chat est mort ! » Ou alors, pire encore : « R.A.S. » Et là ça sera vraiment grave.

Rêvons plutôt du jour où j’écrirai : « Demain, on sort !

Mercredi 8 avril : 23ème jour de confinement !

Je me lève de plus en plus tard ! Faut dire, je traîne pas mal le soir. Déjà, je traîne pour finir mon  billet du jour et le poster sur FB. Ensuite, pour peu que je regard un film, ça me mène facilement jusqu’à 1h/1h30 du matin. Et bien sûr, le matin, je dors ! Mes chats attendent patiemment que s’ouvrent mes volets, en guettant les hirondelles, qu’ils n’attraperont pas, sauf plus tard peut-être quand les oisillons apprendront à voler. La nature est ainsi faite. « Nature is jungle »

Hier soir, à 20h, j’ai changé de méthode. Pour soutenir nos soignants, j’ai délaissé l’accordéon. J’ai pris mes bols tibétains. Je les ai posés sur la fenêtre et je les ai fait résonner. Hé bien, ça donne ! Le son tourbillonne, s’enfle, tourne et retourne, vibre et fait vibrer ce qu’il effleure…Le son porte loin. C’est très agréable. Et puis, ça change de l’accordéon…

Sans aller, comme le fait un de mes amis, jusqu’à dire merci au covid19, je pense néanmoins qu’il nous donne, je ne dirais pas la chance, mais l’opportunité de vivre un moment exceptionnel, un moment historique, dont nous serons les témoins, qui nous permet de nous extraire momentanément d’une vie devenue routinière, monotone, mécanique. Une vie où les soucis de gagner sa croute, d’élever ses enfants, de faire sa place au soleil etc…prenaient toute la place, comme l’arbre peut cacher la forêt.…20200403_160444_resized

Oui, c’est un moment exceptionnel, qui fera date. Bon, pas autant que « 1515 : Bataille de Marignan » ou « 732 : Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers », mais qui, en mettant notre vie en danger, redonne au fait de vivre toute sa dimension. Pouvoir se dire tous les matins en se réveillant : « Je suis vivant ! » prime tout à coup sur tout le reste. Être vivant devient tout à coup primordial, fondamental, capital, essentiel. Vital pour tout dire !   Cela nous fait prendre aussi conscience que nous sommes importants, que nous sommes tout pour nous-mêmes, que nous « sommes ».

Actuellement, nous sommes plongés, par force, dans un autre genre de vie, qui, lui-même, engendre une autre espèce de routine. Cette immersion  nous oblige à prendre vraiment en compte les petits riens, à  apprécier les petites choses de la vie, qui jusque-là comptaient pour peanuts. Oserais-je dire : « Ces petits riens qui jusque-là comptaient pour rien !

De plus en nous privant de liberté, le confinement nous fait prendre à nouveau conscience de toutes ces choses merveilleuses autour de nous, la nature, les oiseaux, l’amitié, la nourriture, l’amour, la musique, « voir un ami pleurer » toutes ces choses simples que peut-être nous ne voyions plus, les considérant comme évidentes, allant de soi. Toutes ces choses dont nos faisons partie, ou dont nous avons l’usage, mais qui ne nous appartiennent pas.

Le fait d’être privés de liberté, nous les rend précieuses, alors qu’en temps normal, on ne s’en inquiétait plus guère, tout préoccupés que nous étions par l’ambition, la jalousie, la rancœur, la politique, notre voiture, notre avancement, le besoin de dominer, le sexe, les conventions, le regard des autres, le « qu’en dira-t-on ? ». Alors que là, coincés, face à nous-mêmes, obligés de nous regarder en face, sans échappatoire aucun, sans rien ou peu de choses pouvant faire diversion, nous réalisons que nous n’avons que nous. Que nous sommes notre meilleur ami, notre plus fidèle compagnon, notre alpha et notre oméga, notre Dieu ou notre démon.…et que comme disait quelqu’un « tout le reste est littérature » !Resized_20200403_160937

En nous enfermant dans cet espace/temps clos, dans notre « aujourd’hui », en nous obligeant à vivre ce qui semble un interminable présent, le covid19 nous donne une belle occasion, nous fait vivre une belle expérience. Il nous offre l‘opportunité d’éprouver, au sens de mettre à l’épreuve, de prendre la mesure, de toucher du doigt, en long en large et en travers, cette phrase du Dalaï Lama :

« Il n’y a que deux jours dans une année où l’on ne peut rien faire. Ils s’appellent hier et demain. Pour le moment, aujourd’hui est le jour idéal pour aimer, croire, faire et principalement vivre. »

Bien sûr, il y aura toujours les factures à payer, il faudra faire sa déclaration d’impôt, prévoir d’économiser pour les vacances, penser à inviter sa belle-mère à dîner dimanche, programmer les démarches pour inscrire le petit dernier à la crèche…Bien sûr…Mais en attendant… En attendant, aujourd’hui, je suis vivant !Je suis là coincé, enfermé, confiné, reclus, mais je suis vivant. Quel bonheur !

Et je peux faire de cet aujourd’hui ce que je veux, un cauchemar ou un moment heureux, créatif, et productif.  « Ne méprise pas ta situation, c’est là qu’il faut vivre, agir et vaincre » écrivait Carl Gustav Jung.

Je me souviens d’une des premières chanson que j’ai écrites « Regarder le soleil »  qui figurait sur  mon premier album « Tiens ton ton » sorti en 1996 et aujourd’hui  introuvable car épuisé. Cette chansons disait :

« On dit : vivement ce soir. On dit : vivement demain, vivement dimanche ! On dit : vivement la paye, vivement le printemps, vivement les vacances, vivement la retraite ! …  Et puis passe le temps. Et puis passe le temps… Attendre de réussir, attendre de s’enrichir, attendre que le temps passe. Attendre d’être assez grand, attendre un enfant, attendre que ça change… Et puis passe le temps. Et puis passe le temps. Et on oublie de vivre, de vivre et d’être heureux. De regarder le soleil. »….

Oui, je pense qu’il faut « regarder le soleil » plutôt qu’écouter les oiseaux de mauvais augures. Bien sûr il faut rester prudents et confinés. Mais on peut s’émerveiller au lieu de se lamenter, espérer au lieu de s’attendre au pire. S’émerveiller de toute cette beauté autour de nous. Espérer que viendra bientôt la fin de cette épidémie et qu’avec elle viendra un monde meilleur. Ca ne coûte rien d’y croire. C’est comme le « Pari de Pascal ». Qu’est-ce qu’on risque à voir la bouteille à moitié pleine, plutôt qu’à moitié vide. Ca ne peut pas faire de mal. Et même ça peut faire du bien. Au lieu de traîner ses pieds en gémissant, et de les écorcher sur les pierres du chemin, on peut faire de cet « aujourd’hui » un moment de gaieté, de beauté, de joie, de légèreté, de rire, de folie, un moment de vie.

« La joie fait venir le bonheur. Le mécontentement et l’insatisfaction le font fuir. » écrivait Matsumoto Jitsudo. Et Voltaire d’ajouter : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. »

Quel meilleur moyen de lutter contre le covid19 ? Vous voyez ce qu’il vous reste à faire…

Jeudi 9 avril : 24ème jour de confinement

Hier soir c’était la pleine lune et elle était magnifique. Mes chats qui étaient dans le jardin m’ont réveillée dans la nuit. Résultat je suis un vrai zombie ce matin ! Je me traîne… Je ne comprends pas tous ces gens qui, en ce moment, arrivent à travailler dans leur maison ou dans leur jardin. J’ai des tas de choses à faire dans ma maison, des tas de choses en attente, et je n’arrive pas à m’y mettre. Et pourtant c’est chaudement recommandé par « La Faculté », tous les coachs en développement personnel et bien-être, et tous les psy. Faire le ménage à fond, ranger ses papiers, ranger ses tiroirs, ses placards, jeter ce qui n’est plus utile ou qui n’a pas servi depuis longtemps, c’est bon pour la santé, c’est bon pour le moral. Hé bien, je n’y arrive pas. Pire ! A chaque fois que, par hasard, dans un grand élan incontrôlé de nettoyage salvateur, genre tornade blanche, j’opère un tri et qu’il m’arrive de jeter quelque chose, ça ne loupe pas : dans les quinze jours qui suivent, je le regrette amèrement car je m’aperçois que justement, là tout de suite, j’en aurais grand besoin ! Que ce que j’ai jeté il y a quinze jours, c’est précisément une chose qu’il m’aurait fallu, là maintenant ! 20200309_205928_resized

Dans le genre travaux de la maison, par exemple, il y aurait les vitres à faire. Ca permettrait au soleil de rentrer encore plus dans les pièces (« let the sunshine in »), d’éclairer mieux. Et bien, rien que d’y penser, « les bras m’en tombent » comme disait ma belle-mère ! (J’ai déjà employé cette expression, qui, à mon avis, dit bien ce qu’elle veut dire !). Ce n’est plus de la procrastination, (dans mon petit Larousse de 1996 ce mot n’existe même pas !) c’est de la prostration. Je les regarde, ces vitres, je les regarde…Et c’est comme dans la chanson de Fernand Sardou: « Aujourd’hui peut-être ? Ou alors demain ? Ce sacré soleil me donne la flemme… ». Bref, cette journée s’annonçait calme et sans histoires. Ah lala : Ne jamais se fier aux apparences et toujours se méfier de l’eau qui dort !

Après avoir fait une longue méditation, suivie par l’exercice de Gi Gong : « Le Ba Duan Jin,  les huit pièces de brocart ou huit trésors », je vais faire un  petit tour au jardin avant le déjeuner. « So far so good”, comme disait Steve Mac Queen dans le film “Les sept Mercenaires “ ce qui peut se traduite, pour les non anglicistes ou les non cinéphiles par « Jusqu’ici tout va bien ! »

15h30 : Je venais de finir de déjeuner. Je faisais tranquillement mes mots croisés en sirotant une tisane de thym, romarin et sauge, tout en écoutant Radio Classique d’une oreille distraite. Tout à coup, silence, plus de musique, la radio s’arrête. Je me dis : « Ce n’est pas grave, la liaison est mauvaise, ça va revenir. » En effet, depuis le début du confinement, pratiquement  tous les animateurs font leurs émissions à partir de leur maison, par téléphone ou satellite, WhatsApp ou autre. Et forcément il y a des moments où ça cafouille un peu… Je finis donc ma tisane sans plus m’inquiéter, et puis, je vais dans la pièce à côté, rejoindre mon fauteuil en envisageant une petit sieste digeste en visionnant ma série favorite.

Et là. Catastrophe ! Plus d’électricité ! Plus de jus ! Stupéfaction, consternation, doute, interrogation, déni… J’appuie frénétiquement à plusieurs reprises sur le bouton d’allumage. Rien ! Il faut se rendre à l’évidence. Panne d’électricité! J’aperçois ma voisine d’en face sur le pas de sa porte et par la fenêtre et je lui demande s’ils ont de l’électricité, eux ? –« Oui ! Oui ! Tout va bien ! »  Et là, ça commence à être la panique. Je prends la lampe électrique dans le sac de randonnée (heureusement que je me souvenais où elle était rangée), et je file au compteur :  A l’intérieur tout est en état de marche. A l’extérieur  aussi ! Là, je commence à paniquer sérieux. Je téléphone à mon autre voisine, celle qui est du même côté de la rue. Elle aussi a de la lumière ! Il n’y a donc que ma maison qui est en panne. La panique monte d’un cran : « Où ai-je bien pu mettre les papiers d’Enédis, avec noté dessus le numéro à joindre en cas de panne ? »  Je tourne un peu en rond, j’ouvre frénétiquement quelques tiroirs avant de les trouver. Ouf ! Ca y est! Les voilà! Heureusement que j’ai mon portable. Et là, je m’aperçois avec horreur que je n’ai presque plus de batterie. Ce n’est pas possible, c’est un cauchemar ! Je vais me réveiller… En temps normal ce n’est pas compliqué de filer chez le voisin demander à recharger son téléphone…mais là, avec les risques de contagion ! Tout devient encore plus compliqué. Je m’imagine déjà, vision d’horreur, être obligée de passer la journée, la soirée et la nuit aussi peut-être, sans électricité, c’est-à-dire sans internet, sans radio, sans télévision, sans pouvoir  lire, sans pouvoir écrire, à la bougie !!!… et sans chauffage ! Oui ! Sans chauffage, car j’ai une chaudière  à gaz, certes, mais elle ne peut pas fonctionner sans électricité. Kafkaïen !  C’est malin !stage yoga 24 août 17 30303

Et si jamais mon portable tombe en rade ?  Je n’aurai plus aucune possibilité de contact avec l’extérieur et encore moins avec Enédis. Et me reviennent en mémoire ces vers de Victor Hugo dans Booz endormi : « Je suis seul, je suis veuf, et sur moi le soir tombe ». Et je fonds en larmes ! Déjà que ma voiture est en panne, que je suis confinée, que je suis seule, maintenant plus d’électricité ?. Là c’est trop. Je craque. Je ne vais pas tenir le coup plus longtemps!  Je me précipite pour avaler deux comprimés d’Euphytose. (valériane, passiflore et aubépine.) Je respire un grand coup. Allez, la respiration complète, tu sais le faire ! C’est maintenant qu’il faut la mettre en pratique. C’est maintenant que ça doit servir le yoga, le Taï  Chi  et tous ces trucs!

Je me calme un peu. Je compose le numéro d’urgence. Bien entendu, je tombe d’abord sur un répondeur. Je laisse un message. Dix minutes après je recommence. Là je tombe sur une boite vocale : «Vous demandez ceci, tapez un, pour cela taper deux … etc… » Et puis finalement: « …Vous allez être mis en relation avec un conseiller…. » Ouf ! Quelques minutes d’attente qui me semblent un siècle et puis j’ai enfin quelqu’un au bout du fil…qui commence par me dire que, non, sur  Calvisson, il n’y a pas de dysfonctionnement…quoique si peut-être ? Ah ! Quelqu’un au bout de la rue a déjà appelé pour signaler la même chose…Ne vous inquiétez pas, on s’en occupe, on fait tout notre possible, compte tenu des circonstances…Le monsieur est très gentil , très aimable…

Me voilà un peu rassurée. Dans ma poitrine quelque chose se dénoue. Peut-être aussi que l‘Euphytose commence à faire effet…Et j’attends. Qu’est-ce que je peux faire en attendant ?Je sors des cartes à jouer, et je me mets à faire des réussites. Je ne suis en état de rien faire d’autre. En tous cas pas de chanter ni de jouer de la musique, ni de réfléchir. J’attends…L’attente dure…J’attends…L’attente se prolonge…S’écoule une bonne heure…

Et tout à coup la radio se remet à parler ! Miracle ! Sauvée ! Je respire, je ris, je pleure… Le soleil brille à nouveau, les oiseaux chantent, le monde est beau. J’aime le mode entier !

Finalement ce n’était pas si grave. Ca n’a pas trop duré. Mais l’alerte a été chaude. Je suis épuisée. C’est là qu’on s’aperçoit qu’on est bien peu de chose, sans toutes les facilités que nous offre notre monde moderne, et auxquelles nous nous sommes habitués. Toutes ces choses dont nous sommes devenus dépendants. Et dont nous ressentons encore plus la dépendance en cette période de confinement. C’est déjà dur, en ce moment, de devoir rester enfermés, alors être privé en plus des seuls moyens de communication qui nous restent, des quelques pis allers, des quelques ersatz laissés à notre disposition pour passer le temps, pour nous occuper, pour nous distraire, ce n’est pas supportable… Cette perspective était affolante…Je n’étais plus zen du tout. J’avais perdu tout sens de l’humour. J’aurais tué père et mère ! Seul mon cerveau reptilien était aux commandes. J’étais redescendue au premier stade de la pyramide de Maslow. Je n’étais plus qu’une femme de Cro Magnon, dominée par la peur. Je ne suis pas très fière de moi. J’ai même un peu honte de m’être ainsi laissée aller à la panique. Mais on ne se refait pas. C’est trop tard pour changer. Je le soulignais dans un de mes précédents post: On tient le coup, oui, mais il ne faudrait pas que notre portable ou internet tombe en panne. Et bien, aujourd’hui, j’ai vu! On est à la merci d’un rien. Et c’est terrible de voir à quel point nous sommes fragiles et vulnérables.

Mais, je me rappelle la poésie de Ronsard : « Quand vous serez bien vieille, le soir à la chandelle… » Et je me dis ! « Tout sauf ça ! Vive la « Fée électricité » !  En tous cas, j’aurai bien droit à un apéro ce soir !

Vendredi 10 avril : 25ème jour de confinement

Après une bonne nuit de sommeil, me voilà remise de mes émotions d’hier. Aujourd’hui sera un autre jour. Mais il me paraît intéressant, surtout pour moi, de revenir un peu sur ce qui s’est passé, en essayant d’aller plus loin dans l’observation de mes réflexes dans cette situation. Un ami parle de : « panique proportionnelle à l’importance du manque, à notre impuissance et notre dépendance criante ». Peur primaire, peur primale quoi !

Les émotions sont des réactions automatiques. On ne peut les empêcher de survenir. Elles captent tout notre attention, focalisent, emprisonnent toute notre attention. Dans le cas de la peur, elle peut nous troubler complètement, nous faire perdre tous nos moyens, nous immobiliser, nous figer, nous rendre sourds et aveugles, annihiler toute réflexion, toute action utile, nous rendant incapables de réagir sainement et efficacement. Elle peut aussi produire des impulsions inattendues, certaines positives comme la fuite devant un danger, ou au contraire négatives comme se précipiter dans le vide à cause du vertige. De plus, elles alimentent des pensées, qui à leur tour re- alimentent l’émotion en lui ajoutant encore une couche supplémentaire de stress, en ressassant. Bien sûr surtout dans le cas de pensées négatives, dans les cas de déprime, de découragement, de colère ou de rancœur etc… C’est un cercle vicieux. Mais si on les écoute, elles peuvent nous donner des informations sur ce qui se passe dans notre vie, nos besoins, sur le pourquoi de ces émotions.

Personnellement je descends d’une lignée de paysans, de viticulteurs qui ont toujours eu peur. Peur, par exemple, qu’il pleuve trop ou qu’il ne pleuve pas assez. Cela tenait à un métier, où le travail de toute une année était à la merci d’une mauvaise météo, où la récolte pouvait être anéantie en une nuit par une gelée de printemps, ou détruite en une heure par un orage de grêle à Pentecôte. Comble de malchance, ils avaient aussi connu la guerre, les restrictions, le couvre-feu. Ils avaient eu faim, ils avaient été obligés de manger des rutabagas, et ils n’avaient pas trouvé ça bon…20200409_115627_resized

J’ai écrit, il y a quelques années, une chanson sur mon père qui commençait ainsi : « Tu as passé ta vie à regarder le ciel, à craindre trop de pluie, le mildiou ou le gel…. ». Pour eux, demain était toujours un pays inconnu, forcément rempli de dangers, dont il fallait se méfier et contre quoi il fallait essayer de se prémunir. Demain n’était pas une terre « promise » mais un endroit incertain « où il y avait des loups ». Cette peur, il nous l’ont inculquée, ils nous l’ont instillée goutte à goutte, comme en intraveineuses, pendant toute notre enfance.

Il faut dire pour leur défense que cette peur primaire vient aussi de plus loin. On la retrouve chez les romains, qui craignaient par-dessus tout le « fatum » c’est-à-dire la destinée, le sort, ce qui doit arriver après, demain quoi ! Et forcément avec le sens plutôt négatif d’accident, de malheur. Chez les grecs on trouve la même chose sous le nom d’ « anankè ». Et n’oublions pas nos ancêtres les gaulois qui n’avaient qu’une peur c’est que le ciel leur tombe sur la tête ! La peur vient donc du fond des temps. Et peut-être passons nous toute notre vie à essayer de nous rassurer…Rien d’étonnant donc à ce que, au moindre rouage qui s’enraye, au moindre grain de poussière dans l’engrenage, nous replongions dedans tête la première.

Mais aujourd’hui, je me sens pleine d’espoir. J’ai l’impression que tout peut arriver, que tout est possible. C’est une sensation que j’ai habituellement à chaque printemps, et avec ce p… de confinement, je ne l’avais pas encore ressentie cette année. Je viens de la retrouve aujourd’hui. Peut-être à cause de ce beau temps inlassable, infatigable  qui nous illumine jour après jour. Ce printemps magnifique qui nous nargue. Ou qui, au contraire, adoucit notre peine, cette peine que l’on purge comme un pensum, car s’il pleuvait ce serait encore plus triste. Aujourd’hui, j’ai cette impression que quelque chose de bien est en train de se préparer, que ma vie, la vie, va forcément changer, parce que je ne pense pas que tout puisse reprendre comme avant. Ca me paraît impossible, impensable. Il ne faut pas que cela soit possible !

Je crois vraiment que ce qui nous arrive, n’est pas là pour rien, que tout cela va déboucher sur quelque chose, quelque chose de neuf, quelque chose de nouveau, quelque chose d’autre… Je le sens pour moi, mais aussi pour tous.

Ca ne veut pas dire forcément qu’on va tous s’aimer tout à coup, qu’il n’y aura plus de guerres, qu’on va tous arrêter de rouler en voiture pour préserver le climat, que les politiques vont devenir honnêtes et ne nous mentiront plus, que les riches arrêterons de s’enrichir sur le dos des moins riches, que les laboratoires arrêteront de se faire du fric avec les vaccins et cesseront d’essayer de faire interdire les médecines naturelles, que l’homéopathie sera à nouveau remboursable, que le glyphosate sera enfin interdit, ainsi que les engrais et autres désherbants, que les chasseurs arrêteront de chasser, que les gros chalutiers arrêterons de pêcher au chalut, que les anciens ministres, une fois à la retraite, ne continueront plus à toucher leur salaire, que les corridas seront enfin interdites, que les agriculteurs se mettront tous à la culture bio, que les hackers ne pirateront plus nos comptes internet etc…etc…Non, bien sûr, je ne suis pas naïve à ce point.20200409_114636_resized

Mais il y aura forcément quelque chose de différent. Je veux le croire de toutes mes forces…

Et, au risque de faire sourire certains esprits forts, qui pensent que la méthode Coué est une douce fumisterie, moi qui sais pour l’avoir expérimenté que les pensées et les paroles sont créatrices, je vais le penser très fort pour essayer de rendre mon aujourd’hui utile pour demain, en le colorant de rose plutôt que de noir.

 

Samedi 11 avril : 26ème jour de réclusion

 

A partir d’aujourd’hui j’ai envie d’employer le terme de réclusion au lieu de confinement. Ne serait-ce déjà que pour changer. Je trouve le mot plus dur, plus cruel et ça correspond à ce que je ressens, et à ce que ressentent, je crois, beaucoup de personnes. Car « ça commence à être long ». C’est le mot qui revient dans la bouche de toutes les personnes avec qui j’échange : « Ca commence à être long ! » D’ailleurs on commence aussi  à être un peu « dévarié » il faut bien le dire. Moi, tout à l’heure, je me suis préparé une tisane de thym. J’ai fait chauffer l’eau, j’ai bien laissé infuser. Le problème c’est que j’avais oublié de mettre le thym ! Il y a deux jours, je voulais faire cuire des carottes. Je les ai bien lavé, à l’eau et au savon, s’il vous plait, pour éviter la contamination, mais j’ai oublié de les peler ! Je les ai fait cuire avec la peau comme si c’était des pommes de terre. Après pour les peler, ça a été toute une histoire… Oui, ça commence à être long…

 

D’ailleurs on commence à penser de plus en plus à l’ « après » confinement, à l’envisager, à l’imaginer, à en parler. On s’autorise à en rêver un peu : « Comment cela se passera-t-il ? Et quelle sera la première chose que je ferai ? » Je pense que beaucoup iront chez le coiffeur. Il y aura des listes d’attente interminables…Personnellement, pour moi, ce sera appeler un garagiste pour ma voiture qui est en panne depuis le début du confinement. Pour pouvoir enfin partir, aller ailleurs, prendre le large….20191005_151214_resized

Je pense qu’après cette période de confinement, il va y avoir pas mal de naissances, et pas mal de divorces…D’anciens fumeurs auront recommencé à fumer… Il y aura des kilos en trop sur les hanches suite à de trop bons repas, des foies malades suite à de trop nombreux apéritifs, mais aussi de nouvelles vocations seront nées: des bouddhiste convaincus, des ascètes néophytes, des mystiques expérimentaux, des philosophes de comptoir, des pianistes virtuoses sur claviers Bontempi, des joueurs de guitare « sommaire », des philanthropes d’arrière-garde, des analystes politiques à la petite semaine, des chroniqueurs de tous poils, des journaux de confinement en veux-tu en voilà, des vidéastes semi-professionnels, des peintres de nature morte, quelques ratons laveurs. .. Comme beaucoup auront eu le temps de s’exercer, il y aura, c’est sûr, pléthore de photographes et dans le tas beaucoup d’adeptes de David Hamilton, des coiffeurs à la pelle, des décorateurs d’intérieurs, des décorateurs de jardin, de futurs grands couturiers spécialisés dans la confection de masques … Le port du masque sera d’ailleurs tendance. Les bals masqués feront fureur, le Carnaval sera la fête la plus courue de l’année, le port des gants sera à nouveau la mode. On portera les  gants, en toutes occasions, comme autrefois, même en été. Les défilés de mode ne pourront plus se faire sans masque ni gants, summum de l’élégance…Ce sera une époque de folle création, que ce soit en musique, en art plastique, en écriture etc… Les bistrots seront pleins. Chacun ira de sa petite histoire, contera  son vécu, dévoilera ses sentiments, ses pensées, ses joies, ses peines… Par contre ce sera silence radio sur Facebook. Plus aucun commentaire, car bien entendu tout le monde sera dehors…Même pas la reconnaissance du ventre ! Peuh !

Car, on a dit pis que pendre des réseaux sociaux et de Facebook en particulier! Moi la première j’ai dit que c’était comme le feuilleton  « Plus belle la vie », qu’on trouvait ça nul mais qu’on ne pouvait pas s’en déscotcher. Mais que serait-on, en ces temps de confinement, sans FB. Au moins, on partage des photos, des articles, on donne et on prend des nouvelles. On partage des vidéos humoristiques. On se félicite, on s’engueule, on y chante, on y danse ! Il y a toute une vie en ce moment dans FB. La convivialité, la société est là. Malgré le confinement, on n’est pas tout seul, on communique, on fait partie du groupe des hommes.

D’ailleurs même le grand Boris Cyrulnik en convient: « Je critiquais les réseaux sociaux en disant que c’était une boîte à ordures qui transportait toutes les fausses nouvelles, les rumeurs les plus moches… Et je dis aujourd’hui heureusement qu’il y a les réseaux sociaux. » Que serait pour nous ce confinement sans FB ? Que serait-il pour moi ?

Car, je n’arrive pas à m’installer complètement dans le plaisir de rien faire. J’ai beau faire , il y a toujours ce petit sentiment de culpabilité qui vient tout gâcher. Un petit censeur en moi qui me dit : « Comment ? Tu n’as rien fait ? ..de bien ? d’utile ? d’intéressant ? ». Je n’arrive pas juste à « vivre »,  juste à « être ». Il me faut toujours « faire », sinon je me sens coupable. Si je reste un peu trop longtemps sans rien faire, ça ne va pas. Pourquoi ? Pourtant, par exemple là, je suis tranquille, assise au soleil dans le jardin, je contemple ce qui est autour de moi avec plaisir, je me remplis les yeux de choses belles, d’odeurs, de parfums, de calme, de silence. Tout va bien  … Et là, pof ! Ca arrive !  Je sursaute mentalement comme si on me piquait, comme prise en faute, comme si quelqu’un me criait : « Coupable ! ». Coupable de quoi ? Coupable ne rien faire, de ne pas t’occuper! «  Tu n’as pas fait de piano, tu n’as pas lavé les vitres, tu n’as pas passé l’aspirateur, tu n’as pas fait de yoga, tu n’as pas nettoyé le jardin, la salle de bain, la cuisine. Bonne à rien ! Fainéante, feignasse, tu te laisses aller…Tu n’as pas honte, c’est bientôt la déchéance, l’état de larve, pas digne d’un être humain ! »

Bref, je n’arrive pas à apprendre la leçon que le covid19 essaie de nous inculquer, de nous faire toucher du doigt : « Vis tout simplement, respire, sens, regarde, écoute. Sois !» Pourtant je pourrais profiter de ce moment pour lâcher prise. On n’exige rien d’autre de moi. On ne me demande rien d’autre que de rester chez moi. Le cahier des charges est clair. Mais non ! Je ne suis pas complètement tranquille. Je reste sur le qui-vive.

Ca aussi, ça vient de loin, de la nuit des temps peut-être, ou tout simplement de mon enfance. Dés qu’on a commencé à aller à l’école. Et même avant, alors qu’il fallait ranger les pyjamas, mettre et lever la table, chacun à tour de rôle mon frère et moi…Ensuite, il a eu le lycée etc…etc…et c’était foutu ! La spirale infernale des bonnes notes, des examens, de la compétition : « Comment tu n’as eu que les encouragements ce trimestre ? » « Comment tu as eu 4/20 en maths ? »  « Et qu’est-ce que tu vas faire dans la vie si ça continue ? »20190706_111223_resized

Par la fenêtre, j’observe mon chat qui dort dans le jardin. Etalé sur le dos, il a l’air de sourire, bienheureux. Il ne fait rien. Il vit. Tout à l’heure, il va peut-être se lever pour jouer un peu, courir après un papillon, un insecte, mâcher un brin d’herbe, guetter un oiseau. Sans complexe, sans remord. Bien sûr, lui, il peut ne rien faire parce que c’est moi qui lui remplit sa gamelle. Mais je suis sûre qu’il saurait se remettre à chasser s’il le fallait.

Par moments, au contraire, j’en arrive aussi à me dire : « J’aimerais bien que ça dure longtemps, et même que ça soit tout le temps comme ça. » Bon à part la privation d’espace, bien sûr. Mais sinon, ce n’est pas si mal que ça comme vie. Peut-être à la fin du confinement aurais-je appris à ne rien faire, à laisser faire, à être tout simplement…

Oui, si on n’était pas obligé de travailler pour vivre, on pourrait peut-être y prendre goût…à ne rien faire…

Dimanche 12 avril : 27ème jour de confinement

4ème dimanche depuis le début du confinement ! Encore un dimanche, bien sûr mais celui-là est particulier : C’est Dimanche de Pâques ! Les cloches sonnent, sonnent, sonnent…

Je suis née dans une famille de confession protestante, et je me souviens de tous ces dimanche de Pâques, quand j’étais enfant, où nous allions assister au culte au temple de Calvisson. Nous y chantions traditionnellement, le cantique « A toi la gloire ! » Sur une musique de Haendel, excusez- moi du peu ! :  « A toi la gloire, Ô ressuscité, à toi la victoire pour l’éternité ! «  Et ça continuait ainsi :  « Brillant de lumière, l’ange est descendu, il a roulé la pierre du tombeau vaincu…etc…. »  et je m’imaginais cet ange de lumière en train de rouler la pierre du tombeau. Je le voyais magnifique, tout blanc, immense avec bien sûr de grandes ailes…Nous chantions avec ferveur, mais l’ensemble était toujours quand même un peu faux, malgré les efforts de la vieille demoiselle préposée aux cantiques, qui pédalait sur l’harmonium pour soutenir les voix et essayer par son accompagnement de nous empêcher de détonner.

Après le culte, on revenait à la maison, en redescendant par une petite rue escarpée, qui longeait le mur du temple. Sur toute la longueur du mur, en raison de la pente de la rue et sans doute pour prévenir des glissades les jours de pluie ou de gel, était fixée une longue rampe en fer. J’aimais laisser glisser ma main dessus, en passant, comme on caresse un animal. Son contact était doux car elle avait été patinée par toutes les mains qui s’y était agrippées au fil des années, enfants ou personnes âgées. Cette petite rue s’appelle d’ailleurs actuellement « Rampe du Temple ». Au bas de la rue, il y avait une fontaine où l’eau était toujours fraîche car elle venait  directement d’une source et non pas du réseau du village. En été, en l’absence de frigidaire à cette époque, nous venions y remplir nos pots à eau, pour boire frais. Cette fontaine existe toujours, mais il est marqué dessus « eau non potable » non pas parce qu’elle est mauvaise mais simplement parce qu’elle n’est plus contrôléeImage (4).jpg

Après le culte, c’était le grand repas de fête en famille…Mon père, ma mère, mon frère et moi. Mon grand-père, ma tante, mes cousins…et « la Tantina de Burgos ! tsoin ! tsoin ! ».Nous avions très souvent des asperges au menu, puis le traditionnel gigot d’agneau à l’ail avec des haricots verts et des pommes de terre. Souvent aussi des fraises au dessert. Mais il y avait surtout LA crème à la vanille de ma grand-mère maternelle, spécialité que je ne suis jamais arrivée à faire correctement car c’est une préparation plutôt longue et compliquée. Je n’ai jamais eu la patience ! Il fallait d’abord mélanger les œufs avec le sucre, bien battus. Puis délayer petit à petit avec du lait bouillant dans lequel on aurait auparavant mis à infuser une gousse de vanille. Ensuite, et c’était là le plus délicat, faire cuire le mélange obtenu, à feu continu et régulier, sans le faire bouillir. Comme nous avions, à cette époque, une cuisinière à charbon, ce n’était pas simple. Pendant la cuisson, il fallait donc remuer constamment, (avec un cuillère en bois, s’il vous plait), sans jamais s’arrêter, jusqu’à ce que la crème soit suffisamment épaisse. Qu’elle nappe la cuillère en bois de façon à ce qu’on ne voit plus le bois. Si la préparation bouillait, c’était foutu…Cette recette était tirée d’un vieux livre de cuisine de ma grand-mère : « La Cuisinière provençale ». J’en  possède toujours un exemplaire, que je tiens de maman. Il tombe en poussière, mais ce n’est pas à force de l’avoir manipulé loin de là. C’était des recettes qu’on trouverait aujourd’hui, où la mode est aux femmes filiformes, beaucoup trop riches en calories. D’ailleurs, maman disait déjà à l’époque, qu’il était préférable de diviser par deux toutes les proportions des ingrédients de la recette car sinon la crème était lourde à digérer. Mais qu’est-ce que c’était bon !  Et, comme disait une autre grand-mère, celle de mon mari, qui était de Berre l’Etang, fine cuisinière et spécialiste des pieds paquets : «  Ca ne peut pas être mauvais. Il n’y a que de bonnes choses ! ».20200412_192727_resized

En dégustant cette crème à la vanille, outre le fait qu’elle était délicieuse, nous avions un jeu mon frère et moi. C’était de découvrir peu à peu, au fur et à mesure qu’on mangeait, cuillère après cuillère, morceau par morceau, la rose qui était peinte au fond des assiettes à dessert. C’était comme une chasse au trésor. Et c’était à chaque fois un ravissement.

Nous n’allions pas chercher les œufs dans le jardin car ce n’était pas une tradition protestante. Pas d’œufs en chocolat, pas de poules en chocolat, et pas de cloches non plus. Les cloches  qui revenaient de Rome étaient une tradition catholique, donc prohibées chez nous. Oh ! Nous n’étions pas des fanatiques, loin de là, ni même des paroissiens assidus, mais la tradition c’était la tradition !

Le lundi de Pâques nous allions pique-niquer à « Pascalet », un magnifique bois de pins à la sortie de Calvisson sur la route de Vergèze, et partager  « l’omelette pascale » avec les familles de la paroisse. C’était la tradition protestante, et sauf en cas de pluie, nous n’y dérogions pas. Après le repas, tandis que les parents digéraient en faisant la conversation, à l’ombre des pins immenses, que le vent avait un peu courbés au fil des années, nous les enfant allions jouer au milieu des buissons, pour essayer de trouver des asperges sauvages ou cueillir du thym, gentiment, sans trop risquer de nous salir car nous étions quand même habillés « en dimanche », même si c’était lundi… Que de petits bonheurs, aujourd’hui disparus. Las ! Le bois de « Pascalet » est maintenant clôturé, le petit  « mazet » en ruines à l’époque, a été restauré et agrandi pour devenir une grande et belle maison, presque un mas. Et la tradition du pique-nique et de l’omelette pascale s’est perdue.

De ces « rieuses prairies de l’enfance », il ne reste que mes souvenirs, un peu passés comme une photo jaunie …

Lundi 13 avril : 28ème jour de confinement

Lundi de Pâques tristounet. Le soleil d’en est allé…sans doute avec les cloches… Mes chats, dans le jardin vaquent. Un rouge-queue vient les narguer. S’ensuit une espèce de jeu, de danse… Le rouge-queue volette de branche en branche, de plus en plus près, de plus en plus près… Les chats font mine de s’intéresser à autre choses, mais le guettent, mine de rien. Le rouge-queue passe et repasse au-dessus d’eux. Parfois même il se pose au sol, l’espace de quelques secondes. Les chats bondissent. Le rouge-queue s’envole en se moquant : kékékékéké ! Les chats se recouchent, style royalement indifférents, mais  penauds : « Pfttt encore raté ! ». Et ça recommence…Je suis sûre que, pour l’instant, il s’agit d’un jeu. Un jeu auquel ils jouent ensemble ! C’est un simulacre de ce qui peut devenir d’un instant à l’autre une vraie chasse. Une chasse dont le rouge queue, hélas, ne sortira pas indemne. Un jour, un instant d’inattention lui sera fatal. Qu’il se méfie. Car les chats sont d’une infinie patience…20200409_115627_resized

En ce moment la nature met les bouchées doubles. D’un jour à l’autre, j‘en constate les avancées. Le mûrier met ses feuilles à grande allure, L’althéa prépare en secret ses fleurs. Les petites figues du figuier qui, il y a quelques jours, étaient minuscules, ont presque doublé de volume…On dirait que la nature se hâte, se dépêche, profitant de ce que nous sommes confinés, et donc empêchés de lui nuire. On a l’impression qu’elle se dit : « Vite ! Vite ! Avant qu’ils  sortent à nouveau et recommencent leurs crétineries ! ».

Et voilà, j’ai mangé mon omelette pascale, tout seule, sans famille, sans amis, dans une assiette même pas fleurie. J’ai maintenu la tradition malgré tout. Je suis pour que les choses changent, mais je pense que si on lâche tout, on peut être pris de vertige. Il faut garder certains repères, surtout en cette période de confinement où rien ne ressemble plus à rien.

J’éprouve une sensation étrange que je n’arrive pas bien à analyser. C’est la pensée de savoir que personne ne peut me voir, que je ne peux être vue par personne, de toute la journée. Alors, bien sûr, je peux rester en pyjama jusqu’au soir si je veux. Laisser la vaisselle s’empiler dans l’évier, la poussière couvrir les meubles. Je ne me maquille plus depuis quelques semaines, moi qui ne serais jamais sortie sans avoir au moins souligné, noirci le tour de mon l’œil. A quoi bon, puisque personne ne peut me voir ? J’ai les cheveux qui poussent dans tous les sens ? Qu’importe si je suis moche ! Personne ne peut me voir ! Il y a du bon, en cela, oui, mais il y a aussi du mauvais.

Sans le regard de l’autre, n’aurait-on pas tendance à se laisser aller ? Le regard de l’autre peut être déplaisant dans certains cas. Il peut, par le jugement qu’il porte sur nous, nous handicaper, nous briser, nous décourager, nous empêcher d’avancer. Mais, ne serait-il pas aussi salvateur dans certains cas comme ici ?  Ne nous aide-t-il pas à nous tenir debout ? L’enfer c’est peut-être les autres, mais sans les autres point de salut ! Nous avons besoin de l’autre pour nous renvoyer une image de nous, pour nous signaler des points de non-retour, comme l’enfant a besoin de limites pour se situer dans le monde. Ou ne serait-ce que pour se mesurer à lui, l’égaler, le dépasser, voire lutter contre, mais agir en conséquence d’une manière ou d’une autre et ainsi se dépasser soi-même. Car on sait bien, comme le chantait Jacque Brel que : « Qui n’avance pas recule, comme dit monsieur du Pneu un mec qui articule et qui est chef du contentieux ! ».

C’est peut-être le même problème dans les couples. Après des années de vie commune, quand la monotonie, le traintrain se sont est installés, le regard de l’autre est devenu tellement familier qu’il ne joue plus son rôle de regard extérieur, il devient comme absent. C’est là qu’alors, peut-être, on peut aussi se laisser aller… Sans s’en rendre compte, petit à petit. Et c’est la débandade ! Sans le regard critique de l’autre, on ne prend plus autant soin de soi, on ne surprend plus l’autre, on ne se fait plus désirer, et on désire moins…Plus de communication, plus de mystère …On devient aveugle et sourd. Indifférent… Et on s’éloigne de plus en plus l’un de l’autre … Je me souviens d’une scène dans un roman d’Agatha Christie. Un vieux colonel à la retraite, calé dans un profond fauteuil club en cuir, son verre de scotch à la main, un cigare dans l’autre, explique à un de ses amis: « On a beau dire, y a pas mieux qu’une femme pour vous maintenir un homme en selle ! ».  Et si la femme s’en fiche ? Hein ? Alors c’est foutu ! Tout s’écroule. On peut d’ailleurs retourner la proposition. Combien de fois a-t-on vu dans des films, ou lu dans des romans, une femme reprocher à son mari : « Tu ne me regardes plus. J’ai changé de coiffure tu ne t’en es même pas aperçu ! » . Et je me souviens avoir mis plusieurs jours avant de m’apercevoir que mon mari avait rasé sa barbe…P1010397recadrée

Oui, les autres peuvent être l’enfer, mais c’est aussi le souffle de la vie, la bouffée d’air qui régénère notre espace. L’homme n’est pas un animal solitaire. Il a besoin de compagnie. Et en ce moment c’est ce qui nous manque le plus. Le danger est différent si l’on est un confiné solitaire ou un confiné à plusieurs, mais il est tout aussi présent.

Ce n’est pas l’oisiveté qui est mère de tous les vices, mais bien plutôt la monotonie…

Bon la libération a désormais une date ! C’est dit ce sera le lundi 11 mai. Enfin pour certains… pour les enfants qui pourront retourner à l’école et retrouver leurs copains, pour les parents qui du coup pourront retourner travailler. Hé !Hé !  Faut pas que l’économie s’arrête trop longtemps… Pour les autres on verra.. Déjà ça va être super pratique pour les instits et les profs de faire cours avec un masque sur la tronche !!!!…Et dans les crèches ? Il faudra porter des gants pour pouvoir toucher les enfants ? Bon, les bars, les restos, les cinés c’est niet, au moins jusqu’au mois de juin…Les festivals de l’été, on verra…Quid du festival d’Avignon par exemple ????

Et bien sûr reste toute la question des indemnisations pour les entreprises et les salariés au chômage partiel ou non. D’ailleurs à ce propos, je me pose une question stupide. Que voulez-vous, il nous en passe des choses par la tête en une journée de confinée. Je me demande si les péripatéticiennes vont demander des aides de l’état pour compenser leur mise au chômage ? Car bien entendu, dans leur cas, comme les coiffeuses, les masseuses, les manucures, il n’est pas question de télétravail. Je pense que pour évaluer le manque à gagner, ça risque de ne va pas être simple !

Mardi 14 avril : 29ème jour de confinement

Je reviens un peu sur mon propos d’hier qui n’était peut-être pas très clair. Peut-être aussi ne l’était-il déjà pas trop dans ma tête. Bien sûr le maquillage, n’était qu’un exemple anecdotique pris pour illustrer mes propos un peu confus et brumeux, peut-être. Mais c’était ce que j’avais trouvé de mieux pour essayer d’éclairer les divagations et interrogations qui m’étaient passées par la tête en me regardant dans la glace de ma salle de bain et en réalisant que depuis un mois, le seul regard que j’avais sur moi, c’était le mien. Ce n’était pas là ce qui était en question. Mon questionnement dépassait largement ce domaine. Mais ce qui est bien, c’est que ça a donné lieu à des échanges et des discussions.

En fait, ce que je voulais dire, c’est que, à mon sens, la confrontation avec l’autre est peut-être nécessaire ne serait-ce que pour être sûr que notre vision de nous-mêmes est vraie. Que ce  n’est pas une illusion, un sorte de folie, comme celle des paranoïaques, des psychotiques qui s’inventent un monde qui n’existe pas ou du moins qui n’existe que dans leur têtes… Les sdf, qui se moquent bien du regard des autres, peuvent être un exemple de ce genre de dérive. Indifférents au monde « normal », ils se laissent complètement aller, et sombrant dans une espèce de folie douce, ils vivent à côté de la réalité…Je pensais ici à Descartes pour qui : « l’illusion est liée non tant aux imperfections des sens qu’aux erreurs de jugement sur les informations qu’ils nous fournissent… ».20200403_160444_resized

Mais passons à autre chose car nous avons des nouvelles fraîches ! Tadada ! Ouuuuuuiiii ! L’heure de la sortie a sonné ! Notre Libération a été programmée ! Alors ? Heureux ? Ce sera dans un mois. Le 11 mai… Heu…enfin, à partir du 11 mai…

L’optimiste : « Chouette ! On va pouvoir faire de projets pour après. La vie va pouvoir reprendre. C’est super ! ».

Le pessimiste : « Oui, mais ça va être long et progressif. C’est pas demain qu’on pourra sortir normalement. Les bars, les restos, les cinés vont rester fermés. Les festivals d’été sont annulés… »

L’optimiste : On libère les enfants ! Oh ! Enfin ! Ca va faire des vacances aux parents. Et ils vont être heureux tous ces enfants de retrouver leurs copains, leur école, de pouvoir jouer ensemble pour de vrai.

Le pessimiste : « Mouais ! On va demander aux pitchouns de tousser dans leur coude et se tenir à 1m de leurs copains ? Ca va être intéressant les gestes barrière à la crèche et à la maternelle. En fait on libère les enfants juste pour que les parent puissent retourner travailler ! En plus, pour les instits et les profs, ça va être un drôle de challenge : Enseigner avec un masque sur le visage, ça va être pratique ! Et s’occuper des petits dans les crèches avec des gants aux mains. Et d’abord, est-ce qu’on va en avoir assez des masques  »

L’optimiste : « Je me demande de quoi ils vont parler, tous ces enfants, en retrouvant leurs copains. Ils vont en avoir des choses à se raconter ! Qu’est-ce que tu as fait de beau pendant tout ce temps ? Moi, j’ai fait de beaux dessins pour mettre sur les poubelles pour dire merci aux éboueurs. Mon grand frère s’était remis à la guitare. Le soir on chantait en chœur sur le balcon, pour les infirmières. Maman me faisait l’école. C’était bien. On n’avait pas été ensemble comme ça depuis longtemps. Mamy téléphonait tous les jours. »

Le pessimiste : « Mes parents n’ont pas arrêté de se disputer. J’ai peur qu’il finissent par divorcer. En plus, je n’avais pas le droit de  téléphoner trop longtemps. Les cours par internet c’était pas la joie. Papa faisait la cuisine, et c’était pas terrible. C’était tous les jours des pâtes ! Le pire, pendant une semaine on a manqué de papier toilette ! Heureusement qu’on avait des mouchoirs. Maman engueulait papa en lui disant qu’il aurait dû en prendre plus au supermarché. Papa répondait, la prochaine fois tu n’as qu’à y aller toi, si tu es si maligne ! Ma grand-mère téléphonait tous les jours, c’était la plaie ! C’était toujours moi qui devait répondre.. »

L’optimiste : L’activité économique va reprendre. C’est bien. Il était temps. On va être à nouveau correction approvisionnés.

Le pessimiste : Tu parles, ça ne suffira pas à combler le déficit budgétaire, avec tous ces gens qu’il va falloir indemniser…

L’optimiste : Et puis on va nous distribuer des masques. On pourra sortir tranquillement…

Le pessimiste : Mouais ! On attend surtout le vaccin pour que tout rentre dans l’ordre. Et alors ce sera l’entrée en scène des labos ! Sans compte que les plus de 65 ans, c’est pas demain qu’ils pourront sortir !

Etc…etc… Et pour finir :

L’optimiste : Chouette ! Plus qu’un mois ! Le pessimiste : Oh ! la la !: Encore un mois!

Ce matin, j’ai partagé un post « Coup de gueule » de Karine Chauré que j’ai trouvé très intéressant.

Pour vous la faire court, il dit en substance, enfin il pose la question de savoir pourquoi on cherche toujours le remède à l’extérieur de nous ? En effet, au lieu d’essayer de développer nos défenses immunitaires, et les pouvoirs de guérison que nous avons naturellement en nous de par le fonctionnement notre corps, on va chercher uniquement des protections extérieures : des masques (fabriqués en Chine), des gants, des gels hydroalcooliques (dangereux pour la peau à fortes doses, alors que le bon vieux savon de Marseille est efficace)… Et même en temps normal, sans pandémie, on privilégie toujours des médicaments à avaler, des piqures à faire, des vaccins…etc…

Pourquoi l’homme se croit-il toujours fort que la nature ? Pourquoi pense-t-il qu’il lui faut la réparer ? Qu’il a le droit ? Le devoir ? Le pouvoir ? de la réparer ? En tranchant, en coupant des morceaux de notre corps, en ingurgitant des substances… C’est la facilité…

En faisant des études de phonétique, j’ai appris une grande loi, qui, si on extrapole, peut s’appliquer à tout, c’est que : «  La langue évolue toujours dans le sens de la facilité et du plus grand nombre. »IMG_4762

C’est vrai qu’il est plus facile de se passer une crème sur le visage le soir plutôt que de faire dix minutes de gymnastique ou de massage du visage. C’est plus facile, pour être en bonne santé, de prendre des compléments alimentaires ou des médicaments que de faire de la gymnastique. C’est plus facile, pour lutter contre l’arthrose ou les rhumatismes, de prendre des anti- inflammatoires, plutôt que de faire du yoga ou du Gi Gong. Pourtant quoi de mieux que la marche pour développer, oxygéner et régénérer ses poumons ? Quoi de mieux que la course pour travailler son cardio, garder son cœur en bonne santé, lutter contre la graisse superflue ?

Mais…C’est plus facile de prendre des anti-dépresseurs plutôt que de se bouger, de faire de la méditation ou de cultiver des pensées positives. C’est plus facile…C’est toujours plus facile de se laisser aller que de résister.

Pourtant, avec des disciplines comme le yoga, le Gi Gong, on travaille sur toutes les parties de notre corps, sur tous nos organes, nos viscères, ce qui contribue à les garder en bonne santé et nous avec. En pratiquant la méditation, on apaise notre mental, on calme la peur, et on éloigne le stress qui est, on le sait, une des premières causes des maladies de notre monde moderne…

Bien sûr, vous allez me dire : « Et quand on a une crise d’appendicite aigüe ? Hein ? Ou si on se casse une jambe ?

Oui, bien sûr…Mais nous sommes devenus dépendants, on nous a rendu dépendants, au dépend de notre corps même. Nos organismes deviennent d’années en années plus sensibles aux agressions extérieures… C’est plus facile… et « ça peut rapporter gros » ! A qui ? Toujours aux mêmes !

De même qu’on va faire fabriquer des masques en chine, au lieu de soutenir une usine de fabrication en Bretagne… Toujours aller chercher ailleurs ! Les filles du village d’à côté sont toujours plus belles que celles du nôtre !… Ou moins chères… Alors que la prévention pour nous garder en bonne forme n’est pas une affaire négligeable. Comme le dit Eckhart Tolle : « Le corps adore l’attention que vous lui accordez. C’est là une très puissante source d’auto-guérison. La plupart des maladies s’immiscent quand vous n’êtes pas dans votre corps. »

Mercredi 15 avril : 30ème jour de confinement

Aujourd’hui, j’ai pris un sacré coup de vieux ! Oui ! Pourquoi ? Vous n’allez pas me croire ! Lundi, on nous a annoncé la fin du confinement après le 11 mai. Ok. Super ! Oui, mais pas pour tous, pour les enfants et ceux qui travaillent ! Uniquement. D’accord… Par contre le confinement sera prolongé pour les personnes « à risque » et donc essentiellement les personnes « d’un certain âge »  ce qui veux dire pudiquement les personnes « âgées ». Bon… Bon… Bon !  Très bien…Heu…D’après ce que je comprends, par personnes d’un certain âge, on entendrait les personnes de plus de 65 ans, ou de plus de 70 ans. Le chiffre exact n’a pas été avancé de façon claire… Si je comprends bien ce « certain âge » reste incertain… Mouais !

Je suivais ça avec un intérêt moyen.  Mais, tout à coup, au vu des chiffres, je sursaute, mes yeux se dessillent, mon cerveau encore endormi se réveille, comme sous le coup d’un électrochoc : Je réalise à mon grand étonnement que fais partie du lot ! Du lot des personnes « d’un certain âge ».Vous vous rendez compte ? J’en suis restée abasourdie ! On peut dire que je suis tombée de haut ! Je ne comprends pas : Hier encore, j‘étais une femme, retraitée certes, mais très active, exerçant encore, de loin en loin, mon métier d’artiste, pratiquant plein d’autres activités, yoga, Taï Chi, randonnée. Je donnais des cours, je présentais des spectacles… Hé bien, là, du jour au lendemain, paf, sans prévenir, me voici devenue une personne « à risque »  qui devra rester confinée, une personne classée, étiquetée « d’un certain âge »… même si cet âge n’est pas certain… Et moi qui ne me doutais de rien ! Il a fallu cette saleté de covid !

En prenant ma retraite d’intermittente du spectacle, ou plutôt quand j’ai été obligée de prendre ma retraite, j’avais réussi à contourner, à éluder, à esquiver, à oublier cette question, à lui échapper, lui filer entre les doigts comme un anguille, en me lançant dans d’autres activités, en trouvant, en créant, en inventant d’autres passions, d’autre choses à faire. J’avais réussi, en quelque sorte, restant dans la vie active, à rester jeune…Heu… à me croire toujours jeune ! Ce confinement à plusieurs vitesses me remet cruellement les pendules à l’heure, le nez au milieu de la figure et les yeux en face des trous ! Et moi, face à face à cette réalité que je refusais : Officiellement, selon les critères en cours : Je suis « vieille » ! Pan ! Prends-toi ça dans les gencives ! Comment ? J’étais donc dans le déni ? Et personne ne m’avait rien dit ? Il a fallu que je l’apprenne comme ça ! On aurait pu me prévenir. Comme Monsieur Jourdain faisant de la prose, j’étais « vieille » et je ne le savais pas ? C’est un comble ! On en apprend tous les jours !

Bon ! Je vais me remettre à la lecture de Tintin . Ce sera meilleur pour mon moral…Oh !  Ne vous inquiétez pas pour moi ! Je vais me remettre de cette « découverte ». Ce ne sera rien de plus qu’une déception passagère, une petite baisse de moral…Peut-être même, encore une fois, seulement un prétexte à écrire un texte…Et merde, si je me sens jeune, c’est que je le suis toujours. Non ? (Méthode Coué !)  Et puis comme écrivait Corneille à la belle et jeune Marquise :

« Marquise, si mon visage a quelques traits un peu vieux, souvenez-vous qu’à mon âge, vous ne voudrez guère mieux !… »_1160299_DxO_(Copier)

Parlons plutôt de choses plus réjouissantes ! Tiens :  La réduction de la pollution de l’air suite au confinement, par exemple. Voilà une bonne nouvelle ! C’est vrai que la nature se trouve mieux. On le sent. Elle semble s’ébrouer comme un cheval Camargue dans les près du Cailar, au soleil levant, avant le tri et l’abrivado :20191215_140128_resized

« Quand lou souleias rabino la plano, Que sus lis estang danson li belu, A ras dis engano… ».  Traduction : « Quand le grand soleil brûle la plaine
Que sur les étangs dansent les clartés
Au ras des salicornes »

Elle est belle. Elle nous offre des fleurs et des fleurs. Elle nous prépare des fruits. Les hirondelles sont de retour. Les rouges-queues, les moineaux pépient. La vie est belle…Et je suis vivante !

Alors rêvons un peu : Ce sera bientôt l’été, le temps des longues soirées au le jardin, des filles en robes claires, des lunettes de soleil. L’appel de la mer, de la plage. Les salades de tomates au basilic, les grillades. Les feuilles du mûrier balancées par la brise. La saison des bains de mer et des glaces. Le temps des espadrilles, des anchoïades, des sardinades, des corps bronzés…Les apéritifs aux terrasses des bistros, le tintement des glaçons dans les verres. La douceur des nuits d’été. Les petits déjeuners au soleil. Les cours de taï chi en plein air. Les randonnées nocturnes. Les fêtes votives, les bals du quatorze juillet…Les feux d’artifices vus du haut du Roc de Gachone…Même la cloche de Notre Dame ! Ouuuuui ! Tout cela nous sera rendu. Il nous faut l’espérer très fort. Il faut y croire. Quand ? On verra bien…

Il paraît que le plus dur, dans le confinement, c’est la première année !

Jeudi 16 avril : 31ème jour de confinement  / Jour -25 avant libération

Grössen insomnie cette nuit ! Réveillée à quatre heures du mat’ par ma chatte qui voulait sortir. La garce ! Oh ! Elle miaulait gentiment. Ce n’était pas violent. Elle ne réclamait pas. C’est un chatte bien éduquée. Mais ça m’a quand même réveillée !… Et je n’ai pas pu me rendormir avant l’aube. Du coup j’émerge, il est 9h….Oh La la ! J’suis à la bourre ! Que voulez-vous, c’est ça quand on est devenu vieux !

Comme j’étais en retard sur mon programme, perdu pour perdu, je me suis mise à la confection d’un masque. Je suis assez fière de moi. J’ai bien amélioré ma technique depuis le premier essai… On voit très nettement les progrès !!!  N’importe, ce n’est pas encore complètement réussi ! « Peut mieux faire ! »  Faut dire, j‘ai tout fait à la main. Que voulez-vous, je suis de la vieille école ! Une amie m’en a offert un qu’elle a confectionné, elle-même aussi. Mais il a été fait, je pense, à la machine. C’est sûr on voit la différence ! Il est bien mieux que le mien. Vous pouvez le voir .. Du coup, ce soir je fais un défilé de mannequins !20200416_123805_resized

Et voilà ! Il est 13h30 et je n’ai encore rien fait ! Enfin si, j’ai fait un masque. Mais surtout je me suis prise en selfie et j’ai envoyé la photo aux copains et copines. C’est ça le plus long…Surtout qu’après il faut lire leurs réponses… C’est bien connu, dès que le jour de la sortie approche, on ne fait plus rien en classe !

A part ça, rien à signaler R.A.S. Ca devient un tour de force pour trouver quelque chose à écrire…Enfin quelque chose qui soit susceptible de présenter un quelconque intérêt à partager ! Comme si ce confinement finissait par nous anesthésier. Nous délaver le cerveau. Nous faisait couler sur la tête comme un espèce de chocolat fondu, de caramel, ou une sorte de gel pour les cheveux, qui colle, qui colle, et nous endort les neurones. Je tourne en rond dans la maison. Je me traîne. Je n’ai envie de rien. J’attends… J’attends… Quoi ? Que la journée passe ? Je ne sais pas… Je pourrais faire des tas des choses, mais je n’ai envie de rien faire. Je me sens molle, comme un poupée en chiffon. Peut-être je devrais arrêter la méditation. Ca me calme trop. Je suis fatiguée. Fatiguée de ne rien faire…

En tournant et retournant, mollement, dans la maison, je tombe sur un post-it sur lequel est écrit : « Faire les vitres ! »  Il date d’au moins 15 jours…Et elles ne sont toujours pas faites ! Voyez dans quel état je suis…Je prends mon accordéon, et je travaille un peu. Je travaille un morceau de Bach, l’Aria de la suite en Ré. J’y suis dessus depuis le début du confinement et je suis toujours incapable de le jouer correctement. Je ne travaille pas assez, c’est vrai. Mais je manque de motivation. Travailler un morceau ? Mais pour quoi faire ? Pour le jouer à qui ? Pour jouer devant qui ? Et quand ? Personnellement, j’ai besoin d’un but pour être motivée. Les copains me demandent si je profite du confinement pour préparer un nouveau spectacle. Un nouveau spectacle ? Je viens d’en créer deux. Je les ai joués chacun une fois ! Et je ne sais pas quand je pourrai les rejouer, ni où. Alors je n’ai aucune motivation pour en créer un troisième. La seule chose que j’ai envie de faire, c’est ce journal auquel je m’astreins chaque jour. C’est ma planche de salut. Pour le moment…Mais je n’en peux plus d’entendre parler du coronavirus. J’en peux plus d’entendre parler de confinement, des masques que nous aurons ou que nous n’aurons pas. J’en peux plus de ces polémiques pour ou contre ceci ou cela, pour ou contre celui-ci ou celui-là. Je ne supporte plus les mots covid19, masques, gants, gel hydroalcoolique. Je n’en peux plus de ces post humoristiques ou pas, pour ou contre l’usage de la chloroquine machin, pour ou contre le professeur Raoult,  pour ou contre le déconfinement des scolaires…J’en peux plus ! Je veux retrouver ma vie !20200416_122732_resized

Je pense que lorsque nous serons libérés (A pâque ou à la Trinité ? Aujourd’hui peut-être ou alors demain ? Aux calendes grecques ?) la première chose que je ferai ce sera d’enfiler mes chaussures de rando et d’aller marcher. Je partirai sur les chemins, et tant que je trouverai du chemin…J’irai marcher dans la campagne, marcher dans la garrigue, marcher dans l’herbe, au milieu d’arbres, qu’ils soient pins, chênes verts, châtaigniers, figuiers ou autres. Je veux sentir la caresse du vent et du soleil sur mon visage, sur mes bras, mes mollets. Je veux sentir les cailloux rouler sous mes pieds, mes chaussures patauger dans la boue. J’irai respirer. Respirer les odeurs de la nature. L’odeur de l’herbe mouillée par la rosée avant qu’elle ne s’évapore. L’odeur qui s’élève quand on marche dans le thym, l’odeur du romarin quand on traverse les buissons en « bartassant », le parfum du laurier-tin qui s’exhale quand on passe la main dans ses branches. J’irai goûter le silence. Le silence de la nature, pas le silence de mon village. Ce silence qui est plein de bruits d’oiseaux et de bourdonnement d’insectes. J’irai remplir mes yeux des couleurs des cystes, roses, jaunes, bleus, blancs. J’espère qu’ils seront encore en fleurs. Je rechercherai les petits iris sauvages multicolores qui poussent en pleine garrigue au milieu des cailloux, les asphodèles, l’aubépine, le bleu de l’aphyllanthe, le jaune des genêts, celui dit d’Espagne qui sent si bon quand il ondule sous le vent, ou le genêt scorpion de nos garrigues, celui qui pique.. J’attendrai que chante le coucou, qui annonce l’été. Je guetterai les première cigales…Je…Je…Je retrouverai tout ce qui m’a été enlevé…. Et si, en tant que personne « à risque » je n’ai pas la « permission de sortie », j’entrerai en résistance. Je sais que ne serai pas la seule.

Marie de Hennezel, une psychologue clinicienne a écrit : « J’ai plus de 70 ans, je n’ai aucune co-morbidité, je ne suis ni obèse, ni diabétique, je suis en pleine forme, et comme beaucoup de seniors de mon âge, qui prennent soin d’eux et de leur santé, je ne supporterai pas que la barre des âges vulnérables soit fixée à 70 ans et un confinement imposé. » Et mon fils a ajouté : « Einstein a prouvé que le temps est relatif. Et par conséquent l’âge aussi. » CQFD Alors ! On ne va pas se laisser embastiller !

Vendredi 17 avril : 32ème jour de confinement / Jour -24 avant la libération

Ce matin, je suis bonne pour la corvée des courses ! Impossible d’y échapper, impossible de remettre plus longtemps, mes chats n’ont plus rien à manger ! Crime de lèse-majesté. Allez, courage, il faut partir en expédition. Je mets mon tout nouveau joli masque confectionné avec amour par une amie. Je l’ai au préalable parfumé d’HE d’Eucalyptus radié et de Tea-Tree. Ah ! Ne pas oublier, les gants. Voilà. C’est parti !Bien entendu, une fois la porte fermée, je m’aperçois que j’ai oublié mon attestation. Oups ! Ca commence bien ! Comme j’en avais une ancienne dans le sac, je rature et corrige la date. Ca ira bien comme ça ! Et je m’en vais … un peu comme Verlaine «  au vent mauvais qui  m’emporte deçà delà pareil à la feuille morte ! » Ou alors non, plutôt « de ci de là, cahin-caha, va chemine, va trottine …» comme la Véronique de Messager. A vous de choisir selon votre humeur. Petit détour par la poste pour mettre dans la boite aux lettres le règlement de mon contrat d’assurance voiture, qui est en panne dans mon garage depuis un mois ! La garce ! Grrr…Je sais j’en ai déjà parlé. Mais chaque fois que j’y pense ça me met en rogne.

Je pousse la porte du petit casino. Monsieur et madame Casino portent tous deux un ravissant masque en plastique bleu cobalt (en hommage à Christophe ?). Toujours pas de musique d’ambiance, ni de France Bleu Gard Lozère, rien pour égayer la morosité ambiante, silence radio ! Les allées du magasin sont désertes ou presque. Les quelques personnes qui sont là respectent les distances et les gestes de sécurité. Tout va bien. Il manque pas mal de produits, mais dans l’ensemble ça va. En une heure, c’est plié ! Je reviens malgré tout avec un caddie rempli à ras-bord. C’est bien connu, quand tu ne trouves pas ce dont tu avais besoin, tu achètes un tas d’autres choses dont tu n’avais pas vraiment besoin. Mais bon, tout va bien. En tous cas, j’ai de quoi tenir un bon bout de temps… peut-être pas jusqu’au 11 mai, mais quand même !2019-05-24 18.46.28

Trajet retour. Quelques personnes sur la place, dans les rues, de loin en loin. Tout le monde s’écarte respectueusement à l’approche les uns des autres. Tout va bien. J’arrive devant chez moi. Je pose le sac des courses pour sortir mes clés et ouvrir la porte. J’aperçois, un peu plus loin, sur le même trottoir, une personne que je connais un peu qui vient vers moi. Je ne sais pas pourquoi je sens qu’elle ne va pas s’écarter en m’approchant. Je cherche mes clés frénétiquement pour pouvoir rentrer chez moi avant qu’elle arrive à ma hauteur. Je fouille, je cherche, je ne les trouve pas ! Ah ! Le sac des femmes, tout un poème… On le sait bien que quand on cherche quelque chose dans son sac en se dépêchant, c’est là qu’on ne trouve rien ! On trouve tout, sauf ce que l’on cherche. Et, plus on cherche moins on trouve ! Je trouve le porte-monnaie, deux stylos, l’étui à lunettes, un paquet de mouchoirs entamé , une boite de chewing-gum, trois trombones dans le fond…etc… Bref ça donne largement le temps à l’autre d’arriver à ma hauteur. Et ça ne loupe pas ! Au lieu de s’écarter, elle passe juste derrière moi sur le trottoir, presque à me frôler. Bien sûr, elle n’a pas de masque, et pas de gants. Et là, au lieu de s’éloigner rapidement, elle s’arrête et me demande qu’est ce qui m’arrive. Sans lever la tête de mon sac, je lui réponds, pour être polie, que je cherche mes clés. Et alors elle se lance dans un grand discours tendant à m’expliquer ce qu’il faudrait que je fasse pour trouver mes clés rapidement dans mon sac ! Y suspendre un gros porte-clés à tête d’ourson, ou de chat, y mettre la photo de mes enfants, de mon petit-fils, d’Harry Potter. Y accrocher des rubans, un scoubidou …Je l’aurais mordue ! 2019-05-24 18.47.46

Bien sûr, ça partait d’un bon sentiment…mais c’est énervant. Tu prends toutes tes précautions, tu fais bien tout comme il faut, tu te ridiculises (enfin du moins c’est l’impression que j’ai) à porter un masque et des gants, dans le magasin tu ne touches pas les fruits ni les légumes avec tes doigts, tu passes au large des autres clients, et là, paf, juste devant chez toi, à deux doigts d’être sauvée (« Maison ! maison ! ET rentrer maison ! ») tu tombes sur quelqu’un qui ne fait pas attention, qui te postillonne dessus allégrement, une personne insouciante, (inconsciente ?), qui ne s’inquiète pas du tout de te contaminer, ou d’être contaminée. Ah ! » Life is jungle » ! Le danger n’est pas forcément là où on l’attend….

Mais une fois rentrée chez moi, à l’abri, en laissant les courses et les chaussures dans l’entrée, en quarantaine pour quelques heures, et après avoir pris une douche, je m’interroge. Est-ce que ce serait la psychose qui me gagne ? Est-ce que je deviens complètement parano à force ? C’est grave docteur ? J’avoue que je me sens un peu perdue. Peut-être que c’est moi qui débloque complètement. A force, on ne sait plus. On décolle un peu de la réalité…

Et pourtant, elle se rappelle à nous brutalement et cruellement : Et voilà que Christophe est parti, lui aussi. Je n’ai jamais une fan inconditionnelle de Christophe. Je me souviens avoir dansé à la fête du village sur « Aline ». Bien sûr ! J’avais 15 ans. C’était avec un beau blond qui ressemblait un peu à Christophe et qui cultivait bien évidemment cette ressemblance. Dragueur impénitent, baratineur ou mythomane, il m’avait fait croire que c’était lui le parolier de la chanson Aline. Et moi, gourde que j’étais, je l’avais cru. Il était si beau… Je pense que, grâce à ce tube, Christophe  a pu vivre peinard pendant tout sa vie. Je me souviens que Thierry, un merveilleux musicien, percussionniste, guitariste et chanteur, qui m’a accompagnée pendant de longues années, répétait toujours : « Il faut faire un tube ! Un seul ! Ca suffit. Et après on est tranquille ». Faire un tube : le Nirvana, le Graal de tous les musiciens, de tous les chanteurs….

Après je me souviens de la chanson  « Les marionnettes » qui avait été aussi un succès, mais pas aussi important que « Aline » et en tous cas pas un tube de l’été… Après grande éclipse du chanteur, en tous cas pour moi,  jusqu’à la reprise par Bashung des « Mots bleus ». Je pense que c’est Bashung qui a fait ressortir Christophe des oubliettes du show-biz où il était tombé. Il a fait entendre à tous cette très belle chanson qui, jusque-là, était peut-être passée un peu inaperçue. Ou du moins n’avait pas eu le succès qu’elle méritait. En tous cas, Christophe a eu une deuxième partie de carrière beaucoup plus intéressante que ses débuts. Et même s’il était plein de rides, je trouve qu’il était bien plus beau actuellement que quand il était jeune…

Qu’importe…Après France Gall, Johnny, Marie Laforêt… Christophe ! Les chanteurs de mon adolescence disparaissent. Trois petits tours et puis s’en vont…avec ma jeunesse…

Samedi 18 avril : 33ème jour de confinement / Jour -23 avant la libération

Aujourd’hui, je voudrais rendre hommage aux confinés, à nous, à vous, à monsieur et madame tout le monde que nous sommes. Je m’explique. Jusque-ici, je n’étais pas trop une fanatique ni une convaincue des réseaux sociaux, Facebook en particulier. Je n’en voyais pas bien l’intérêt ni l’utilité, à part si on avait quelque chose à vendre. Mais là, je trouve que le confinement a apporté à FB une hauteur, une noblesse, une utilité, une force jamais atteints auparavant, en temps  normal. Par contre, en cette période difficile, quel formidable moyen d’atténuer, de gommer même, le sentiment d’isolement, de réveiller les consciences, de lancer des ponts entre les individus, de faire surgir un mouvement de réaction commun ! En regardant les post sur FB, je suis émerveillée par les trésors d’ingéniosité, d’invention, de création dont beaucoup font preuve. Que ce soit dans des vidéos, des textes, des photos, des jeux de mots, que ce soit par l’humour, le sarcasme, la distanciation, le décalage, le burlesque, ou on contraire la poésie, le romantisme. Que ce soient avec des dessins, des sketch, des chansons, des musiques. Que ce soient des coups de gueules, des diatribes, des pamphlets. Des textes philosophiques, ou politiques. Des conseils pour mieux appréhender cette période, des jeux pour éveiller l’esprit ou pour passer le temps, des rébus, des problèmes de maths. Des dessins humoristiques, des photos de beaux paysages pour faire rêver. Que ce soient des gens qui photographient les fleurs de leur jardin, leurs animaux, chien et chat, poules, chevaux, qu’importe, la vie quoi ! Des profs de gym, de yoga, de Gi Gong, qui postent des vidéos de leurs cours pour que leurs élèves, et les autres, puissent pratiquer devant leur écran pendant ce temps, pour qu’il ne soit pas perdu ce temps, ce temps entre parenthèse, ce temps de latence, d’attente, d’incertitude et d’espérance…Et tout ça se répond, s’aime ou s’engueule, félicite ou conteste, approuve ou apporte une controverse. Les commentaires deviennent des conversations. Ca circule, ça bouge, ça partage, ça vit !IMGP9401

Pour la grande majorité ce ne sont pas des choses trouvées sur le net et collées/copiées. Il y en a certes, mais il y a plein d’autres choses étonnantes. Des choses créées, pensées, trouvées, découvertes, imaginées, souvent dans la seule journée, mais des choses inédites, crées pour l’occasion, passagères, volatiles, volages. Des sketchs, des chansons, des poèmes enregistrés « sur le pouce », sans prétention, à la « va comme je te pousse », juste pour le fun. Je ne parle pas ici des artistes connus, même si leur intention est louable. Les artistes connus ont à leur disposition tout le matériel nécessaire, l’infrastructure, le savoir et l’argent pour faire des enregistrements et des vidéos de qualité. Même si c’est fait  « à la va vite » ce n’est pas la même chose. On ne peut pas comparer. Et je sais de quoi je parle ! Non Je parle ici de ceux qui bricolent dans leur salon, leur cuisine, qui se filment sur leur terrasse, ou leur salle de bain avec leur petit portable, leur petit smartphone.

Ce sont eux que j’admire : Celle qui se filme dansant dans son jardin, ou dansant dans la rue. Celui qui s’en va jouer de l’accordéon sous les fenêtres des résidents d’un Ehpad pour les distraire. Pascale qui fabrique des « cartes à planter », quelle merveille d’imagination ! Pensez, elle fabrique son papier, elle dessine, écrit dessus, elle y sème des graines, elle poste le tout et la personne qui reçoit la lettre, n’a plus qu’à planter la carte dans son jardin et l’arroser! Magique ! Celui qui médite tout seul dans son coin sur son petit tapis, chez lui, mais envoie de l’Amour à la terre entière. Une autre qui se filme dans sa salle de bain s’habillant et se maquillant pour aller prendre l’apéritif dans son salon, dans la pièce à côté, comme si elle allait au bistrot du coin,! Ceux qui écrivent des chansons, des petites scènes de théâtre, des poèmes, se filment et les postent le soir-même. Ceux qui fabriquent des masques avec des tissus à fleurs, ou qui dessinent dessus des motifs en trompe l’œil….etc…etc… Ca pétille, ça mousse, ça jaillit, ça fuse dans tous les coins. Ca rit ! Que d’humour, que d’imagination!

Chacun choisit, fourbit ses armes, se défend comme il peut devant cet enfermement et les incidences qu’il a sur notre psychisme et notre physique…et sur notre avenir. Chacun déploie des ressources insoupçonnées, dont il ne se croyait peut-être plus capable. Chacun réagit à sa mesure ou à sa démesure, suivant son tempérament, dans le léger ou le grave, quelque fois avec colère, ou avec amertume. Qu’importe ! Tous sont tendus vers un même but : Rendre ce séjour forcé supportable. Tous oeuvrent ensemble, chacun dans son coin peut-être, mais ensemble, avec les autres, pour les autres, pour offrir à l’autre, cet autre qu’il connaît ou ne connaît pas, cet autre qui lui aussi est tout seul devant son écran, lui apporter un remède, un truc, un subterfuge momentané pour mieux supporter le confinement. Un moyen de tenir!

Je trouve ça formidable, exceptionnel. Aussi exceptionnel que ce phénomène auquel nous sommes confrontés, qui nous blesse, nous attaque, qui nous a mis en état de choc, nous a rendu vulnérables. Face à lui, nous sommes restés quelques temps démunis et désemparés, mais maintenant nous réagissons, avec notre cerveau, notre cœur et notre esprit, avec les moyens du bord certes, peut-être maladroitement oui, difficilement c’est certain, mais nous répondons présent. Nous essayons de rendre cette vie quasi « carcérale » sinon meilleure, du moins plus facile, plus légère. Nous les confinés, les petits les obscurs, les « sans grade », nous qui sommes condamnés, non pas aux travaux forcés, mais bien au contraire à ne rien faire, condamnés à purger en réclusion une peine que nous ne comprenons pas, ou du moins dont nous ne nous sentons pas vraiment coupables…Et bien, même enfermés, emprisonnés, coincés dans nos maison, nous, « monsieur et madame tout le monde », nous inventons, nous échangeons, nous partageons, nous réfléchissons, nous ironisons, nous passons au-dessus des murs, nous nous échappons, nous nous faisons la belle… et nous gagnerons. L’humain n’a pas fini de m’épater.

Un ami avait posté dernièrement une belle phrase de Chris Bonington :« J’ai souvent bivouaqué pour attendre le beau temps, passé des nuits dans la tempête… Dans un orage, il n’y a rien d’autre à faire que s’asseoir, attendre que ça passe. »

 Si, il y a quelque chose à faire, même si c’est tout ce qui nous reste: (D’autant plus que c’est paraît-il le propre de l’homme) : On peut en rire !

Dimanche 19 avril : 34ème jour de confinement /Jour -22 avant la libération

 

Mon amie Agnès m’écrit : « Journée un peu tristounette aujourd’hui, avec cette petite pluie. D’habitude, on aurait dit : on va en profiter pour se reposer !!! Mais là, vue la situation actuelle, ça fait un peu couillon !Je vais peut-être me mettre à la couture, ça m’occupera ! »

Et que vais-je faire, moi, pour m’occuper en cette journée grise et humide ? De la couture non. Et si je me mettais à tricoter  plutôt?

Cette idée saugrenue me rappelle des périodes de rentrée scolaire, lorsque j’étais petite fille. Quelquefois à l’automne, par un jour de pluie, nous venait l’envie irrépressible de tricoter. On commencer par feuilleter les journaux de tricot de maman et on rêvait dessus pour choisir un modèle de pull qu’on pourrait se tricoter. C’était difficile parce que, en photos dans le magazine, et portés par des mannequins, ils paraissaient tous plus beaux les uns que les autres. Mais, avant d’attaquer un tel chantier, il fallait un peu s’entrainer. Maman gardait toujours précieusement dans un sac quelques pelotes de laine, restes d’un pull ou d’un gilet qu’elle avait fait précédemment, qu’elle conservait précieusement en cas de retouches ou de reprises. On allait fouiller, avec délice, dans ce sac pour choisir selon nos envies la couleur, la grosseur de la laine. Ensuite on ouvrait le long étui en carton où étaient rangées par taille les aiguilles à tricoter pour décider de celles qui conviendrait le mieux à la laine choisie en fonction de sa taille. Et on se mettait à tricoter. Le premier jour, on tricotait beaucoup. Généralement c’était une écharpe, quelque chose de simple au départ pour s’entraîner. On mélangeait les couleurs, on révisait les différents points de tricot : Point endroit, point envers, point jersey, point de riz, le jacquard, on travaillait les augmentations, les diminutions, comment remonter, rattraper une maille filée… etc… Tout en rêvant au modèle qu’on pourrait bientôt commencer quand on se serait suffisamment fait la main avec l’écharpe. Evidemment, ça ne durait jamais très longtemps. La plupart du temps, on ne dépassait pas le stade de l’écharpe. Car, après quelques journées de tricot, l’envie nous passait comme elle était venue! Las, la confection du magnifique pull, dont nous avions rêvé, était remise sinon aux calendes grecques, du moins  à la rentrée scolaire suivante, à l’automne suivant, peut-être. Car je vous rappelle qu’à cette époque la rentrée scolaire avait lieu au mois d’octobre.

C’est curieux, il y avait des modes comme ça. On ne savait pas d’où ça venait, mais tout à coup c’était dans l’air. Une envie irrésistible s’installait…Et on se mettait à jouer à la marelle, aux osselets, à sauter à la corde, plus tard au ballon prisonnier. Il nous arrivait de jouer aux billes comme les garçons, mais c’était sans grande conviction. Nous jouions même parfois aux cowboys et aux indiens. C’était mystérieux. Il y en avait une qui commençait et toutes les autre suivaient. Mais on ne savait jamais vraiment qui avait commencé. Et, tout à coup, les cours de récréation se recouvraient de marelles dessinées à la craie. Cela dépassait parfois le cadre de l’école et on retrouvait des marelles sur les trottoirs, et même dans les rues du village. Heureuse époque où il n’y avait pas de voitures dans les rues, bien sûr les petites rues pas les rues principales. Et après l’école, notre goûter à la main, les jeux continuaient… On jouait aussi à la balle. Je me souviens de la comptine : « Je joue à la balle contre la muraille, un peu plus haut, je casse un carreau, un peu plus bas, je blesse le chat » . En sautant à la corde on chantait : « Pour passer le Rhône il faut être deux, pour bien le passer, il faut savoir danser. Allons passe, passe, passe, allons passe donc ! »MH Perle de Rosée

On jouait aussi aux ficelles. Ah ! Ca c’était quelque chose ! Un jeu de main délicat, car il demandait beaucoup de dextérité, et de la mémoire. On entrelaçait un fil entre ses doigts et il fallait réaliser des figures. On pouvait y jouer seule ou à plusieurs en transférant la ficelle de l’une à l’autre adroitement. Ce n’était pas facile. Les figures en solitaire étaient souvent gardées secrètes et transmises d’amie en amie très chère ou même parfois de mère en fille. Il fallait être initiée… Il y avait des figures imposées : le bol, la barrière à quatre, le tapis, le train, la barque, le filet, qu’en gros tout le monde connaissait…etc… le berceau, était, je me souviens, une des plus belles  figures. Les plus difficiles étaient le parachute et « le soleil » que seules les plus douées  réussissaient. Elles étaient aussi les plus spectaculaires. Mais le nec plus ultra était la Tour Eiffel, une merveille, sujet d’admiration pour celles qui y arrivaient.

Je me rappelle aussi que certains après-midi de pluie à la maison, nous écoutions des disques. Nous avions un tourne disque assez archaïque. Non, ce n’était pas le fameux gramophone qu’il fallait remonter à la main, je ne suis pas assez vieille. Mais c’était un appareil assez lourd qui tenait dans une espèce de gros coffret en bois, dont il fallait relever le couvercle. On le sortait pour l’occasion et on l’installait sur le buffet du salon. Ce qui donnait lieu à un espèce de cérémonie. Mais nous avions le temps. Les jours de pluie, mon père ne travaillait pas à la vigne, il pouvait donc s’en occuper. On s’asseyait autour et on écoutait religieusement…

On écoutait Pierre et le Loup, ce merveilleux conte pour enfant, raconté par Gérard Philippe sur une musique de Serge Prokofiev. Le but de l’œuvre était de faire découvrir aux enfants les instruments de l’orchestre. Tandis que le récitant parle, l’orchestre ponctue le récit d’intermèdes musicaux où les différents protagonistes sont personnifiés par des instruments :  Je me souviens que, même après de nombreuses écoutes, je continuais à trembler lorsqu’arrivait le loup symbolisé par les cors, mais j’adorais le grand-père qui était joué par un basson.…

Il y avait aussi, dans le même esprit, un autre conte qui avait un but similaire :  Piccolo Saxo et Compagnie. Je ne me souviens plus très bien des détails de l’histoire. Je crois qu’en gros, la famille des cordes, guitares, violons, violoncelles etc… partaient à la découverte des autres instruments. C’était amusant et instructif. Des années après, il me reste toujours en mémoire la phrase : « Et maintenant, où allons-nous Piccolo ? – De l’autre côté du disque ! » Car, alors, il fallait retourner le disque pour écouter la suite. J’adorais le moment où, vers la fin de leur quête, ils arrivaient devant le piano qui leur était présenté ainsi : «  Sa majesté Le Piano !». Et moi, petite débutante en piano, je me sentais très fière, comme si j’étais dans le secret des dieux, d’apprendre à jouer du roi des instruments…

Et ben voilà comment un jour de pluie m’a fait à nouveau plonger dans la nostalgie de mon enfance. Je remarque qu’à chaque fois, je remonte un peu plus haut dans le temps. Si le confinement continue encore longtemps, je vais commencer à vous parler de ma vie intra utérine… Vous voyez quel effet ça nous fait, à nous autres gens du sud, dès qu’il n’y a plus de soleil !Bon, aujourd’hui, c’était un post plutôt pour les filles. Désolée les garçons. Vous ne m’en voudrez pas hein ?

Lundi 20 avril : 35ème jour de confinement / J- 21 avant la libération

Il y a quelques jours je me moquais gentiment des prostituées, en me demandant si elles allaient demander des aides de l’Etat pour cause de chômage partiel ou technique, le télétravail semblant difficile à appliquer, dans leur domaine. Ce matin, je tombe en arrêt, dans un post partagé par une amie, sur un article de L’Obs en date du 16 avril qui a pour titre :  L‘horreur absolue : la prostitution au Bois de Boulogne pendant le confinement :

« Nouchka appelle vers 3 heures du matin (la ligne de soutien psychologique confinement tenue par Kathya de Brinon). Elle dit qu’elle se prostitue au Bois de Boulogne. Elle a 32 ans, vient d’Europe de l’Est, elle a été amenée en France à 14 ans. Son maquereau a disparu au début du confinement, sans la payer. Pour manger, elle doit continuer à faire des passes. Elle survit  »en meute », avec d’autres filles dans la même situation qu’elle. Comme il n’y a plus d’endroit pour se réfugier, elle se lave avec des bouteilles d’eau, dort sur place dans les bois dans une tente mobile. Nouchka tousse beaucoup au téléphone, elle est épuisée, elle a de la fièvre. Malade du Covid 19. Les clients, qui sont toujours aussi nombreux, selon elle, mettent parfois un masque pendant la passe. L’un d’eux lui en a fabriqué un avec du papier toilette.…  Le lendemain, c’est une amie de Nouchka qui appelle, Liva, 25 ans, prostituée depuis ses 12 ans. Russe sans papiers : « Nouchka est morte, on l’a retrouvée dans le bois ce matin. On a creusé un trou et on a mis des feuilles dessus »…. Le surlendemain, une troisième fille du groupe, Tara, appelle avec le téléphone de Liva. Elle dit qu’elle a 16 ans, que Liva lui a donné son téléphone, avant de disparaître dans les bois…Elle dit qu’il n’y a plus de crédit sur la carte…, et la ligne coupe ».»

Comment une telle horreur est-elle possible ? Comment peut-on infliger ça à des êtres humains. Comment peut-on laisser faire ça ? Comment pourrait-on l‘empêcher ?

Je me souviens, en 2015 nous faisions quotidiennement le trajet Nîmes-Avignon pour aller jouer au festival. C’était l’après-midi, et tout le long de la route à partir de Remoulins, il y avait des femmes en attente de « client », des jeunes et des moins jeunes, assises sur des pliants, ou faisant les cent pas. Toujours au débouché d’un chemin. Ce n’étaient pas des belles de nuit, mais encore moins des belles de jour. Elles faisaient pitié…Déjà nous, dans la voiture avec la clim, nous crevions de chaud. Alors, elles qui restaient là, toute la journée, sous le soleil, avec les 35° qu’il faisait au mois de juillet ! Conditions d’hygiène, zéro : La soif, la sueur, la poussière, la saleté et le reste…Nous nous demandions si leur maquereau les amenait là le matin et venait les reprendre le soir. Et nous nous disions qu’il fallait vraiment avoir faim pour supporter ces conditions de vie. Les années suivantes, en 2017 et 2018, elles avaient disparu du bord de la route. La police avait dû intervenir entre temps. Mais elle n’étaient sans doute pas très loin…

On va peut-être me reprocher de parler encore des femmes, mais comment ne pas s’interroger devant des horreurs pareilles. Et comment les hommes laissent-ils exister ces sortes de marchés aux esclaves, de foire aux bestiaux ? En raison de leurs besoins ?. ..     Les femmes… On les viole, on les voile, on les vend et cela depuis le début des temps, dans tous les pays, dans toutes les civilisations, et dans toutes les religions! (Sauf peut-être la religion Protestante). Pourquoi ? Quel péché, quelle faute, quel crime ont-elles commis pour mériter de tels traitements ? Quelle menace représentent-elles pour que les hommes éprouvent le besoin de sans cesse les rabaisser, les contraindre, les humilier, les écarter, les exploiter ?ScannedImage

Depuis le début des temps ? Peut-être pas tout à fait. Revenons un peu en arrière…              A la période préhistorique, les premières divinités sont des femmes. Durant cette civilisation matriarcale on ne trouve aucun indice d’activité belliqueuse. Tiens tiens !     Plus tard, les trois religions monothéistes, mettent fin à l’effigie des femmes déesses et la remplacent par un Dieu masculin. Les femmes deviennent alors des êtres humains de seconde classe, inférieures et indignes d’accéder aux fonctions sacerdotales en raison de leur sexe. La chute de l’Empire Romain avait favorisé à nouveau l’émancipation des femmes. A la fin du Vème siècle la femme de Clovis II a participé à l’amélioration de leur condition. Les femmes avaient le droit d’hériter de biens immobiliers et de les transmettre sans autorisation maritale ou paternelle. Au VIIème siècle la plupart des monastères sont mixtes. Leur Supérieur commun est souvent une abbesse, qui dirige parfois des milliers d’hommes et de femmes dispersés sur un vaste territoire. Ces monastères s’emploie au défrichement des terres, à l’éducation, et à la formation religieuse.

A la fin du VIIIème siècle, Charlemagne interdit que les chanoinesses et  religieuses instruisent les garçons dans leurs couvents. Il crée un corps de fonctionnaire dont il élimine les femmes. Dans les siècles qui suivent, les femmes sont pourtant souvent plus instruites que leur mari. Au Xème siècle, il y avait des femmes docteurs, des femmes poétesses, des femmes enseignantes, des abbesses. Mais bientôt, la hiérarchie de l’église catholique romaine qui se met en place, élimine les femmes des fonctions élevées et interdit aux filles l’accès aux écoles. Elles sont exclues des métiers de chirurgien et de barbier. Certaines femmes résistent en adhérant à un grand mouvement hérétique qui balaie l’Europe « L’hérésie cathare ». Elles créent un style de vie, le béguinage, habitent et travaillent en communauté refusant le contrôle des hommes et de l’église. L’église et la noblesse, irritées par cette résistance, les accusent de sorcellerie, et une nouvelle législation familiale déclare les femmes inaptes juridiquement.ScannedImage-3

Dès le XIV siècle, en France, le traité du « Ménagier de Paris » (1397) définit la nouvelle éthique à suivre : Les filles devront être préparées à leur futur rôle domestique où tout sera fait pour le confort du mari. ». La « Renaissance » s’est chargée de les mettre au pas ! La Révolution Française ne fera pas mieux. Au XIXème siècle, le Code Napoléon, par l’article 2016, livre la femme à l’autorité du mari (in manu mariti). C’est l’hallali…

Même le grand Molière n’a pas échappé à la tentation de les rabaisser, de les critiquer, de les décrier, et de les railler avec ses « Femmes savantes ». Je ne le lui pardonnerai jamais. Seul chez les hommes, Victor Hugo les a soutenues dans une lettre en date du 8 juin 1872: « …Il est douloureux de le dire : dans la civilisation actuelle, il y a une esclave, elle l’appelle une mineure ; cette mineure selon la loi, cette esclave selon la réalité, c’est la femme. L’homme a chargé inégalement les deux plateaux du Code, dont l’équilibre importe à la conscience humaine ; l’homme a fait verser tous les droits de son côté et tous les devoirs du côté de la femme. De là un trouble profond. De là la servitude de la femme. Dans notre législation telle qu’elle est, la femme ne possède pas, elle n’est pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’existe pas. Il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent : Il faut qu’il cesse… ».

La suite vous la connaissez. Il y a eu bien des changements depuis certes. Mais il y a toujours des mariages forcés, des femmes qu’on voile des excisions, des viols, du harcèlement, des inégalités de salaire. Et il a quand même fallu attendre la fin de la seconde guerre mondiale, pour que le droit de vote soit obtenu en France par les femmes. Le 21 avril 1944. Enfin ! Il était temps !

C’en sera demain l’anniversaire.

Mardi 21 avril : 36ème jour de confinement / J – 20 avant libération

C’est terrible ! Ce matin au moment de marquer la date sur le début de mon post, j’ai hésité. Je ne savais plus si l’on était mardi ou mercredi. J’ai dû regarder sur le calendrier ! Effrayant ! Ah ! la ! la ! Il est temps qu’on puisse sortir !

D’ailleurs, à ce propos, depuis que notre cher président a mis en avant la date, possible, envisageable, éventuelle, probable mais rien n’est moins sûr, du 11 mai comme début du déconfinement, ça remue, ça bouge, ça s’agite, ça frétille de partout. Comme des lycéens juste avant  l’heure de la sortie, ou comme des militaires juste avant leur première perm ! Ca fait du bruit dans Landerneau ! On en rêve, on en parle, on fait des châteaux en Espagne, on s’y voit déjà. Ca ronronne, ça roucoule : « Coucouroucoucou Paloma! ».

Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, mais il ne me semble pas, pourtant, que la pandémie soit en phase de régression. Non ?  Il me semble même avoir entendu dire qu’en Chine, il y avait des amorces de rechute….Pourquoi décider de nous relâcher dans les rues alors que le danger est loin d’être écarté ?

Oui ! Je sais, j’ai bien compris. C’est pour que les gens puissent retourner travailler. C’est pour relancer l’économie. Avec le confinement, tout est à l’arrêt, du coup plus de recettes pour l’état, l’économie plonge, la dette augmente, le PIB flambe, le prix du baril dégringole, le CAC 40 chute, tout part à vau l’eau. Bref, c’est la cata ! Mais alors, pourquoi nous avoir confinés pendant un mois. On pouvait s’y attendre à tout ça ? Ces conséquences étaient prévisibles ? Non ? Ils auraient pu y penser avant. Non ? Ils n’étaient pas capables de le prévoir tous ces énarques, bardés de diplômes et de salaires à six chiffres ? N’auraient-ils pas dû penser, avec leurs têtes bien pleines, qu’en nous confinant l’économie allait plonger ? N’était-ce pas leur travail ? Pourquoi n’ont-ils pas anticipé ? Ils n’y ont pas pensé. Voilà !

Quand on était petit, et qu’on avait fait une bêtise, pour s’excuser, on disait à nos parents : « C’est pas ma faute. Je l’ai pas fait exprès. » Et nos parents répondaient : « Ce n’est pas une excuse. Tu n’avais qu’à y penser avant ! ». Et bien là, c’est pareil ! Ils n’avaient qu’à y penser avant ! Pourquoi ne l’ont-ils pas fait tous ces ministres, ces députés, tous ces gens de l’Elisée qui sont censés nous gouverner, nous protéger ? Qu’ont-ils faits pendant toutes ces réunions, ces gens qu’on a élus, ces représentants du peuple ? De quoi ont-ils parlé ? A quoi ont-ils pensé ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Bon c’est vrai que moi aussi, j’ai des fourmis dans les jambes. J’aimerais bien repartir en randonnée. Quoique déjà, il faudra commencer par des parcours faciles parce que j’ai sûrement les mollets en compote et le cardio mollasson. Pas question d’attaquer tout de suite les 4000 marches ou le Ventoux!   Et puis, randonner avec un masque sur le nez, ça va être folklo ! Pas évident question respiration…Donc pas trop de dénivelé…Alors on ira marcher en plaine dans les vignes pour commencer, ou des Saintes-Maries jusqu’au phare de la Gachole, le long de la digue à la mer ? Ou encore…20200420_142920_resized

Mais si c’est le cas, alors il n’y a plus une seconde à perdre ! Branle-bas de combat ! On était bien tranquille, peinard, on s’était habitué à ne rien faire ou pas grands choses. On avait pris un train-train de sénateur…Mais là on n’a plus que 20 jours pour se rendre présentable. Panique générale ! Il va falloir se mettre au régime : Fini les chips, le chocolat et les cacahuètes ! Fini les petites bières à midi, les tartes au citron à quatre heures, les apéros du soir ! Fini de traînasser en pyjama devant l’ordi ou à regarder des séries jusqu’à point d’heure ! Il va falloir se remettre à la gym, se raser les jambes, s’épiler les sourcils, raviver sa couleur de cheveux en attendant de pouvoir aller se faire couper les cheveux. Ah ! les coiffeurs. Ca va être une drôle de mayonnaise pour trouver un coiffeur disponible. Les rendez-vous seront aussi difficiles à prendre que ceux chez l’ophtalmo, ou la gynéco en temps normal : trois mois, six mois d’attente ?

Avec un peu de chance à la mi-mai il fera beau, on pourra ressortir les shorts, ou du moins les pantacourts. Bien sûr on aura les jambes aussi blanches que des parisiens, mais après quelques temps, tout ira mieux… Et après ces quelques jours de pluie, comme on dit chez nous : «  Je languis… »

Mercredi 22 avril  : 37ème jour de confinement / J – 19 avant libération

J’ouvre mes volets et je vois qu’il pleut encore. Bouououh ! 3ème jour qu’il pleut ! Je sens que je ramollis. Ca donne envie de se recoucher. Mais, déjà, j’ai ouvert les yeux à 9h15. Je ne vais pas me recoucher quand même! Pourtant je me suis réveillée fatiguée. Curieux non ? Non ! C’est normal j’ai rangé mon garage toute la nuit ! Enfin, j’ai rêvé toute la nuit que je rangeait mon garage ! Et même en rêve c’est fatiguant. Faut dire quel bordel là-dedans ! Un vrai capharnaüm ! J’adore ce mot. Il me fait rêver ! C’est ce que je faisais, d’ailleurs… Capharnaüm…Si je regarde la définition du petit Larousse, je lis : « Lieu plein d’objet entassés sans ordre ». Synonyme : Bazar, bric-à-brac. Hé bien c’est exactement ça : Une voiture (en panne), un vieux congélateur éteint, la chaudière, des projos, des vieux très gros et très lourds, et des plus récents, plus légers plus pratiques à porter, mais pas dernier cri quand même, des pieds de projos, des pieds de micros, une sono enfin, une vieille sono, une caisse à outils, des pots de peintures usagés, des flycases remplis de fils de micros et de projos qu’on n’a pas ouvert depuis des années, les containers poubelles, le jaune et le vert, une tondeuse à gazon (en panne), un escabeau, un échelle de jardin, un barbecue à gaz avec ses bouteilles, un panier à chat, un autre panier à chat plus grand, une vieille machine à laver qui marche, enfin qui marchait à une époque, un micro-onde qui date de Mathusalem, une vieille télé qui marche toujours, quelques ratons laveurs, un caddie pour les courses, des caisses de bouteilles vides qui attendant d’être portées au container, un aspirateur cassé qui attend, lui aussi, d’être amené à la décharge, deux vélos, un vtt crevé, et un vieux vélo classique dégonflé, du petit bois pour les grillades, une corde à linge, une porte en bois, une table pliante, deux fauteuils de jardin en mauvais état, un lecteur de dvd cassé pour la décharge, des outils de jardin, des pots de fleurs vides etc…J’essayais de débarrasser cet immonde bric-à-brac, mais, comme dans les rêves, ça n’en finissait pas. Un travail de romain, je vous dis. Et puis, il y avait toujours quelque chose pour m’interrompre. Ou alors quelque chose qui me tombait des mains, comme dans les numéros de clowns. Et quand je ramassais, c’était autre chose qui tombait. Quand j’enlevais un objet d’un endroit, je ne savais pas où le poser. Je tournais en rond en le tenant dans les mains, et puis je le reposais où je l’avais trouvé !  Désespérant, interminable…20200309_205928_resized

Puis tout à coup, comme par magie, je me suis retrouvée dans une grande cuisine en train de faire la vaisselle ! J’avais sauté dans un autre rêve, comme on saute d’un train en marche pour prendre un autre train en marche, justement. Que voulez-vous, dans les rêves tout est possible. Un autre rêve, cependant toujours des histoires de nettoyage. Curieux non ? Mais attention ce n’était pas une petite vaisselle. C’était une énorme vaisselle ! J’étais dans une sorte de communauté, comme une colonie de vacances, ou un camp de scouts. Est-ce que je manquerais de contact humain ? Je me levais la première, alors que les autres dormaient encore, et je mettais en ordre le bazar laissé par le groupe la veille, je nettoyais les restes du repas du soir : La table avec les assiettes, les couverts, les verres, sales. Les miettes de pain, les bouteilles vides, les plats vides mais sales…et je commençais à ranger tout ça pour préparer le petit déjeuner. Je lavais, je balayais. Un travail de romain. Je ne sais pas trop pourquoi c’était moi qui m’y collait. Dans le rêve c’était clair, il y avait une raison, mais là, pfttt ! je ne m’en souviens plus…Et bien sûr comme dans l’autre rêve, ça n’en finissait plus… Ca durait, ça durait, ça n’avançait pas. Là aussi, j’étais sans cesse interrompue par quelque chose ou quelqu’un. Comme dans ces rêves où on court parce qu’on est poursuivi. On tombe, on se relève, on retombe, on rampe, on sent l’autre derrière, le méchant, qui vous veut du mal qui vous rattrape, le sol glisse, une montagne se dresse devant vous, il faut l’escalader, une faille s’ouvre, on tombe dans un précipice, on vole, on va s’écraser..Aie ! Au secours !  Puis tout à coup, sans savoir ni pourquoi ni comment, vous retrouvez devant votre voiture. Vous cherchez les clés dans votre poche et vous ne les trouvez pas. Panique, car l’autre est toujours là derrière, à deux doigts de vous attraper ! Vous finissez par les trouver mais au moment de les mettre dans le contact, pof ! elles tombent par terre, sous le siège. Vous vous mettez à quatre pattes pour les chercher, mais le sol s’entrouvre, la voiture penche et les clés glissent… Elles tombent dans le caniveau, et vont être emportées par l’eau. Vous vous précipitez, vous les rattrapez in extrémis ! Ouf ! Vous êtes tout près du but, vous être presque sauvé, vous mettez le contact… Et alors ? Et alors ? … Et alors, la voiture ne démarre pas. Bien entendu !             Et c’est comme ça que ça devient un cauchemar ! Comment voulez-vous que je ne sois pas fatiguée en me réveillant ?Resized_20190914_205910

Quand même ce rêve sur la voiture, ça me rappelle quelque chose. …On en avait parlé la veille avec une amie. Elle m’avait conseillé de téléphoner à mon assurance pour savoir si je n’avais pas droit à une prise en charge quelconque, surtout pour le remorquage. Bon plan ! Je me suis dit. Donc, j’ai téléphoné…. Et bien non ! Comme dans le rêve…Encore raté !  Je suis assurée « tous risques », mais voyez-vous c’est un vieux contrat paraît-il. C’est seulement dans les nouveaux contrats qu’il y a une prise en charge au  « kilomètre zéro. Moi, ça ne marche pas ! C’est ballot hein ? J’hésite à retourner me coucher…

Bref, je ne sais pas si c’est ce que j’avais mangé hier soir qui me pesait sur l’estomac, ou si certaines choses me tracassent, ou si c’est le confinement qui commence à me monter sérieusement à la tête mais le résultat est là ! Et bien, à l’avenir, j’aimerais bien dormir  tranquille . Ou bien ne pas rêver. Ou rêver des choses agréables…en tous cas ne pas cauchemarder !

Ceci dit, j’ai été bien déçue, en me réveillant de m’apercevoir ce n’était qu’un rêve et que mon garage n’était toujours pas rangé ! Zut ! Ca me rappelle quand j’étais plus jeune et que je me rongeais les ongles. Il faut vous dire que je me suis rongé les ongles jusqu’à l’âge de trente ans…Certaines nuits, je rêvais que j’avais des ongles très longs, taillés en biseau, laqués avec du vernis, magnifiques …et j’étais désolée et bien triste en me réveillant de voir que ce n’était pas le cas.

Hélas, comme pour mon garage, ce n’était pas un rêve prémonitoire, loin de là ! Dommage. C’était plutôt, comme le disait papa Freud, « une réalisation voilée de désirs refoulés ».  Catégorie de rêve qui, d’après lui,  « est toujours accompagné d’une sensation d’angoisse qui le force à s’interrompre ». Tout s’explique ! Ce n’est pas que je délire. Non. c’est comme ça qu’on on arrive à sauter d’un rêve dans un autre….Quel malheur !

Bon, je me répète peut-être mais : Vivement qu’on sorte ! Sinon, je ne réponds plus de rien !

Jeudi 23 avril : 37ème jour de confinement  / J – 18 avant libération

Cette nuit j’ai très bien dormi. Ouf !. Bon, j’ai quand même un peu rêvé que je me coupais les cheveux, mais ça n’a pas duré très longtemps, ce fut, fort heureusement, bref et fugitif, comme une virgule, et je me suis réveillée en pleine forme… à 9h. !

Normal, je me suis endormie après la lecture d’un chapitre du très beau livre de mon ami Julien Gué, qui, il y a quelques années, a déserté notre Languedoc pour devenir Polynésien. On lui pardonne son livre est magnifique: « DE LA MER AUX HOMMES. Manifeste pour Tahiti et ses îles ». (éditions L’Harmattant). Je le cite un passage : « …une évidence constante : le sentiment d’être entré dans une carte postale…Des lagons aux couleurs inoubliables bordés de plages blanches et protégées du soleil par les incontournables cocotiers, des fonds marins d’une incroyable richesse animale et végétale, des espèces d’oiseaux dont beaucoup sont endémiques…Et surtout, un peuple merveilleux dont seule la gentillesse égale la simplicité…. » . Avec photos à l’appui… Comment ne pas bien dormir en gardant ces images en tête ? Aujourd’hui, je vais lire l’histoire de l’atoll où vécu Marlon Brando…Tout un programme.20200423_180200_resized

Une amie me demande, après avoir lu mon post d’hier sur mes cauchemars, pourquoi, je ne vais pas plutôt marcher ? Cela me ferait du bien pense-t-elle. Certes. Mais en ce moment il pleut, ce n’est pas très engageant. Et puis, surtout, où trouverais-je le temps ? Je suis tellement prise par l’écriture de ce journal. C’est devenu une espèce de drogue. Vous savez comme dans la comptine enfantine du carillonneur : « …dès le point du jour à sa cloche il s’accroche, et le soir encore, il retourne à sa cloche… » . Et pour tout dire, ces jours de crachin ne me donnent pas envie de sortir. Fille du sud, je crains la pluie. Un rien m’enrhume. Par contre c’est la fête aux escargots. Eux ils se régalent ! C’est l’invasion, comme dans le film « La Nuit des morts vivants ». On en trouve partout. Ils sont collés à chaque brin d’herbe, à chaque coin de massif, de buisson, d’arbuste. Ils se cachent sous les longues feuilles des iris, escaladent le tronc et les branches du mûrier, du sureau, du seringa. Il y en a même dans des pots de fleur posés sur une table. Comment font-ils pour grimper jusque-là ?  Habituellement, je leur fais la chasse mollement. Mais là, il me faut protéger mes lys qui sont à deux doigts de fleurir. Une année ils avaient mangé toutes les fleurs. Depuis, je me méfie ! Mais comment faire pour s’en débarrasser ? Ce n’est pas simple. Une amie me dit qu’elle les jette par-dessus le mur du voisin ! Je trouve ça pas très sympa pour le voisin, et même limite immoral. Comme je ne veux pas mettre du produit qui les tue à petit feu et pollue la terre, il ne me reste plus que l’option de les écraser. Comme faisait maman. Oui. Je les écrase ! C’est dégoutant et répugnant mais efficace, et radical. Hé ! Il faut assumer ses choix. D’ailleurs, je leur explique, comme faisaient les indiens, que c’est de bonne guerre, que je ne fais que me défendre, que c’est parce qu’ils attaquent mes lys. Mais parfois, je leur assène comme dans le Parrain : « Nothing personal, just business ! ». Par contre c’est un travail de Sisyphe. J’ai passé la matinée, courbée en deux ou accroupie à fouiller dans les massifs de fleurs. ! Comme on dit : « Quand y en a plus, y en a encore ! » C’est comme les cacahuètes, quand on a commencé, on ne peut plus s’arrêter !20200423_114848_resized

Au début de mon installation dans cette maison, après la mort de papa et maman, les escargots dans le jardin c’était un peu comme les lapins dans le moulin de Daudet : «… ils avaient fini par croire que la race des Courtin était éteinte….et trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opération stratégique… ».  Après dix ans passés sans la vigilance de maman, et son acharnement à protéger son jardin, c’était l’invasion. Il y en avait tant et tant j’avais envisagé de les manger. « Ecologique et économique ! » m’étais-je dit. Bon plan ! Papa était passé maître dans l’art de les assaisonner. Ce n’était pas les recettes qui manquaient : A la provençale, à l’Aïoli, à la Bourguignonne… Mais au bout de quelques semaines, je n’en pouvais plus de manger des escargots. Et curieusement, après un premier repas, mes amis déclinaient obstinément toutes mes invitations à dîner…J’avoue aussi que faire jeuner les escargots était pour moi une torture. De voir toutes leurs petites têtes qui dépassaient du grillage, essayant de se faufiler au travers, dans une tentative désespérée pour s’échapper ! Alors qu’immanquablement ils restaient coincés par leur coquille. Quelle horreur ! Je ne le supportais pas. Ce fut la fin de ma période : «  Je vis en autonomie, en circuit fermé sur mon terroir ! ». Depuis c’est la guerre…Je sais, vous allez me dire qu’il suffirait que je prenne quelques poules… Mais alors…mes lys ? Hein ? Ca mange tout les poules ! Ah lala! Rien n’est  simple ! Life es jungle et  « No body is perfect ! » 20200423_181516_resized

Tadada ! Grande nouvelle ! Le soleil étant revenu en fin de matinée, je n’ai plus résisté. Je suis enfin sortie de ma tanière, de ma caverne, de mon hibernation. Après 36 jours ! C’est un évènement non ? Peut-être pas autant que la sortie de Phil, la marmotte de Punxsutawney en Pennsylvanie, qui peut annoncer une arrivée rapide du printemps, ou, au contraire si elle reste enfermée, la reprise de l’hiver pendant six mois supplémentaires, mais quand même… (Si vous ne connaissez pas Phil la marmotte, je vous conseille le délicieux film d’Harold Ramis « Un jour sans fin » avec Bill Murray et Andy MacDowell).  Oh ! je ne suis pas allée bien loin. Une heure ça passe vite. Je n’ai pas vu mon ombre comme Phil, mais j’ai rencontré des coquelicots, des aphyllantes, des genêts d’Espagne, des pissenlits, et des moutons. J’ai pris des photos au cas où vous ne me croiriez pas. J’ai croisé deux enfants et leur maman, une joggeuse solitaire qui hurlait dans son téléphone à quelqu’un au loin, deux cyclistes, un ado qui réparait son vélo en écoutant du rap…pas de ratons laveurs ! C’était bien. Mais quand même, ça faisait drôle de marcher toute seule. Je n’avais plus l’habitude. Je crois que j’ai ressenti encore plus la solitude, là, en marchant à l’extérieur, dans la campagne, que chez moi, enfermée. Même les bavards impénitents qui jacassent d’un bout à l’autre d’une randonnée, vous empêchant de goûter le silence et le chant des oiseaux m’ont manqué! Curieux…  On verra cette nuit, si ça contribue à me faire bien dormir. En tous cas, je pense que je recommencerai demain. Le plus dur est fait . Il parait qu’il n’y a que le premier pas qui coûte… J’ai fait le premier pas . Youpi !

Vendredi 24 avril : 38ème jour de confinement / J – 17 avant libération

Vendredi. Hé oui. Déjà !  Je n’ai pas vu passer la semaine… Ce n’était pas ce que chantait France Gall dans Si maman si : «  Le temps défile comme un train ». C’est exactement ça. Si on ne fait pas gaffe, on va se retrouver à Noël sans avoir vu passer l’été…

En attendant, je continue mon étude des rêves. Si j’ai bien tout compris, cette nuit, j’ai fait un rêve de « la première catégorie, la plus simple, celle qui représente sans déguisement un désir non refoulé ». Je cite toujours tonton Sigmund. C’est, paraît-il « un rêve du type infantile, qui devient de plus en plus rare au fur et à mesure que l’enfant avance en âge ». Normalement ! Mouais… Et chez les vieux ? Bon, bon bon ! Ne commençons pas à polémiquer…

Bref dans mon rêve il y avait quelqu’un (un directeur de théâtre ? un agent ? un ami artiste, quelqu’un de la Direction de la culture? etc…) qui me proposait de monter un spectacle sur Jacque Prévert ! Pourquoi Jacques Prévert ? J’aime bien Jacques Prévert mais là, je ne vois pas pourquoi envisager de monter un spectacle sur lui en ce moment. Alors que la mode, la tendance cette année est plutôt à Boris Vian. Anniversaire oblige ! C’est sans doute mon côté « réboussié », aller toujours à contre-courant des modes, ou inadapté… Mais les rêves, c’est toujours mystérieux et embrouillé, et surtout dissimulé…Ce que je comprends, et ça me parait très clair, c’est que ça veut me dire, et si je ne le ressentais pas déjà ça voudrait me le faire comprendre, que la scène, le spectacle me manque. Elémentaire mon cher Watson !IMG_8485 - Version 4

Total, ce matin en me réveillant, je fus bien déçue. Bouououououh ! Ce n’était qu’un rêve. Et en plus un rêve infantile…Double peine ! De toutes façons pas d’angoisse. C’est pas demain la veille qu’on pourra recommencer à faire des spectacles. A part chez les copains. Plus de sous nulle part, alors la culture…C’était déjà la dernière roue de la charrette en temps normal, c’est pas maintenant que ça va s’améliorer…Ils vont avoir d’autres chats à fouetter. Sûr ! Tous les sous vont passer ailleurs. On le comprend d’ailleurs. Et quand ça reprendra enfin, ce seront les gros les premiers servis. Toujours pareil. Non, j’suis pas aigrie. Juste lucide.

Cet aprèm, je suis retournée marcher un peu. Ma petite heure autorisée, réglementaire. J’ai retrouvé mes copains les moutons et j’ai rencontré un gros cheval qui m’a joué le bel indifférent… Le chemin des Côtes est un vrai boulevard. Je n’ose pas imaginer ce que doit être la voie verte. On passe au large les uns des autres. On se dit quand même bonjour de loin. Ce n’est pas aussi triste que dans les magasins, parce qu’il y a le soleil, mais pas loin. Bien sûr on fait de l’exercice, on fait bouger nos gambettes, on aère nos poumons et c’est très bien, mais quelque part c’est un peu démoralisant. Peut-être il faudrait que j’aille plus loin ou plus haut, que je m’enfonce vraiment dans la campagne, dans la garrigue. Mais en partant de chez moi, je suis obligée de passer par le village, et en une heure je ne peux pas aller bien loin. Sauf si, comme me le conseillait une amie, sauf si je me perdais un peu. Je pense que demain, je vais essayer de me perdre. Enfin pas demain, car le week-end commence, il va y avoir foule dans les petits chemin. Ce sera encore plus le boulevard. Je vais attendre lundi pour me perdre… . Mais non, suis-je bête, il n’y a pas de week-end qui tienne. J’avais oublié, demain c’est pareil qu’aujourd’hui. C’est encore le confinement !

Puisque c’est comme ça, après avoir joué mon morceau d’accordéon à 20h sur mon balcon, j’irai prendre l’apéro dans mon salon, pour fêter l’entrée dans le week-end. Allez. Peut-être même dans le jardin…en mettant un blouson. Soyons fous !Resized_20200228_075826

Heu…Toujours pas grand monde dans mon quartier pour applaudir les soignants. J’entends au loin quelques applaudissements ou de la musique enregistrée. Mais je ne vois personne. Je suis toute seule sur mon balcon, avec mon petit accordéon. Hier, mes voisins d’en face, m’ont applaudie. Mais personne ne se montre. Si je ne recevais pas des vidéos de copains qui jouent aussi chez eux, avec tous les voisins aux fenêtres, je croirais que je suis folle. Je me sens un peu ridicule. Un jogger est passé sous mon balcon pendant que je jouais, il n’a même pas levé la tête. Avant qu’on change d’heure je comprenais que personne ne se mette à la fenêtre, mais là, il fait grand jour, il fait bon ! Ce n’est pas encore l’heure de se coucher ! Je ne comprends pas cette frilosité. Ou alors ça s’essouffle parce que tout le monde est fatigué, à bout.

C’est sûr, l’annonce du prochain déconfinement, a complètement cassé l’élan de ces manifestations de solidarité. Cassé cet esprit de solidarité et le moral de tous. Tout le monde ne pense plus qu’à soi. On est repassé du Nous collectif (tous ensemble contre le virus) au Je. Est-ce que JE vais pouvoir sortir ? Est-ce que JE vais pouvoir (ou devoir) aller travailler ? Est-ce que MES enfants vont aller en classe ? On n’est plus dans le présent, on est dans le futur, un futur incertain et angoissé, et chacun pour sa pomme !  Et c’était l’effet escompté.

Car, si j’ai bien compris, le plan du déconfinement (pas vraiment avoué), en plus de redresser l’économie en remettant les parents au travail, c’est de mettre tout le monde en contact avec le virus pour que tout le monde l’attrape et soit immunisé. Non ? Quitte à en faire crever quelques-uns (surtout des vieux !). Non ? Les enfants étant utilisés comme des vecteurs de contamination. Mais alors, à ce moment-là, pourquoi des masques, pourquoi du gel hydroalcoolique, pourquoi des gants, pourquoi garder encore certaines personnes en confinement, puisque déjà ils sont sacrifiés dans l’esprit ! Il y a là deux messages contradictoires (en psycho on appelle ça « injonctions paradoxales) me semble-t-il. S’il faut attraper le virus pour en être immunisé, alors toutes le mesures coercitives de protection sont inutiles, incohérentes et ridicules. Je dirais même ubuesques ! Et ça expliquerait pourquoi on peut aller faire des courses en masse au super marché, mais pas se promener seul en garrigue…Alors que c’est si bon pour la santé. Mais alors qu’ils le disent franchement ! Au lieu de biaiser, de mentir, d’affirmer des choses et puis de se contredire, de dire tout et son contraire…

Quoiqu’il en soit, je continuerai à jouer de l’accordéon sur mon balcon chaque soir à 20h, en soutien à tous ceux qui travaillent pour nous. Et je continuerai ce journal…Ne serait-ce que pour garder une trace. Nous avons la mémoire tellement courte…

Samedi 25 avril : 39ème jour de confinement / J- 16 avant libération

C’est en 1960 sur le tournage du film « les Révoltés du Bounty » que Marlon Brando rencontre sa troisième épouse, Tarita Teriipaia, une jeune polynésienne, son amoureuse dans le film. Elle a 19 ans et lui 36. Il auront ensemble deux enfants.

Le film de Lewis Mileston, raconte l’histoire authentique du HMS Bounty : En 1787, affrété par la couronne britannique, le navire met le cap sur Tahiti pour récolter des plans d’arbre à pain et les transporter en Jamaïque. A son bord, le capitaine William Bligh (Trevor,Howard) règne d’une main de fer sur le bateau, faisant preuve de cruauté envers son équipage et la plupart des officiers… Le lieutenant Fletcher Christian (Marlon Brando) va s’opposer à lui et organiser une mutinerie qui restera gravée dans l’histoire. C’est en poursuivants les « déserteurs » que le capitaine Bligh découvre un atoll paradisiaque, Tetiaroa. La douceur de l’escale laisse place alors à la folie des hommes.

Ce film permit à Marlon Brando de découvrir la Polynésie française et Tahiti. D’ailleurs, à la suite du tournage, Marlon Brando achètera l’île de Tetiaroa, pour y fonder son foyer.

Mon ami Julien Gué, polynésien par choix, nous confie dans son livre DE LA MER AUX HOMMES (éditions L’Harmattan): « Tetiaroa est le seul atoll des Îles-Du-vent. Par beau temps on en devine les contours depuis les hauteurs de Tahiti, située à un cinquantaine de kilomètres plus au sud…Il s’agit d’un atoll fermé, c’est-à-dire qu’il n’y a aucune passe pour pénétrer dans son lagon de 7 km de diamètre, d’une profondeur maximale de 30 mètres et cerné de treize motu (Îlet de sable corallien). Cet atoll, d’une rare beauté et 20200425_214617_resizedremarquablement conservé jusqu’à très récemment, est sans doute condamné. »

En effet, à la mort de l’acteur, la succession n’est pas simple. Les nombreux héritiers se déchirent et les autorités polynésiennes essaient de récupérer l’atoll. De nombreux projets immobiliers de luxe fleurissent…Après une longue période de conflits et de tractations, et malgré les nombreux mouvements de protestations des défenseurs de l’environnement qui voulaient en faire une réserve naturelle, la solution qui est finalement retenue est celle de la construction d’un « hôtel de très grand luxe destiné à un clientèle de milliardaires privilégiés triés sur le volet. » Et Julien de conclure : «  Une fois encore, les autorités locales auront privilégié des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt collectif. Car lorsqu’on connait la situation du tourisme en Polynésie depuis le début des années 2000, on est en droit de se demander ce que cet hôtel pourra bien rapporter aux Polynésiens ? » Comme quoi, même sous des cieux lointains et avec des cocotiers et des palmiers, c’est toujours les mêmes histoires sordides et répugnantes de gros sous !

Voici donc, vite résumée et largement raccourcie, l’histoire que nous conte, entre autres dans son livre, Julien Gué dans un chapitre intitulé : « Tetiaroa, l’atoll de Marlon Brando. Encore une île assassinée. L’histoire hors normes de l’atoll de rêve d’une star hors norme… ».

Il me semble intéressant d’ajouter, pour compléter le tableau, que ce film, qui est un vrai chef d’œuvre, fut une catastrophe financière… Je cite un critique de ce film parue dans AlloCiné en juillet 2014 :20200425_214808_resized

« Une grande épopée maritime, qui est le remake d’un film de 1935 avec Clark Gable, et qui aura lui-même un successeur en 1984 avec Mel Gibson. Réputé pour son tournage mouvementé et les frasques de sa star, Marlon Brando,  « Les révoltés du Bounty »(1962) reste passionnant du début à la fin. Le soin apporté à la reconstitution du navire, les tenues XVIIème de l’équipage et quelques passages soufflants (la traversée du Cap Horn) participent pour beaucoup à ce plaisir ressenti. Le récit est imparable, avec l’opposition entre un commandant sadique et patriotique, face à son second, dédaigneux et qui attend son heure. L’opposition de rang social, des idées et de la manière de commander, ne peut amener qu’à une mutinerie qui sera à la hauteur de la montée en pression. L’arrêt du bateau sur l’île de Tahiti offre une respiration bienvenue, avant que ne reprennent les sévices sur ce huis clos marin. Marlon Brando est toujours aussi bluffant, surtout pour traduire toute l’ambiguïté d’un personnage qui préfère persifler à l’implication. Trevor Howard est glaçant en commandant disgracieux, qui use de son autorité abusivement, pour obtenir un respect qu’il n’aura jamais. Immense, grandiose, phénoménal, brillant, intelligent, superbe, le film de Lewis Milestone impressionne dans tous les paramètres. Superbe Technicolor pour cette fresque à voir et à revoir. »

Voilà ! J’espère vous avoir fait oublier quelques instants le confinement. Ce soir j’ai joué la musique  « Mon Oncle » sur mon balcon. Et, miracle, mes petits voisins d’en face se sont mis à leur fenêtre pour écouter ! Comme qui, il ne faut jamais désespérer. Sur ce, bonne nuit à tous, faites de beaux rêves.

Dimanche 26 avril : 40ème jour de confinement / J – 15 avant libération

« Encore un matin, Un matin pour rien, Une argile au creux de mes mains, Encore un matin, Sans raison ni fin,  Si rien ne trace son chemin… » J.J. Goldman

Et voilà nous avons atteint la quarantaine. Ce qui semblait impossible a été accompli. Plus que 15 jours à tirer. Une paille ! Heu 15 jours … ou plus …si affinités ?   Trêve de plaisanterie. Elle est de mauvais goût en plus.

Aujourd’hui c’est dimanche. Cool ! RAS. L’herbe pousse tellement vite dans le jardin que  c’est en train de devenir une vraie pampa. Les rosiers effeuillent leurs dernières roses, le seringa embaume, les figues du figuier sont devenues énormes, les pêches du pêcher grossissent… Fleurissent encore les iris marrons et bleus, les pervenches mauves, les trèfles roses ou blancs …J’attends l’éclosion de mes lys. Je les guette jour après jour, avec la même impatience et la même excitation enfantine que Sido, la mère de Colette, espérant la floraison prochaine de son  cactus rose, comme l’écrivain  nous l’a décrit : «… cette lettre m’enseigne, qu’à soixante-seize ans elle projetait et entreprenait des voyages, mais que l’éclosion possible, l’attente d’une fleur tropicale suspendait tout et faisait silence même dans son cœur destiné à l‘amour… »  LA NAISSANCE DU JOUR.20200409_114636_resized

Le matin, les oiseaux chantent, pépient, babillent, jacassent et même se chamaillent puis, dès midi venu, se taisent et disparaissent on ne sait où. Les hirondelles décrivent de grand cercles rapides tout en haut dans le ciel, piaillent et crient en chassant les moucherons, puis tout à coup s’arrêtent, se posent sur un fil électrique, et gazouillent interminablement. Les chats eux dorment, indifférents à tout, pour l’heure, philosophes. Ils s’étirent, se roulent au soleil et se lavent, se lavent inlassablement. Quelques rares papillons, et fort heureusement pas encore de moustiques. Imaginez un instant le scénario catastrophe d’un confinement avec des moustiques ! Impossible de sortir dans le jardin ou sur la terrasse ! Cauchemardesque ! C’est curieux comme les petites choses ont pris tout à coup de l’importance. C’est leur revanche.

Allez, on vit une époque formidable ! On est les témoins d’un évènement extraordinaire qui fera date dans l’histoire. 2020 plus célèbre que 1515 ?  Pensez, plus tard on pourra dire : « J’y étais. » …enfin…si on y est toujours…

En attendant il faut tenir. Tenir ! Jusqu’à quand ? Personne ne sait. Même ceux qui disent, ceux qui croient, ou prétendent savoir. Personne ne sait. Personne ne peut affirmer, au jour d’aujourd’hui, si ça va durer encore un mois, trois mois, six mois ou même un an ou deux. Non. Personne. C’est une épreuve d’endurance, une course de fond, à part qu’on ne sait pas où est la ligne d’arrivée.20200409_115627_resized

Et là ça commence à être difficile car nous avons atteint, nous les confinés, un point de saturation. Je le sens dans l’air, dans les mots, dans les photos, dans les vidéos. Les patiences sont à bout. Les gens sont épuisés moralement, physiquement. Epuisés de cette attente sans fin indubitable. Epuisés de ne rien faire, de n’avoir rien à faire… Personnellement, je suis heureuse d’avoir entrepris ce journal. Il me tient en selle, il me maintient debout, il me garde le moral en l’air, certes pas au beau fixe, mais au-dessus de la ligne de flottaison. Il me permet d’exprimer toutes ces choses intériorisées, mes peurs, mes colères, mes baisses de moral, mes inquiétudes, ma lassitude, mon ennui, mon exaspération. Il me sert de soupape de sécurité, comme certains peuvent taper dans un ballon pour faire sortir leur colère…C’est une sorte de défouloir, d’exutoire, même si je ne dis pas tout, si je n’exprime pas tout ce que je ressens, s’il y a des choses que je garde pour moi…des ressentis, des sensations si confuses et embrouillées qu’il m’est impossible de les traduire en mots.

Je me demande si la leçon que nous avons à apprendre de cette pandémie, au-delà de toutes  les considérations écologiques, politiques, économiques, sociologiques etc…n’est pas tout simplement d’arriver à savourer le moment présent, sans s’égarer, se disperser à prévoir, à anticiper, à préparer le futur. « Ne remets pas à demain ce que tu peux faire le jour même » Non pas dans le sens où la morale l’entend habituellement c’est-à-dire pour contrecarrer la tendance à la paresse, non pas dans un but utilitaire, mais bien dans le sens de goûter le moment, de s’occuper de soi, d’apprécier à sa juste valeur soi et ce qu’on fait maintenant même si ça n’est pas productif. Non pas pour que ce soit utile pour demain, mais bien pour que ce soit utile maintenant. Et ainsi réapprendre à être présent, présent à soi, présent à la nature, présent à la vie, à chaque seconde, ici et maintenant. Apprécier le constat tout simple, merveilleux et magique : « Je suis vivant ! » On y est tellement habitué qu’on n’y fait même plus attention, qu’on prend ça comme un dû. Si merveilleux et si magique pourtant, même si on a tendance à l’oublier : « Je suis vivant ! »  Je respire, je suis vivant. Je vois, je suis vivant. J’entends, je sens, je touche, je goûte, je suis vivant.  Constatation faisant office de démonstration de façon aussi  imparable que le « Je pense donc je suis » de Descartes…

Bien sûr, la leçon nous est peut-être inculquée de façon un peu brutale, comme à grands coups de marteau : « Enfonce-toi bien ça dans le crâne ! Tu l’as bien comprise, cette fois-ci la leçon ? » Mais c’est peut-être parce que nous n’avons pas été assez attentifs auparavant aux signes avant-coureurs. Aux grands maux les grand remèdes !

Ce soir à 20h j’ai eu une très belle surprise. En sortant sur mon balcon avec mon accordéon, pour jouer un petit morceau comme tous les soirs, j’ai vu que la fenêtre de la maison d’en face était ouverte et que les enfants de mes petits voisins avaient l’air d’attendre. Le garçon doit avoir 7 ou 8 ans, la fille 4 ou 5 ans. (Je ne sais plus reconnaître l’âge des enfants. Tout ça est trop loin pour moi). Mais ils attendaient vraiment que je joue car lorsque je suis sortie sur le balcon j’ai entendu la fillette appeler son frère en lui: « Viens vite, c’est bon !» Ils ont écouté et applaudi à la fin…

Elle n’est pas belle la vie ?

Lundi 27 avril : 41ème jour de confinement / J – 14 avant libération

 

Je me réveille, il est 9h30 ! De pire en pire ! Faut dire hier soir, j’ai regardé le film « Lost in translation »  de Sofia Coppola : Bob Harris, acteur sur le déclin, est envoyé à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Il y rencontre Charlotte, une jeune américaine, qui accompagne son mari, un photographe de mode qui la laisse seule à l’hôtel car il part en reportage. Tous deux sont ailleurs, détachés de tout, incapables de s’intégrer à la réalité qui les entoure, incapables également de dormir à cause du décalage horaire.

Bill Murray et Scarlett Johansson errent inlassablement en silence dans les couloirs feutrés et déserts d’un hôtel de luxe, ultra moderne, trainant leur insomnie, leur désoeuvrement, leur ennui sans pouvoir trouver le sommeil, alors qu’au dehors un Tokyo à cent à l’heure s’agite en tous sens, au milieu de néons frénétiques qui clignotent en publicités criardes, éblouissantes pour les yeux. Dans cette fourmilière trépidante, les gens courent sans arrêt, parlent et parlent et parlent, boivent et boivent et boivent, et hurlent pour essayer de s’entendre par-dessus les musiques tonitruantes, se contorsionnant parfois grotesquement sur des karaokés assourdissants du plus mauvais goût. Ici, ce n’est pas de choc thermique dont il est question mais bien de choc des cultures…

Ca a dû me fatiguer…Pourtant j’ai adoré le film. Mais à 2h du mat’ j’étais encore en train de lire dans mon lit, incapable, moi aussi de trouver le sommeil. Par mimétisme ? Du coup ce matin, au saut du lit, je me suis mise à faire la vaisselle du week-end. Sans doute pour me punir. Après la vaisselle, mon chat m’a réclamé un câlin…Total il est 11h.Le chemin des capitelles orig.2010

Une amie, ancienne hôtesse de l’air, me dit que ce film est la description exacte de son quotidien entre deux vols d’avion, avec le décalage horaire. Et cela me rappelle aussi, ce que j’ai vécu, en tant qu’artiste, lors de tournées ou lorsqu’on joue plusieurs jours d’affilés dans un lieu éloigné de chez la maison. A part que, dans mon cas, ce n’était jamais des hôtels de luxe. En fait, en tournée, on ne connait d’une ville que l’hôtel et la salle de spectacle. Quelques fois un bistro pas loin de la salle. Rien de plus. On traîne toute la journée en attendant qu’il soit l’heure de jouer. Et lorsqu’on rentre à l’hôtel après le spectacle, après avoir mangé et rangé le matériel, il n’y a plus rien à la télé, sauf des émissions sur la pêche à la mouche…Bien entendu, après l’excitation, la montée d’adrénaline due au spectacle, on n’a pas la moindre envie de dormir. Alors c’est l’insomnie assurée. Les gens nous disent : « Vous faites un métier merveilleux, vous voyagez, vous voyez du pays… »  Tu parles, on bouffe des kilomètres, oui, mais on n’a jamais le temps de rien visiter. Tout ce qu’on voit des belles églises romanes, des musées, ou des curiosités locales, c’est les panneaux sur l’autoroute.

Mes lys ne sont toujours pas en fleurs. Ils se font désirer comme une précieuse du XVIIIème siècle. : « D’Amour, belle marquise, vos beaux yeux me font mourir… »

J’ai eu le grand plaisir, en fin d’après-midi, de découvrir un post du groupe Vaunage Vaunagenet, présentant le livre de souvenirs que ma maman avait écrit sur la fin de ses jours. « Bon sang ne peut mentir. Et les chiens ne font pas des chats ! » parait-il. Je pense que cet amour des mots ne m’est pas venu par hasard. De même que la musique puisque mes deux grands-pères jouaient de la clarinette et faisaient danser les villageois lors des fêtes de quartier ou autres. Donc, puisque Vaunage Vaunagenet m’en donne l’opportunité avec son post sur le livre de maman, j’en profite pour vous partager le texte que j’avais écrit en préface à ce livre et qui, malheureusement, pour des raisons techniques malencontreuses, n’a pas pu y figurer :

« Un des grands regrets de sa vie fut de n’avoir pu faire d’études secondaires. Mais elle était la cadette dans une famille de vignerons au sortir de la Grande Guerre, et seule sa sœur aînée, Amy, eut la possibilité d’aller étudier à Nîmes, à la pension Coste . C’est pourquoi, pour nous ses enfants, mon frère Jean-Philippe et même moi, la fille, la petite, la question ne s’est pas posée : tous les deux, nous avons fait des études secondaires et supérieures… et du piano !

Car elle adorait le piano. Toute  mon enfance je l’ai vue pianoter d’un doigt, déchiffrer laborieusement, note après note, les chansonnettes à la mode, les airs d’opéras, d’opérettes… Si aujourd’hui, je  suis musicienne, compositeur et auteur, je le lui dois. Car elle écrivait bien ! (D’ailleurs, elle supervisait, et d’un œil sans pitié, les discours de papa !). Quand j’ai écrit ma maîtrise sur la « Dialectologie de La Vaunage », elle est venue avec moi faire les enquêtes. Elle m’a servi de copiste, de secrétaire, de script, de  public relation … Bref, elle a fait tout le sale boulot, et avec quel enthousiasme, quelle passion, quel intérêt. Son humour ravissait Monsieur MICHEL, mon directeur de maîtrise, qui, soit dit en passant, appréciait aussi beaucoup son civet de lapin ! 94977131_10220363508832185_5170352459230478336_nElle était drôle, fine, curieuse de tout, ouverte à tout. Sur la fin de sa vie, une fois les enfants grandis, élevés, adultes, partis au loin et trop  occupés d’eux-mêmes, elle s’est replongée dans son enfance, sa jeunesse…et son Gallargues ! Ce Gallargues auquel elle était attachée au point de ne pas manquer une « Saint Martin », au point de continuer à aller y voter, même après son mariage à Calvisson. Elle a mis tous ses souvenirs par écrit: méticuleusement comme tout ce qu’elle faisait, scrupuleusement avec souci d’exactitude, mettant un point d’honneur à  rapporter fidèlement sans enjoliver, sans « raconter ».  Grâce à quelques Gallarguois amoureux comme elle de leur village, ces lignes qu’elle avait patiemment tracées, d’une belle écriture appliquée dans un cahier d’écolier, ont pu être imprimées. Merci à eux, merci à toi, maman et…chapeau bas ! »

Calvisson le 5 Janvier 2006

Mardi 28 avril : 42ème jour de confinement / J – 13 avant libération

3 h. du matin, je suis réveillée en sursaut par un coup de tonnerre ! Puis la pluie a commencé  à tomber. Une pluie battante ! Je me lève en catastrophe pour aller débrancher mon ordi, les appareils électriques et ouvrir aux chats. Bien entendu, en voulant faire trop vite, je me cogne le pied dans une chaise. Aie ! Je fais quelques pas à cloche pied en maudissant la pluie, le tonnerre et les chats. Je descends l’escalier quatre à quatre. J’ouvre la porte du garage, les chats, s’engouffrent dans la maison aussi vite qu’une attaque de cavalerie, comme dans « La Chevauchée Sauvage » ou « La Charge Héroïque ». Je transporte la planche de de protection à mettre devant ma porte d’entrée, pour éviter que l’eau rentre dans la maison avec le passage des voitures dans la rue. En ouvrant, je vois que ça ruisselle dru. Le temps de la manœuvre, j’ai les cheveux et les pieds trempés tellement ça pleut fort.. Mais c’était indispensable car c’est une vieille porte et lorsqu’elle est mouillée, elle gonfle et je ne peux plus l’ouvrir pendant des jours et des jours. C’est embêtant pour une porte… Si elle ne sert pas à ouvrir et à fermer, je ne vois pas bien à quoi ça peut servir.

Bien, ça c’est fait ! Ouf !Opération réussie. Mais voilà, maintenant je suis complètement réveillée ! C’est malin. Il pleut à verse, ça tambourine sur le toit, et il tonne, il tonne…Ca a l’air  parti pour un bon bout de temps. Et je ne suis pas rassurée. Je me recouche quand même en essayant de trouver le sommeil. Pas évident avec le tonnerre et l’angoisse de l’inondation. Car voyez-vous comme j’habite dans le bas du village, quand il pleut très fort ma maison peut être inondée. C’est arrivé quelques fois, (surtout depuis que les voisins juste en dessus de moi ont installé une piscine), et depuis je suis toujours un peu inquiète quand il fait des orages…. Alors, du fond de mon lit, blottie sous la couette, j’écoute, je reste aux aguets. J’ai beau essayer la respiration du yoga pour me décontracter, ça ne marche pas vraiment. Je reste crispée, tendue. Par moment le tonnerre a l’air de s’éloigner, je me relâche un peu, je me dis que ça va être bientôt fini… Que nenni, ça repart de plus belle ! Et les angoisses reviennent au galop : « Est-ce que mon garage n’est pas en train de s’inonder ?  Est-ce que mon toit va tenir ? Est-ce qu’il ne va pas y avoir de nouvelles gouttières ? »CIMG0450

C’est curieux, la nuit tout paraît toujours plus noir que le jour. Vous avez remarqué ?  « Normal » me répondront les petits malins, « C’est la nuit ! ». Mais non, pas la lumière, patate ! Le moral ! Les idées…noires ! Pendant une insomnie, toutes les choses désagréables vous reviennent en mémoire. On pense à tout ce qu’on devrait faire et qu’on a pas encore fait. Tout ce qu’on a fait, mais mal fait. Tout ce qu’on ne fera jamais. Tout ce qu’on n’aurait pas dû faire. Tout ce qu’on aurait pas dû dire….Et, bien entendu, remontent à la surface tous les problèmes, tous les soucis, tous les moments douloureux, les expériences désagréables, les désaccords, les disputes, les échecs, les regrets…On ne fait que broyer du noir. Et surtout, tout semble insurmontable, au-dessus de nos forces, impossible. Comme dit le proverbe indien : « La nuit, le rocher devient bison… ». Alors comme contre poison, on peut se lever et aller faire un tour à la cuisine, manger un petit truc, sucré par exemple, ou boire quelque chose. Le lait chaud sucré, c’est pas mal. Mais depuis que je boycotte les laitages, c’est râpé ! Sinon ça marchait bien, je me souviens. Le mieux encore, c’est de prendre un bouquin, pas trop difficile à lire, plutôt optimiste, de préférence un livre qu’on a déjà lu  pour ne pas être tenue en haleine par trop de suspens. Moyennant quoi, on pourra peut-être se rendormir…dans une heure… ou deux !…  Et après on va dormir trop longtemps…et on va se réveiller trop tard, la tête dans du coton, complètement « ensuquée » comme on dit chez nous dans le midi, ou « la tête dans le sac » comme on dit partout.

Quelque fois aussi, au contraire, – c’est très rare mais ça arrive – on croit avoir trouvé une solution à un problème, mais le matin au réveil on s’aperçoit que ça n’est pas bon, que ça ne marche pas. En général quand ce phénomène se produit c’est parce qu’on s’était déjà rendormi et qu’on rêvait… 20200428_110651_resized

Mais quel bonheur ce matin ! Un petit soleil frileux s’est levé. Des gouttes d’eaux brillent sur toutes les plantes, sur toutes les fleurs, sur les larges feuilles du figuier. (Je ne vous parle pas des escargots qui s’en donnent à cœur joie !). L’air est pur. Cette pluie a fait un bien immense au jardin. Et c’est beau…Que c’est bon cette odeur de terre mouillée ! Ce printemps continue à être magnifique, incroyablement prodigue et généreux, doux et élégant. Je crois que jamais la nature n’a été aussi belle. Ou alors c’est parce qu’on n’y prêtait pas assez attention, en temps « normal ». Ah ! On s’en souviendra du printemps 2020 !

Mercredi 29 avril : 43ème jour de confinement / J – 12 avant libération

Quelque chose a changé ! Je l’évoquais déjà dans un post précédent, mais quelque chose a changé depuis l’annonce du déconfinement prévu au 11 mai. Et peu à peu ça gagne. Excitation ? Enervement ? C’est dans l’air…Je le vois au passage dans ma rue. C’est mon baromètre. Ma rue, en temps normal, est une rue très passante, avec un défilé incessant de voitures, d’où  pléthore d’émanations de carburant, de bruits de moteurs et d’autoradios. Avec le confinement, elle était devenue quasi déserte et silencieuse. Les chats, eux-mêmes, n’en revenaient pas ! On respirait à nouveau, dans tous les sens du terme.

Depuis la première annonce de déconfinement, la circulation a repris, petit à petit. Et ce matin, c’est presque comme avant. A nouveau ça circule, à pied et en voiture. A nouveaux des motos pétaradent, on entend des klaxons. Ils vont où tous ces gens ? Ils vont faire quoi ? Je sais bien qu’il y a des gens qui travaillent. Mais pourquoi seraient-ils soudain plus nombreux à travailler, puisqu’on n‘est pas encore au 11 mai ! J’ai l’impression que les gens sont tellement impatients qu’ils s’y croient déjà, qu’ils anticipent et du coup sortent plus que de raison ?…

Je sens aussi comme de l’électricité dans l’air. Les gens sont à bout, à cran, certes, je les sens bouillir comme des cocottes minute, ils sont à deux doigt d’exploser. On peut le comprendre. Les patiences sont à bout. Être enfermés nous monte nous monte à la tête. Et on sent qu’il y a du laisser-aller. Déjà ressurgissent les vieux débats sur les réseaux sociaux, notamment, les vieux conflits, les vieilles querelles entre voisins…

Bien entendu,  je ne parle pas ici des combats, des luttes sociales légitimes. Non.

Mais fini la trêve de la solidarité généreuse, fini de faire front commun contre l’adversité, fini la période de l’entraide, de la cohésion sociale, fini de se serrer les coudes pour lutter contre le covid19.20200429_180443_resized Les guerres intestines refont surface, l’agressivité revient à la charge, dans les discours, dans les paroles, dans les textes. Le mécontentement est général, mais il est confus. On a l’impression que certains ont envie, besoin « d’en découdre », ils pourfendent à tout va, mais ils ne savent pas exactement quoi, et souvent se trompent de cible. On en veut au covid19, on en a marre de cette situation, alors on s’attaque à tout ce qui passe, on tire sur tout ce qui bouge. Car on est inquiets. Et c’est légitime. On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé, on patauge dans l’incertitude, et ça dure, ça dure…Et le suspens, entretenu volontairement ou non, est difficile à supporter. Mais où sont passés, les grands discours sur « le monde de demain pour nos enfants », l’écologie, la nature, contre la pollution, les pesticide, les multinationales etc…Disparus ? Envolés ? Oubliés ?… Au vu des comportements qui se dévoilent actuellement, j’ai grand peur qu’une fois que nous serons libérés, le monde recommence comme avant…en pire. 20200429_172404_resized

Stop ! Arrêtons ce pessimisme intempestif, non constructif  et démoralisateur. Cet après-midi, lors de ma promenade quotidienne, pour changer un peu, je suis montée vers les Trois Moulins. Et là, je me suis un peu « perdue ». C’est ballot hein ? Mais c’est vrai que c’est un coin que je ne connais pas bien !

J’ai un peu tourné en rond, au hasard, là où mes pas m’entraînaient, comme l’envie me venait… Et ça m’a permis de retrouver un endroit familier de ma petite enfance, que j’avais complètement oublié. Merveille ! Mes pas ont retrouvé, d’eux même, le chemin d’autrefois ! J’ai redécouverts nos « fauteuils ». Je me souviens, maman nous y emmenait les après-midi d’hiver, car c’était un lieu bien abrité du vent, et plein sud. Nous partions bien emmitouflés, avec nos cache-nez et nos bonnets tricotés à la main, et en avant ! On grimpait par la Rampe du Temple, puis on montait la rue de l’Hôpital, jusqu’au chemin de Guillaume de Nogaret. Et on arrivait à « Zozo ». Là, il y avait à l’époque une espèce de mazet en ruines avec une belle vue sur la plaine. Quelques bancs étaient placés devant cet abri pour que les personnes âgées puissent s’asseoir et prendre le soleil. Nous on ne s’arrêtait pas là. Après « Zozo, on prenait sur la gauche un petit chemin qui descendait en serpentant à flanc de colline et on arrivait aux « fauteuils » ! On appelait cet endroit « les fauteuils » car il était fait de rochers creusés par l‘érosion de telle sorte que l’on pouvait s’y asseoir. On y était bien à la «cagne », face au soleil. On apportait le goûter. Maman tricotait. On prenait le soleil et le bon air…C’était peut-être ça le bonheur !20200429_175527_resized

Pour ceux qui ne connaissent pas bien Calvisson, « Zozo », c’est sur la droite, après avoir emprunté le chemin de Guillaume de Nogaret, avant d’arriver aux ruines du château. L’ancien maset a été sécurisé, on peut s’y abriter en cas de pluie. Un « point de vue » a même été aménagé sur son toit. Les bancs sont toujours là, régulièrement remplacés par des neufs, car malheureusement souvent vandalisés. Il faut prendre ensuite le petit chemin qui descend sur la gauche, un peu après être passé devant l’abri.

Le chemin existe toujours, mes « fauteuils » aussi. Par contre les arbres ont poussé, un grillage court tout le long du chemin, et on n’a plus une aussi belle vue sur la plaine. Les rochers aussi m’on parut bien moins impressionnants, bien moins magiques que dans mon souvenir. C’est sûr j’étais certainement plus petite alors. Mais qu’importe. J’ai été très heureuse de retrouver ce lieu de mon enfance. Je souhaite à tout le monde de pouvoir en faire autant. Oh ! Bien sûr, tout n’était pas tout rose, en ce temps-là, mais il faut « se souvenir des belles choses » n’est-ce pas ?  Et  je suis sûre que chacun a, au fond de lui, son propre « Zozo » et  ses propres « fauteuils » à retrouver…

Jeudi 30 avril : 44ème jours de confinement / J-11 avant libération

J’ai commencé le piano à l’âge de cinq ans. Au début, nous n’avions même pas de piano. J’ai commencé à travailler mes gammes sur une feuille de papier où étaient dessinées, grandeur nature, les touches noires et blanches. Ne vous étonnez pas, c’était une pratique très courante. – Rappelez-vous qu’aux Etats Unis, les enfants qui veulent apprendre à jouer de la trompette commencent par jouer, pendant un an, uniquement sur l’embout de la trompette pour travailler leurs lèvres. Et ce n’est qu’ensuite qu’ils auront le droit de souffler dans une vraie trompette.-  Bien entendu nous eûmes assez rapidement un piano. C’était un énorme piano droit à cordes croisées, de marque Gaveau, la Rolls-Royce des pianos à l’époque, qui n’avait  qu’un seul concurrent la marque  Pleyel réputée pour ses « aigus ». Les pianos Gaveau, eux, étaient appréciés pour la beauté de leurs « graves ». Ce magnifique piano, un vrai mastodonte, venait d’Alès. C’était, bien entendu, un piano d’occasion. Curieusement je n’ai aucun souvenir du jour où ce piano a été livré, ni comment cela s’est passé. Pourtant ça a dû être quelque chose ! Un évènement à marquer d’une pierre blanche ! 0_4

Mon premier professeur était Madame V. une dame à la retraite qui venait d’Aigues-Vives. Elle arrivait dans une vieille Citroën brinquebalante qui, quelquefois, tombait en panne. Alors, nous devions nous rendre chez elle pour prendre notre leçon. Ce n’était pas de gaité de coeur car cette dame possédait cinq ou six chats et sa maison était imprégnée de l’odeur de pipi de chat.  Mais passons…  Cette brave dame, cette « tatie piano » était, néanmoins, un très bon professeur.

Je découvris les joies du solfège, les délices des dictées musicales (mon cauchemar !) J’apprivoisai  la clé de fa, triomphai de la mémorisation des dièses (fa do sol ré la mi si !) et des bémols (si mi la ré sol do fa !) et vins à bout de la Méthode Rose. Je me colletais avec  les gammes et les arpèges, mais j’adorais les études progressives de Ferté, Czerny et surtout les Classiques Favoris. J’acceptais, sans rechigner et même avec quelque fierté, l’obligation de jouer un morceau à chaque réunion de famille pour montrer les progrès accomplis.

Très rapidement, je m’étais aperçue que jouer de cet instrument m’apportait de grandes joies, me consolait de tous les maux, de toutes mes peines. Lorsque j’avais un chagrin (gros bien entendu) j’allais me mettre au piano. Je massacrais allègrement la Valse Favorite de Mozart, la Lettre à Elise de Beethoven,  Le petit Cavalier de Schumann…etc … et j’oubliais tout.

Si je n’ai gardé aucun souvenir de l’arrivée du piano dans la maison, par contre je me souviens très bien des jours d’accordage. Tous les ans, c’était toute une affaire. Car, l’accordage est nécessaire une fois par an pour conserver au piano sa justesse et le garder en bon état. Et ça prenait en général toute une journée. L’accordeur était un vieux monsieur aveugle qui venait d’Alès. Je ne me souviens plus de son nom. Je sais seulement que quelqu’un l’emmenait. Avant son arrivée, il fallait « ouvrir » le piano : Enlever avec précautions les lourdes boiseries du haut et du bas, soulever le dessus, et retirer le couvercle du clavier. Et la magie commençait. C’était merveilleux car on voyait alors tous les mécanismes qu’il renfermait dans son ventre, qu’il cachait précieusement. Et si on appuyait sur les touches, on découvrait comment tout cela fonctionnait, on voyait toutes ces pièces entrant en jeu, toutes ces précieuse mécaniques à l’oeuvre ! Les marteaux, les tampons en feutre, les petits ressorts, les cordes, les chevilles…etc…. J’adorais aussi me mettre à quatre pattes sous le clavier, pour toucher les grosses cordes du piano et les faire sonner, un peu comme on pince une harpe.images

Bien entendu le silence complet était requis pendant le travail de l’accordeur car il travaillait « à l’oreille » avec uniquement un diapason. Quand tout était en place, le concert commençait… Une note après l’autre, d’abord très espacées…Ding !….Ding….Dong !…Dong !…et puis krrrrr ! Ca c’était la clé qui tournait pour tendre la corde. Et puis à nouveau…Ding !…Ding !… krrrrr !…Dong !…Dong !…Au bout d’un certain temps, quand le plus gros de l’accord était fait, l’accordeur osait quelques arpèges do mi sol do sol mi do, ou des octaves. Do-do, sol-sol. Et puis des accords, tierces, quintes…Et puis ça reprenait…ding ! …ding…dong !…dong ! krrrrr ! …S’il reprenait ,c’est qu’il n’était pas complètement satisfait. Vers la fin de la journée, il s’essayait à jouer un morceau. La lettre à Elise, ou une valse de Chopin… Nous retenions notre souffle. Car quelque fois, s’il n’était pas tout à fait content, il recommençait…Ding ! …Ding !….Dong !…Dong !… Krrrrr ! Ding !…Dong !….20200430_164135_resized(1)

A l’heure actuelle, les accordeurs ont des techniques plus modernes, travaillent avec des accordeurs électriques et ils vous torchent ça en une heure… Certes c’est plus rapide, maladie du siècle. Mais ce n’est pas la même poésie. La magie s’en est allée à jamais. Seuls quelques vieux amoureux du pianos continuent, contre vents et marées, à accorder les instruments à l’ancienne : « A l’oreille »… J’en connais un.

Ce piano, je l’ai trimballé avec moi tout au long de ma vie. Il m’a suivie pratiquement dans toutes mes pérégrinations, dans mes nombreux déménagements. Ce n’est qu’il y a quelques années que je l’ai remplacé. Mon dernier déménagement avec le retour à Calvisson, à la case départ, lui avait été malheureusement fatal. Il ne tenait plus l’accord. Les notes se coinçaient…J’ai donc cassé ma tire-lire et je l’ai remplacé, en me sentant un peu coupable quand même. J’ai acheté un instrument d’occasion bien entendu, mais en parfait état, tout frais retapé par une facteur de piano de Montpellier. Celui-ci a bien voulu reprendre mon vieux Gaveau et j’espère qu’il aura pu lui donner une seconde vie, comme piano d’étude. Je n’aurais pas voulu qu’il finisse en tant que bar ou bibliothèque de salon, comme on voit dans certaines maisons. Mon instrument actuel est un Ibach, d’une marque allemande. Les allemands restent encore les maîtres dans la fabrication des pianos. Seuls les américains arrivent à les concurrencer en qualité.

Hélas, les temps ont bien changé, Gaveau est devenu Rameau, puis a été définitivement racheté en 2000. Pleyel existe toujours mais les instruments sont maintenant fabriqués en Chine, ou à Taïwan et sont donc de qualité médiocre. Tout fout l’camp…

Vendredi 1er mai : 45ème jour de confinement / J – 10 avant libération

1er Mai ! On y est ! Et en plus toujours vivants ! Yes ! Pourtant ça semblait inaccessible tellement c’était loin. Mais nous y voilà. « En Mai, fais ce qui te plait !  » Mouais ! On  est loin du compte. Hélas, non, nous n’allons pas pouvoir faire tout ce que nous voulons. Il faut se faire une raison. Le déconfinement va commencer bientôt, certes. Mais la fin de l’épidémie n’est toujours pas en vue. Alors ? Alors, nous serons certainement soulagés de ne plus être enfermés, mais nous resterons doublement inquiets pour notre santé, justement parce que nous n’aurons plus la protection que nous procurait le confinement. « Jamais contents ! » me direz-vous. Oui, mais la situation est complexe. 20190730_194847_resized

« Il faudra apprendre à vivre avec le virus » qu’il a dit le Premier ministre. Certes, mais comment ? Car, sauf miracle, cela va durer longtemps. Il va falloir trouver des « modus vivendi » différents. Et cela ne sera pas simple. Comment ne pas s’empêcher de rester méfiants face à des activités, des comportements, des geste autrefois si naturels. Et je ne parle pas ici  juste des embrassades ou des serrements de mains. Ca, on en a déjà perdu l’habitude. On pourrait dire que c’est déjà rentré dans les mœurs. Mais dans les commerces, à la banque, au cimetière, chez le garagiste, chez le docteur, chez le coiffeur, en randonnée ? Ca ne sera pas simple. Pas plus de 10 personnes dans les rassemblements en plein air ? Ok. 10m d’écart minimum entre les joggeurs ou les cyclistes. Ok. Ecart nécessaire de 4m2 pour la pratique du yoga, du tennis ou du fitness, en plein air ? 4m2 ? Il ne faudra pas oublier son mètre ruban ! Pourquoi pas 10m ? Sur quoi se basent-ils pour décider de tout ça ? Je m’interroge !

Et quand on pourra retourner au restaurant, au théâtre, au cinéma, (dans quelques années ?) comment ne pas être suspicieux envers son voisin de table, de fauteuil, ou d’ailleurs tout simplement vis-à-vis de son voisin de palier ? Ne va-t-on pas regarder de travers la moindre personne qui se mettra à tousser ? Ah ! C’est pas demain la veille qu’on partagera du pop-corn au cinéma ou qu’on sucera des cornets de glace à la plage. Et les  histoires d’amour hein ? Ca ne va pas être simple non plus !  Les coups de foudre risquent de ne pas être très fréquents. « Tu me dis que tu m’aimes ? »  Heu…Oui, mais ne t’approches pas trop près ! Méfi ! Non je ne te donnerai pas ma main ! On ne sera pas être facilement tenté d’inviter quelqu’un à boire un dernier verre à la maison. Mauvais temps pour les dragueurs impénitents. Déjà que le mouvement « me too » leur avait mis du plomb dans l’aile. Période de vaches maigres en vue ! Et bien sûr, double peine de solitude pour les célibataires. La fièvre du samedi soir n’est pas prête à nous enflammer !

Et, questions pratiques, jusqu’à quand faudra-t-il continuer à laver ses légumes à l’eau coupée d’eau de javel ? Et les masques combien de temps faudra-t-il les porter ?  Et où faudra-t-il les porter. On aura l’air malin avec nos masques au restaurant ! ? Ah ! Ca ! On n’a pas fini de rigoler !stage yoga 24 août 17 30303

Et c’est là qu’on se dit : « Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour mériter ça ? »  Pourquoi ça nous est arrivé ? Et comme on ne connaît pas encore les causes réelles, si jamais on les connaît un jour, on ne peut même pas battre sa coulpe ou se repentir en se disant c’est ma faute, c’est ma très grande faute ! Je l’avais bien cherché ! Pour l’instant c’est peut-être ben qu’oui ?  Peut-être ben qu’non ? Pas vraiment confortable !

Depuis le début, on essaie de se tenir debout sur des sables mouvants. Nous faisons l’expérience collective d’un sentiment d’insécurité. Et ça dure. Et ça va durer encore…Est-ce que nous allons tenir la distance ? Il faudra bien ! Mais, là, c’est notre patience qui est mise à l’épreuve. Dans ce monde où, en temps normal, tout va vite, où il nous est demandé d’aller de plus en plus vite, d’être réactif à la minute, de ne pas attendre, cette pandémie nous oblige à faire le trajet en sens inverse, à prendre le contre-pied de la tendance habituelle, à nager à contre-courant. Elle nous  demande d’expérimenter, d’explorer, de goûter, d’apprivoiser la patience. C’est notre faculté à endurer qui est mise à l’épreuve, notre faculté à supporter, à tenir le coup contre vents et marées. Dans cette société du zapping, où on a pris l’habitude de changer de chaîne dès que le programme ne nous plait pas, à divorcer dès que ça ne va plus, on est forcé d’apprendre à tenir bon face aux difficultés, à rester calme dans les tensions, à persévérer.

Alors qu’habituellement notre monde est dominé par le besoin de tout posséder, d’envahir, d’exploiter, et nous inocule le désir de tout acheter, même ce dont on n’a pas besoin, ici, on est forcé d’apprendre la tempérance. Face au danger de la contagion, on est contraints de jouer la carte de la prudence. La réclusion nous fait toucher du doigt, « savourer » jour après jour, la lenteur. Cette société de divertissement qui nous pousse à avoir sans cesse l’œil et les oreilles occupés, à ne pas rester un instant sans rien faire, nous attire, sans cesse, miroir aux alouettes, dans les filets de ses pubs, omniprésentes, dans les rues, les supermarchés, à la télé, au cinéma, sur les réseaux sociaux, dans nos boites aux lettres. Cette société qui nous lave le cerveau avec ses  émissions de variétés crétines, ces séries à cent à l’heure, pleines de violence …Tout pour nous empêcher de réfléchir pas nous-mêmes, nous empêcher d’être présents ici et maintenant, d’être présents à nous-mêmes! Et bien là, on est bien obligés d’être présents à nous-mêmes. C’est tout ce qui nous reste. Et nous faisons l’expérience de l’inconfort.20190706_111223_resized

Et on n’en sortira pas indemnes. Mais je pense que c’est dans le bon sens. Serions-nous en train de re devenir vertueux ? Ouh ! je crois que je me suis un peu pris la tête ce soir. Je sens poindre une migraine…J’aimerais bien être un chat. Ils ne se prennent pas la tête, eux !

Donc ce mois de mai sera bien comme dans le dicton:  « En Mai fais ce qui te plait…MAIS… » sous-entendu : « Attention ! »  On a toujours tendance à oublier le MAIS. Et pourtant il fait bien partie du dicton. Il y a toute sa place et il prend toute sa signification.

Ca y est maintenant j’ai mon fan club ! Tous les soirs mes petits voisins 4 et 8 ans sont là à leur fenêtre pour m’écouter jouer mon petit morceau d’accordéon. Ils m’attendent ! Et croyez-le ou pas : J’ai le trac, comme si je devais faire le stade de France !

Samedi 2 mai : 46ème jour de confinement / J – 9 avant libération

Grande et bonne nouvelle ! Ma voiture est réparée ! Youpi ! Youpi ! Tralala ! A moi la liberté ! Heu…Presque ! Je ne l’ai pas annoncé hier parce que je n’étais pas encore complètement sûre. Il fallait qu’elle démarre ce matin. C’était l’ultime test. Donc elle a redémarré, tout va bien. Je peux donc le dire. Voilà, hier, un jeune garagiste, qu’une amie m’avait conseillé, est venu hier 1er mai, fête du travail, et d’un coup de baguette magique a réparé ma voiture ! Ce n’était rien du tout paraît-il. Mais le meilleur c’est qu’en plus il n’a rien voulu me faire payer ! Cool ! Super cool ! Super sympa…et surtout efficace ! Moi, je vous dis à partir de maintenant et jusqu’à désormais, ce sera mon garagiste à vie !

Donc ce matin, je me suis dit, : « Pour la première fois depuis le début du confinement, je vais en profiter pour aller faire des courses au supermarché ».  Bon, le super marché de mon village est un petit supermarché, mais c’est un supermarché quand même… « Nous au village aussi l’on a…. » chantait Tonton Georges…Brassens. J’avais deux buts à cela :

1)- faire tourner un peu ma voiture qui n’avait pas roulé depuis quarante-sept jour. Hé oui ! Quarante-sept jours exactement !

2) – faire des courses un peu plus conséquentes, et entre autres des trucs lourds à porter, puisque je n’étais plus obligée d’aller à pied. Le petit casino du centre est très bien mais on n’y trouve pas tout. Normal, comme ils sont petits, ils sont approvisionnés après les gros… et avec ce qui reste !

Quand même, je me tâtais : » Houla ! C’est samedi, il risque d’y avoir du monde, ça ne va pas être une partie de plaisir. En plus les allées sont très étroites. Déjà en temps normal, on a du mal à se croiser, alors avec le covid19, ce n’est peut-être pas très prudent »… etc…etc… Mais une amie me dit : « Tu n’as qu’à y aller entre midi et deux, il n’y a jamais personne ! ».  Ouais ! Bon plan que je me dis. Et je me mets en route. Tu parles ! Je pense que ça fait, peut-être, longtemps que cette amie n’a pas mis les pieds dans un supermarché ! J’arrive avec ma petite voiture adorée (Elle est moi sommes en pleine lune de miel, comme en voyage de Noces) qui ronronne bien régulièrement, bien sagement, bien gentiment (Elle est en convalescence), et j’aperçois avec horreur la file d’attente ! Un cauchemar ! Non, Je ne critique pas c’est normal, ce sont les mesures de précaution. Ok. Mais pourquoi ils sont tous venus entre midi et deux ? Hein ? Juste en même temps que moi ? Ils se sont donnés le mots ? Ben… Ils ont du faire le même (mauvais) calcul que moi. Résultat : Une demi-heure à planter dehors, à la queue leu leu avec son chariot, avant de pouvoir pénétrer dans le magasin! (Ceci dit, je n’ose même pas imaginer la queue devant chez Carrefour !) Certains ont des masques, mais ce n’est pas la majorité, personne n’a de gants à part moi…. Bon, les chariots, ils les nettoient quand tu rentres dans le magasin. C’est tout ! Avant et après ???? Démerdez-vous ! C’est-à-dire que quand tu prends ton chariot, tu l’attrapes avec tes petites mains, hein ? Et forcément alors tu touches là où ça a été touché par la personne qui t’a précédée…Heu…Bon moi j’avais des gants (même pas peur du ridicule !), ça allait, mais pour les autres, tous ceux qui ne portaient pas de gants. Hein ?… Ah ! C’est pas simple.

Autre chose, ça, c’est pas grave, mais ça m’a fait marrer. J’ai vu des personnes sortir avec juste deux ou trois trucs dans leur chariot. Je rêve. Ils se sont payés 30 minutes de queue pour acheter trois bricoles ? Ils sont fous ! Ou alors ils sont masos. Ils aiment ça ! Moi, à venir là, je fais des courses pour un bon bout de temps, je rentabilise le déplacement, je remplis le caddie. J’ai pas l’intention d’y revenir avant longtemps. Oh ! Bien sûr, si j’avais un mari et cinq enfants, ça serait une autre chanson, je serais peut-être obligée d’y aller un peu plus souvent faire les courses. Mais il faut bien qu’il y est aussi des avantages à être célibataires. En tous cas, dans l’état actuel des choses, ce n’est pas demain la veille que j’y retourne !Resized_20200403_160937

Sinon, je suis allé faire ma petite promenade quotidienne. J’ai emprunté à nouveau le chemin de Guillaume de Nogaret, comme si je montais au Trois Moulins. C’est un très agréable petit sentier, sur sa plus grande partie monotrace, c’est-à-dire qu’on ne s’y croise pas facilement. Hé bien aujourd’hui, sans doute parce que c’est le week-end, c’était un vrai boulevard ! Faut dire avec ce beau temps ! Et des promeneurs, et des joggeurs, en veux-tu, en voilà ! Et je peux vous assurer que la distance de sécurité des dix mètres d’écart réglementaires entre les joggeurs, n’était pas respectée. Il y avait aussi pas mal de familles, avec des enfants, des chien, qui se baladaient, tranquilles…Les parents bavardent, les enfants courent partout, jouent avec le chien…La vie continue. C’est très paisible. Bon, ils marchent un peu avec un train de sénateur et ils prennent toute la place. Mais ce n’est pas grave. Tout le monde n’est pas bon marcheur.  Et si on leur demande, ils se poussent, ils vous laissent passer sans problème, et avec le sourire. Oui, c’est très décontracté, très « bon enfant », très zen.  On se demanderait presque si on  n’a pas rêvé tout cela, le covid19, le confinement, les masques, les gels, les gens qui meurent et tout et tout… N’empêche, demain, je resterai dans mon jardin. Je reprendrai la marche lundi.

J’aurais voulu finir ce post sur une note optimiste, c’est samedi soir après tout, mais je viens de tomber sur cette info du journal  La Provence : « 1h30 d’attente au McDonald’s  de Vitrolles, qui vient de rouvrir » !!!!! Décidément le Général avait raison : les Français sont des veaux ! Ah ! le changement pour un monde meilleur, c’est pas gagné !

Dimanche 3 mai : 47ème jour de confinement / J-8 avant libération

Et allez ! Encore une insomnie. Réveillée à 5h du mat, rendormie à 6h, résultat : Quand j’émerge, il est 9h. Pffttt ! Il faut dire, je me suis réveillée en pensant à l’après 11 mai. Les yeux fermés, je réfléchissais : Bon, les cours en salle c’est foutu pour cette année. En tous cas, il ne faut pas y compter avant la rentrée de septembre, et encore. Il faudra voir. Et le yoga en plein air ? Même pour 10 personnes, ca ne semble pas possible non plus. S’il faut garder un écart de 4 m entre chaque personne, il faudrait un porte-voix pour se faire entendre !  Grrrrr. Par contre je pourrais organiser des cours de Gi Gong. Yes ! Là, le prof n’est pas obligé de parler, ou juste un peu pour dire quand inspirer et quand expirer. Et c’est tout. Dans la tradition ancienne, l’enseignement se fait sans un mot. Le maître ne parle pas. L’élève ne fait que s’essayer à reproduire les gestes du maître, en observant. Ce n’est même pas une tradition orale ! Hé ! hé ! Ce serait jouable. On pourrait faire ça aux trois moulins, par exemple, puisqu’on peut y monter en voiture. Les courageux pourraient en profiter pour faire une petite marche et monter à pied. Oui ! Il commence à faire beau, on serait dans la nature, entouré de fleurs, de  pins, de chênes verts, à respirer le bon air, des parfums, avec une belle vue. Bonne idée, non ?

Comment voulez-vous vous rendormir après ça ? Du fond de mon lit, j’avais déjà presque tout organisé. J’étais toute excitée. Il m’a fallu prendre un bouquin et lire une petite heure pour m’obliger à penser à autre chose et arriver à me rendormir. Vous voyez, ça me travaille cet après 11 mai. C’est un peu comme quand on prépare un spectacle. Il y a toujours un moment où on se met à faire des cauchemars. En général, ça commence environ quinze jours à l’avance. C’est le trac. Et ce sont toujours à peu près les mêmes rêves : Je rentre en scène, le public est là, la salle est pleine…Et je n’ai pas la moindre idée de ce que je dois faire !  Je ne sais pas le premier mot de ce que je dois dire ou chanter ! …Ou alors : Il est 21h et je suis encore chez moi alors que c’est justement l’heure où je devrais commencer à chanter à Marseille !…Ou encore : Les projecteurs s’allument, je ne trouve plus mon accordéon, j’ai égaré mes partitions et je ne sais plus où j’ai mis mon pied de micro ! Vous voyez le genre ? L’horreur totale. Hé bien c’est à peu près ça maintenant. C’est le trac de l’après 11 mai, qui monte.20200503_135249_resized

Oh ! D’ailleurs, c’est trop long à écrire, on va « abrévier », enfin je veux dire abréger, simplifier, en AP11M ou mieux en APC : Après confinement. C’est tendance non les abréviations ? Hé bien donc APC, que vais-je faire ? Comme on ne sait pas trop, et que ça va dépendre de beaucoup de choses, il va falloir être prêts à tout. Avoir en réserve un max de plans B. Ah ! Ah ! Il va falloir s’adapter au fur et à mesure ! S’adapter aux circonstances… à la cacophonie ambiante, aux différents sons de cloche, à tous les tours et détours, et surtout les aller-retours, les virevoltes et les volte-face de nos politiques, à leurs incohérences, leurs mensonges…etc…Voilà, donc encore une autre qualité qu’il va nous falloir développer. Je l’avais oubliée dans ma liste de l’autre jour. La faculté d’adaptation ! Très important. Et il va nous en falloir une bonne dose. S’adapter, c’est à dire s’accommoder de, se conformer à, se plier à, bref, faire avec…Et nous n’aimons pas beaucoup ça, nous autres français, se plier à…. Mais il faudra quand même en passer par là. Et pour cela, il nous faudra de la patience. On y revient toujours. Patience et adaptation ! Je ne peux m’empêcher de penser à la fable du Lion et du Rat : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. ». Tout un programme. A méditer ! Et en pastichant la phrase fameuse et favorite de Sully, ministre d’Henry IV:  « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », on pourrait peut-être même oser : « Patience et adaptation seront les deux mamelles de la France d’APC » ? Ah ! Ah ! Ah ! J’adore. Ca ne veut rien dire. On dirait un slogan de discours politique. D’ailleurs c’est ce que c’était à l’époque. Un slogan. Toujours les mêmes recettes !

Vous allez peut-être me dire : « Ah ! Non ! C’est un peu court jeune-homme ! On pouvait dire… Oh Dieu !…bien des choses en somme…en variant le ton… »  Oui, mais voyez-vous, c’est dimanche. Je l’ai pris cool aujourd’hui. J’ai fait une longue méditation, pendant que tournait la machine à laver. Je me suis pris un petit apéro dans le jardin. J’ai joué avec mes chats, visionné des films, papoté avec une copine du haut de mon balcon, partagé des bêtises par WhatsApp avec d’autres…La vie de confinement quoi !… Et puis c’est le 47ème jour, pensez 47 jours non-stop ! La fatigue gagne. Que voulez-vous : « Mon Prince, excusez-moi du peu », on a l’inspiration du temps présent qu’on peut !

 Lundi 4 mai : 48ème jour de confinement  /  J-7 avant libération

C’est super, en raison de la montée des températures, le chauffage ne se déclenche plus. On peut garder les fenêtres ouvertes. Quel bonheur.

Alors voyons un peu. Chez le coiffeur : Blouses jetables, gants jetables, masques ?  Rendez-vous espacés. Pas de salle d’attente ? Vous n’allez pas me faire croire que ça ne coûtera pas plus cher ? Magasins de vêtements : désinfection systématiques des vêtements essayés ? Voitures : plus d’accompagnant pour les essais voitures ? Pour passer le permis de conduire ; pas de prof dans la voiture. Plus d’examinateurs ???? Ah ! on va rigoler… Pfttt ! Laissons tomber. Pas de prise de tête aujourd’hui !

Bon je vais plutôt vous parler un peu de moi. Pour changer ! On ne peut pas toujours parler du confinement. Et puis après tout c’est un journal hein ?Alors… Alors, hier, j’ai commencé à vous parler un peu du trac. Je vais revenir un peu dessus.

Vous savez à quoi pense un artiste avant d’entrer en scène ? Vous, vous pensez qu’il est là à se concentrer sur son rôle, à essayer de rentrer dans la peau de son personnage. Qu’il s’interroge sur le sens profond de la pièce, le propos du metteur en scène, la démarche artistique de la compagnie ? Sur l’utilité de l’art ? Point du tout ! D’ailleurs, ce ne serait plus ni l’heure, ni le moment ! Ce serait bien trop tard pour commencer à se poser ces questions-là!Resized_20200227_192054

Non,  L’artiste ne pense à rien avant d’entrer en scène! Il est là, mort de trouille, tremblant, angoissé, au bord de la panique ! Si c’était possible de s’échapper, il le ferait! Il rêve d’une grève, d’un tremblement de guerre, d’une déclaration de guerre, un covid19! N’importe quoi qui pourrait annuler la représentation ! Il se dit qu’il serait mieux partout ailleurs sauf là ! Et il phantasme, il rêve, il imagine sa vie, ailleurs et autrement :

«  Ah ! Être archiviste à la mairie de St Paulet de Caisson ! Ou de St Cézaire de Gauzignan !  Du lundi au vendredi, dans un petit bureau bien sombre, toute seule, ou même flanquée d’un(e) collègue  acariâtre. Tiens ! Même sous les ordres d’un petit chef chiant et pervers ! Un petit salaire régulier, le traintrain, la routine…Le bonheur quoi ! Rien à prouver à personne. Pas besoin de se faire aimer. Tout plutôt que d’être, là, à attendre qu’il soit l’heure d’entrer en scène. D’ailleurs, c’est pas bientôt l’heure de commencer ? Ils n’ont pas fini d’arriver ces gens ? Ils n’ont pas fini de s’installer ? On va bientôt pouvoir y aller ? Je les entends qui parlent, qui parlent, qui rigolent ! Ils s’amusent, eux ! Ils ne se rendent pas compte. J’n’en peux plus d’attendre ! C’est de la torture. En plus, je suis toute molle, j’ai mal dormi cette nuit, j’ai encore fait mon cauchemar récurrent! »

Avant la  première d’un spectacle, pendant 15 jours environ, chaque nuit, je fais un cauchemar. Chaque nuit un différent, mais grosso-modo, ce sont toujours les mêmes d’année en années. J’en ai toute une panoplie, tout un éventail. Par exemple, je suis là sur scène devant le public, c’est à moi de jouer et je ne sais pas le premier mot, je n’ai pas la moindre idée de ce que je dois faire ! Je ne sais même pas de quel spectacle il s’agit, ni de quoi il est question…Je ne sais même pas si c’est du théâtre, ou de la chanson ! C’est la panique …Alors, j’essaie maladroitement d’improviser… Et je vois bien que ce que je fais ne correspond pas du tout à ce qu’ils attendent… Ou alors, il est 20h45, je suis à Nîmes, et je dois jouer à Marseille à 21h. ! Ou alors j’ai oublié mon costume ! Ou alors mon instrument…Le chemin des capitelles orig.2010

J’ai travaillé un jour avec un musicien qui me faisait, en vrai, tous mes pires cauchemars: Un jour, il avait oublié ses partitions, l’autre jour le cordon de branchement, d’alimentation électrique de son piano, un jour le pied de son piano, un jour son pupitre, un jour son saxo ! Un jour le pied de son saxo ! Un jour il était bloqué dans les embouteillages à 50 Km du lieu du spectacle. Et il téléphonait…j’arrive, j’arrive…Alors qu’il était l’heure de commencer ! Résultat, avant le spectacle, il devait passer tout son temps à s’agiter en tous sens, à téléphoner pour se faire faxer ses partitions (ou à trouver une photocopieuse pour photocopier les miennes), ou essayer de trouver un autre cordon d’alimentation, ou même un piano. Oui, un jour, une heure avant le spectacle, nous avons dû retourner à Nîmes chercher mon piano. Car il ne pouvait pas brancher le sien. Heureusement qu’on ne jouait qu’à Garons… J’ai finalement compris qu’en fait, c’était sa façon à lui de gérer son trac. Inconsciemment il se mettait dans une situation impossible. Comme ça, il n’avait pas le temps d’avoir peur ! Lui ! Mais les autres, quels coups aux cœurs. Je vous raconte pas l’ambiance…

Ah ! Le tract ! Chacun le gère à sa façon. Chacun ses trucs, chacun ses gris-gris. Certains, comme Barbara, s’enferment dans leur loge et ne veulent voir personne. Certaines cantatrices ne prononcent pas un mot dès la veille d’un concert. D‘autres sont intarissables ! Certains font du yoga, de la méditation, de la respiration. Belmondo, lui, il faisait l’imbécile jusqu’à ce qu’il entende : « Moteur ! Il paraît que Brel vomissait juste avant de rentrer en scène, tellement il picolait avant. Piaf carburait au gros rouge. Bernadette Lafont allait fumer dans les toilettes en se cachant des responsables de la sécurité, et en évitant soigneusement les détecteurs de fumée…

Bref, ça empoisonne la vie. Et pourtant on se soigne. On fait des tas de trucs pour essayer d’y échapper. Moi, je fais du yoga, je respire, je prends de l’Euphytose, de l’Argentum Nitricum. Ca l’atténue, certes, mais ça ne le fait pas disparaître. Et c’est horrible. T’as la gorge sèche et les doigts humides, qui glissent sur les touches. Tout le contraire de ce qu’il faudrait ! La peur te coupe tes moyens, tu te trompes sur des trucs que tu connais par cœur ! T’as le diaphragme coincé, le souffle court, du coup tes aigus ne sortent pas ! Et le pire c’est que ça peut de prendre n’importe où, aussi bien dans une grande salle que dans un trou perdu, pour une petite association. Parfois je me demande : « Pourquoi t’as peur ? Personne ne t’oblige ? T’as pas une kalachnikov dans le dos ! T’as qu’à faire caissière chez Lidl, tu verras, tu ne te préoccuperas plus de tes aigus !»P1010397recadrée

Pourtant, il paraît que c’est nécessaire. Que c’est ça qui permet qu’une fois en scène, on donne le meilleur de soi.  Pas de trac, pas de talent, paraît-il. Ca me rappelle une réplique fameuse de Sarah Bernard à une jeune comédienne se vantant de ne pas avoir le trac : « Ca vous viendra…avec le talent ! »

Alors pourquoi continuer, si c’est la cause de tant de stress, de tant d’angoisse ? Peut-être déjà parce qu’on ne sait rien faire d’autre ? Ou que c’est ça qu’on fait le mieux ? Peut-être tout simplement parce que, sans ça, on tournerait en rond dans sa maison, on deviendrait neurasthénique, on ne tiendrait pas. Parce que c’est ce qu’on aime faire par-dessus tout. Parce que c’est notre vie. Brel disait. « Le talent , c’est d’avoir une passion et d’y consacrer toute sa vie ! ». Ni plus ni moins. Rien à ajouter.

Mardi 5 mai : 49ème jour de confinement / J – 6  avant libération

Ben ? Mais où est donc passé le beau soleil d’hier ? Voilà que le ciel est tout gris. Il y a de l’électricité dans l’air. Mon chat fait le fou dans le jardin. Il a oublié qu’il est devenu un gros matou. On dirait moi en train de danser devant l’ordi en écoutant « Soul Sacrifice » de Santana. Pour ceux qui ne connaîtrait pas c’est un morceau qui dure 13mn sur un rythme d’enfer. Vous pouvez en trouver facilement des vidéos sur internet, surtout celle du concert mythique de Woodstock en 1969. Mais celle dont je vous parle c’est celle d’un enregistrement de 1970 à Tanglewood. (https://www.youtube.com/watch?v=UKcI2mcsueM)

Imaginez…Ca commence par un solo de percussions, bongos, congas. Puis entrent la guitare de Carlos Santana, la basse et la batterie. Carlos et le bassiste jouent face à face, presque nez à nez, en se regardant dans les yeux, dans la même pulsation, la même vibration. Le bassiste, c’est David Brown, un immense black, un peu rasta, calme et imperturbable comme tous les bassistes, un vrai échalas qui bouge à peine la tête et ondule lentement de tout son long corps. Dès lors, il ne va pas s’arrêter de jouer une seule seconde de tout le morceau, sauf pendant le solo de la batterie. Normal, la basse c’est ce qui tient tout le rythme. C’est la colonne vertébrale du groupe. Juste derrière eux, le batteur, Michael Schrieve, un jeune mec au visage d’ange, sourit de les voir faire. Et allez, c’est  parti ! Carlos Santana à la guitare, bien sûr, inventif, mélodique, inspiré, virtuose, secondé par la batterie, les percussions, bongos, congas, maracas ou ganzas, et l’orgue…etc… Tout ça est parfaitement huilé, c’est en place, ça roule, ça roule, ça enfle, ça enfle, ça monte, ça monte…. Puis, sans que le rythme se casse, le batteur se lève de sa chaise comme en en dansant, Santana pose la guitare, va s’allumer une cigarette. Ils laissent la vedette à la section des percussions, Mike Carabelo et José « Chepito « Areas. Ils sont tous deux aux congas soutenus par la basse, plus le type aux maracas véritablement en transe qui danse en même temps qu’il joue. L’organiste, Gregg Rolie, électrisé, a lâché son clavier et les accompagne au tambourin. Même le bassiste se laisse aller à onduler un peu plus… 2m10 de solo de percussions ! « Allumer le feu ! »

Pendant le solo, Santana revient la clope au bec, à la main une cloche de vache, pour les accompagner. Et puis tout à coup les percussions s’arrêtent. Le batteur, qui était revenu s’asseoir attaque son solo. Un solo extraordinaire de 2m40 !!! De la folie ! Il a l’air de se battre contre cent ennemis, et en même temps de prendre un plaisir extrême, d’éprouver une jouissance folle, un bonheur intense. Il ne voit rien, il n’entend rien, il n’est plus là, il joue, il jouit. D’ailleurs, ce solo de Michael Schrieve est resté célèbre comme le moment le plus populaire du morceau. 2m40 ! J’ai chronométré ! On reste le souffle court, tétanisé. Et puis Santana rentre à nouveau dans la danse, prend le thème à la guitare, entraînant tous les autres qui lui emboitent le pas. Le musicien à l’orgue soutient le thème, le suit, lui laisse la place, lui répond. Il s’éclate complètement. Santana saute à pieds joints tout en jouant. Le joueur de maracas tape du pied et roule des hanches. Même le bassiste s’excite. Le public danse dans la salle… et c’est le délire. Quelle énergie quelle pèche ! Quelle musique !20200423_180200_resized

Ils sont jeunes, ils sont tous plus beaux les uns que les autres, ils sont talentueux. Ils jouent comme des fous, ils se regardent, ils se sourient, ils rient, Ils ont l’air complètement heureux de ce qu’ils font – ensemble – comme une famille. Ont-ils eu le trac avant de rentrer le spectacle ? Qui sait ? Sans doute ont-ils un peu fumé. Ca se faisait beaucoup en ces temps-là. Il paraît que Santana prenait quelquefois de la mescaline avant d’entrer en scène. Qu’importe ! Quelle musique ! Même si on n’aime pas ce genre, on est obligé de reconnaître que ce sont de sacrés musiciens. Et ce qui est sûr c’est que, là, ils prennent un sacré pied et nous aussi…

Bien sûr c’était en 1970. Que sont-ils devenus depuis. A l’époque ils étaient tous chevelus, minces et beaux. Carlos Santana est toujours vivant, paraît-il, malgré une fausse rumeur qui a couru le 3 mai, annonçant sa mort. Son entourage aurait formellement démenti. En 2019, à 72 ans, il  a collaboré avec des rappeurs. Hé alors ? On est pas vieux à 72 ans ! Surtout quand on est musicien, surtout quand on a une passion. Michael Schrieve, après sa performance dans Soul Sacrifice, qui avait révélé toute la puissance de son talent débutant, a joué avec Van Halen, Jefferson Airplane, les Rolling stones…etc.. Il est également toujours vivant. Il a 71 ans. Gregg Rolie aussi.Ils n’ont pas été emportés par la drogue comme tant d’autres, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison etc….  Sont-ils toujours minces et beaux ? Carlos Santana porte maintenant un chapeau, sans doute pour masquer un début de calvitie. Michael Schrieve d’après les photos que je vois sur internet, n’a plus sa belle tignasse en bataille, et semble s’être un peu empâté. Seul le bassiste David Brown est mort en 2000 à 53 ans. Ah ! On ne peut pas être et avoir été. « Ex-fan des sixties, où sont tes années folles ? Comme tu dansais bien le rock n’roll ! Ex-fan des sixties, où sont tes années folles ? Que sont devenus toutes tes idoles ? » écrivait Gainsbourg.

C’était aussi un époque formidable. En particulier au niveau musique: Joni Mitchell, Joan Baez, Bob Dylan, Jimmy Hendrix, les Doors, les Who, Jethro Tull, Ten Years After, Richie Havens, Procol Harum, les Moody Blues, Tony Joe White, Emerson Lake and Palmer, Canned Heat , Crosby Still Nash, Neil Young, Deep Purple, Simon et Garfunkel… etc…etc .. Rappelez-vous : Woodstock, Août 1969 ; Une demi-million de spectateurs, quatre jours de fête, trente-deux concerts, pas une bagarre ! L’Île de Wight, Août 1970 : Entre 600 000 et 7000 000 spectateurs, cinq jours de concerts, une naissance mais pas une bagarre …    Bien sûr, comme le chantait Aznavour : « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». Et j’ajoute comme le chantait aussi Brassens : «Mais c’était mes amours. Excusez- moi du peu ».20200423_181516_resized

Et voilà ! Il a suffi d’un peu de musique pour que revienne le soleil. Mais c’est toujours orageux. Le ciel est plein de gros nuages blancs, piqués de quelques petits nuages noirs…Le soleil va et vient, volage, inconstant, il se fait désirer…La pleine lune s’approche. Le temps est toujours mitigé en  ces périodes. Vers onze heures, surprise, un employé de la mairie est venu m’apporter un masque. Hé oui, je viens d’avoir soixante-dix ans, je fais donc partie des personnes « à risque ! ». En fin d’après-midi, je suis allée marcher un peu de 18h à 19H, comme tous les soirs. Il faisait bon. Juste avant de jouer mon petit morceau d’accordéon sur mon balcon à 20h. Ce soir j’ai joué des tangos pour changer un peu : « Jalousie » et « J’attendrai » Chanson de circonstance. Allez ! Demain sera un autre jour…

Mercredi 6 mai : 50ème jour de confinement / J-5 avant libération

50ème !!!! Oui ! Vous avez bien lu ! 50 jours que nous sommes enfermés ! Incroyable ! Bon, vous allez peut-être me dire : « Bof, 50, c’est juste un jour de plus que 49. Il n’y a pas de quoi pavoiser. » Certes, certes. Mais ce doit être l’effet du chiffre rond. Ca impressionne plus. On réalise mieux tout à coup. C’est comme pour les anniversaires. Les dizaines, c’est très dur à avaler. Et je sais de quoi je parle….C’est marrant ça commence à dix, tranquille, et puis ça n’arrête plus. Ca continue comme ça avec 2 chiffres jusqu’à la fin…..A moins d’aller jusqu’à cent ans ! Bien sûr quand on n’est petit, on trouve que ça ne va pas assez vite. Mais à partir de quarante ans, on voudrait que ça ralentisse.  Encore une fois,  jamais contents !

Je suis en colère à cause d’une info que je viens juste d’entendre à la radio. L’animateur racontait que Pierre Arditi et certains autres comédiens connus téléphonaient chaque soir à des personnes isolées pour leur lire des poèmes. Il se répandait en remerciements émus, louanges baveuses, félicitations obséquieuses et autres cirages de bottes pour cette initiative. Certes, c’est très louable. Mais d’autres ont commencé à faire cela bien avant eux et ce depuis le début du confinement. Mais, malheureusement ils sont moins connus. Dans le Gard notamment, avec « Temps Poétique » qui propose des lectures de poésies, de textes divers au choix, des contes, ou juste de la conversation, avec des artistes comme Jean-François Poeticbazar, Micka Chris Do, Jean-Dominique Fillet.  La même chose se fait aussi dans l’Hérault à Montpellier, en région parisienne à Avon avec la compagnie « Chauffe Brûle », à Montreuil avec la compagnie « tdp » etc…. Pourquoi toujours parler des gens connus, comme si c’étaient eux qui avaient inventé le concept et passer sous silence le fait que certains autres font de même, et faisaient de même bien avant eux. Ca m’énerve !

C’est très bien que les gens connus fassent des choses, eux aussi, mais ce n’est pas juste qu’ils en retirent seuls la gloire. C’est très bien que Renaud et Gautier Capuçon enregistrent des vidéos et les offrent aux internautes. Mais pourquoi ne parle-t-on pas de Pepe Martinez qui va jouer de l’accordéon sous les fenêtres d’un EHPAD, à Nîmes pour distraire un peu les résidents ? Pourquoi ne parle-t-on pas de tous ces musiciens, ces chanteurs, ces comédiens, inconnus mais néanmoins pleins de talent, qui postent quotidiennement des vidéos sur Facebook. Pourquoi ne parle-t-on que de l’hommage rendu par Lady Gaga, Elton John et les Rolling Stones ?

C’est comme quand les radios parlent de tous ces musiciens classiques qui vont « à la rencontre de leur public » jouer dans les milieux hospitaliers ou les maison de retraite, tous les endroits où des personnes « défavorisées » n’ont pas accès à la culture. (Je ne parle pas ici des périodes de confinement, je parle en temps normal).  Mais nous les intermittents du spectacle, c’est ce que nous faisons depuis des dizaines d’années ! C’est même une des raisons principales de la création du statut d’intermittent : Permettre ainsi à la culture d’aller vers ceux qui ne peuvent pas aller vers elle. Amener la culture dans des lieux où des personnes n’y ont pas accès facilement. Hors des centres dramatiques nationaux, des lieux conventionnés et subventionnés, des réseaux culturels. Et ainsi leur faire connaître la musique, la poésie, le théâtre etc…et les inciter à aller au spectacle. C’était ça le job des intermittents du spectacle. Le statut d’intermittent permettait à l’artiste de ne pas être inféodé aux directives des différentes DRAC (direction Régionale d’action culturelle) aux ordres du gouvernement. Il permettait aussi à l’artiste d’être libre. De pouvoir vivre de son art, sans être obligé de quémander des subventions auprès des divers offices culturels départementaux, régionaux ou nationaux et de se plier à leurs dictats en retour : L’année Chopin, l’année Beethoven, l’année Boris Vian, l’année George Sand, Le printemps de la poésie etc…etc…Qui font de l’artiste « subventionné » un artisan aux ordres (indirects) du gouvernement, et non plus un véritable créateur comme par le passé. Soutenez les intermittents! Mais je m’égare…20200429_172404_resized

Aujourd’hui, j’ai enregistré le parcours de ma marche quotidienne. J’ai trouvé une jolie boucle qui fait 5, 2 km. En une heure, ça fait une moyenne de 5km/h. Avec des montées et des descentes. Pas mal. Je commence à retrouver la forme. J’ai même repéré un joli coin où faire du Gi Gong quand nous serons enfin peut-être « déconfinés ». Chouette.

Bon, je vous laisse cinq minutes. Il est 20h et mon « public » m’attend ! Ce soir, je vais leur jouer une petit valse vénézuélienne et Bella Ciao !

Bon, c’est super il y a de plus en plus de gens qui se mettent à manifester leur soutien. Il était temps ! Mais je crois qu’au début, ils n’osaient pas. Tout simplement. D’ailleurs moi la première, je n’ai pas commencé à jouer sur mon balcon. Je jouais, mais je jouais cachée dans mon jardin. Faut dire j’étais la seule de la rue. J’avais un peu « vergogne » comme on dit ici. Bien sûr on devait entendre l’accordéon, puisque mon jardin donne sur la rue, mais on ne me voyait pas. Ce n’est qu’ensuite que j’ai osé me mettre à la fenêtre, et puis enfin le balcon.  Mais maintenant ça y est, il y a de plus en plus de gens qui passent de la musique enregistrée. Bon, ça couvre un peu l’accordéon, mais ce n’est pas grave. L’essentiel c’est que les gens participent.

Ce soir, mon petit voisin et sa sœur étaient dans leur chambre au premier étage, juste à la hauteur de mon balcon de l’autre côté de la rue. Le petit garçon a une guitare en jouet comme celle de mon petit-fils. Pendant que je jouais, il a pris la guitare, et il s’est mis à jouer en même temps que moi, ou du moins à faire comme s’il jouait, comme s’il m’accompagnait. J’ai trouvé ça très émouvant. De me voir jouer, ça lui a donnée envie de faire de la musique aussi. Peut-être que ce confinement aura permis de susciter une vocation ? Peut-être un futur Mozart, ou un futur Neil Young ?  Un futur Prince ? Qui sait ? En tous cas, si ça continue comme ça, je pense que dimanche soir, veille du lundi 11, veille de la « Libération », ça va être la fiesta. Presque comme pendant la fête votive !  Olé !

Jeudi 7 mai : 51ème jour de confinement / J-4 avant libération

Ca s’approche ! Ca s’approche ! Je dirais même plus, comme disaient les Dupont et Dupont de Tintin, ça se rapproche….On compte toujours les jours, mais maintenant c’est dans l’autre sens. On ne compte plus trop ceux qui sont passés. On compte plutôt ceux qui sont encore à venir…Il n’en reste plus beaucoup…Et comme à partir de demain vendredi c’est un long week-end qui s’avance, ça va passer très vite.

Donc nous y voilà…enfin très bientôt. Mais dans l’esprit on y est déjà. Déjà on tire des plans sur la comète, déjà on s’imagine notre vie « dé-confinée ». Le petit vélo s’est remis à pédaler à toute vitesse dans notre tête : Et qu’est-ce que je vais pouvoir faire à nouveau ?  Et où est-ce que je vais pouvoir aller ? Enfin, je parle de ceux qui sont à la retraite, ceux qui ne travaillent pas, parce que, pour les autres, c’est plié, pas trop le choix ! Est-ce que je vais pouvoir aller voir mes enfants ? Ou eux pourront-ils venir me voir ? Bref, nous voilà excités comme des puces, dans les starting-blocks, prêts à bondir ! En plus avec le beau temps et les températures quasi estivales, on n’a qu’une envie : Jouer à l’été ! Ressortir des placards les t-shirts  à manches courtes, les shorts, et les lunettes de soleil…Quoique maintenant avec les verres qui se teintent tout seuls dès qu’il y a le plus petit timide rayon de soleil, la plupart des gens ont des lunettes noires tout au long de l’année. C’est énervant, on ne voit pas leurs yeux quand ils vous parlent. Pourtant on dit que les yeux sont le miroir de l’âme. Comment parler, converser avec quelqu’un sans voir ses yeux. Tous les comportementalistes vous le diront. Quelqu’un qui vous parle en regardant en bas à gauche c’est qu’il est en train de mentir. Ou en bas à droite, je ne sais pas. M’enfin, les yeux parlent autant sinon plus que la bouche. Alors quand on ne voit pas les yeux…Mais ça fait le bonheur des opticiens et ça remplit leur escarcelle. Ils nous vendent ça en nous disant que ça protège nos yeux. Certes. Mais, ça empêche aussi les yeux d’emmagasiner la lumière en hiver, ce qui est indispensable pour ne pas virer neurasthénique. A voir qui a raison.… C’est pour ça que les gens du Nord sont tristes, alors que nous on est tous de joyeux drilles, c’est bien connu ! Du coup, à la retraite, ils viennent tous habiter chez nous ! Et bien sûr après, comme ils n’y sont pas habitués, ils disent qu’il fait trop chaud en été! Et ils installent des clims partout, qui font du froid à l’intérieur, mais envoient du chaud à l’extérieur, ce qui augmente encore les températures et le réchauffement climatique ! Houla ! Là je sens que je m’échauffe toute seule et que je m’embarque sur une voie  qui n’est pas pour la paix des ménages. Laissons tomber…20200423_180200_resized

Et le président de la République demande aux artistes d’inventer ! Il s’entend parler ? De qui se moque-t-il ? Je rigole ! Ils ne font que ça les artistes :« inventer ». C’est leur deuxième nature. On n’a pas attendu les conseils des Enarques pour ça ! Et de tous temps, nous nous sommes aussi rendus dans les écoles à la rencontre des élèves. Ce n’est pas un scoop ! Il est en train de nous réinventer le fil à couper le beurre ! Ce n’est pas ca qui va sauver le monde artistique. Le théâtre, le spectacle ne sera à nouveau possible que lorsque les individus pourront se rassembler en un lieu. Le problème est là. Il faut un public pour le spectacle. Par définition : du latin spectaculum : ce qui se montre au regard, à l’attention…Sans public, pas de spectacle, pas de théâtre !  Pfttt ! Toute cette (fausse) incompréhension, cette mauvaise foi, me fatigue… Allons plutôt nous promener…

Et voilà ! Rien de tel qu’une petite marche dans la nature pour ramener le calme dans les esprits. Tout ce vert, ce silence, avec un petit vent léger et quelques rayons de soleil ! Hum… Mais voilà que je croise un jeune homme avec son portable qui aboie du rap à fond les manettes ! Ca me gâche un peu le plaisir et me contrarie. Mais qu’est-ce qu’il vient faire en pleine nature ? Il ne peut pas rester une heure sans écouter SA musique ? Il ne peut pas l’écouter chez lui ? A être là, en pleine cambrousse, au milieu des pins et des chênes verts, des genêts et des aphyllanthes, il ne peut pas écouter un peu, juste par curiosité, la musique de la nature ? Ah ! Ah ! Voilà que je m’énerve encore…

Voilà : Après le déconfinement, on va trouver deux types de comportements d’individus.Ceux qui vont se précipiter pour recommencer comme avant, repartant comme en 14, ou en 40, trop heureux de retrouver leur ancienne vie, sans tenir compte de ce qui s’est passé, sans s’appesantir sur le pourquoi et le comment c’est arrivé, sans chercher à en tirer d’éventuelles leçons. Ceux-là auront ressenti le confinement seulement comme une privation de liberté pénible et désagréable

Et ceux qui vont essayer de vivre autrement, de changer, en prenant en compte ce qui s’est passé. Ceux qui auront réalisé certaines choses pendant ce confinement, qui l’auront mis à profit pour essayer d’y voir plus clair, pour essayer de comprendre ce qui a déraillé dans la vie, ce qui ne va pas dans le monde et dans la société et qui vont réfléchir à ce qu’il faudrait faire, peut-être déjà à leur petit niveau, pour que ça ne se reproduise pas.20200423_181516_resized

Les premiers continueront à aller faire la queue à MacDo, à s’entasser à Lidl ou chez Leclerc, à se promener dans la campagne en écoutant du rap à fond la caisse, sans se préoccuper de savoir s’ils dérangent les autres, et à jeter leurs papiers gras, (de chez MacDo !) à côté des poubelles, à faire pétarader leurs motos, à conduire leurs voitures à toute vitesse dans les rues en laissant hurler leurs autoradios. Ceux qui continueront à aller voir tuer des animaux, à les chasser, à en manger…

Les autres essayeront de continuer à aller faire leurs courses chez les petits commerçants du coin, mettront leur masque pour se protéger eux et protéger les autres, en respectant les distances de sécurité et les gestes barrière. Ils essayeront peut-être aussi de moins prendre leur voiture. Cela durera-t-il ? Tiendront-ils la longueur ? Et moi avec ? Arriveront-ils vraiment à changer ? A se changer ? Car on ne pourra pas changer le monde sans se changer soi. C’est là la grande difficulté…C’est pas gagné !

Et tout ce petit monde va devoir cohabiter dans la joie et la bonne humeur. Comment tout cela va-t-il tourner ?  Pas de souci, on sera là pour voir ça ! Ah ! On va bien se marrer !

Vendredi 8 mai : 52ème jour de confinement / J -3 avant libération

Bon pour fêter le 8 mai, je me suis coupée les cheveux ! Oui ! Je l’ai fait ! Depuis le temps que je l’annonçais… Certes ma période de procrastination fut longue ! Mais  « Si tu penses ne pas pouvoir faire quelque chose, fais-le quand même. Ça s’appelle dépasser sa zone de confort. C’est là que se trouvent les miracles ». Alors je me suis finalement lancée.  C’est pas vraiment un miracle, mais ça n’est pas mal du tout.  Bon, il y a un peu des trous à l’arrière mais dans l’ensemble ça va. Et puis de toutes façons, je n’en pouvais plus. J’avais l’impression d’avoir quatre-vingt ans. Je n’avais pas envie d’attendre pour aller faire la queue chez le coiffeur…Et pour tout dire je n’ai pas vraiment une confiance absolue dans l’application des gestes barrières chez un coiffeur…20200508_142242_resized_1

J’ai une drôle d’impression aujourd’hui. Je ressens un peu  la même chose que pendant les derniers jours de spectacle au festival d’Avignon : Comme on réalisait que l’aventure allait se terminer dans quelques jours, on devenait tout à coup impatient que ça se termine, on aurait voulu que ça finisse là tout de suite, sans attendre ! Et bien, pour moi aujourd’hui là c’est pareil. Mais ce n’est pas parce que j’en ai marre d’être enfermée, que j’en ai assez du confinement. Non. J’en ai marre d’être enfermée et j’en ai assez du confinement, certes.  Mais non, ce n’est pas ça. C’est autre chose. Je suis impatiente de passer à la suite. Voilà. Je suis impatiente d’y être, à demain ! Comme si on avait  déjà tiré un trait sur aujourd’hui, et qu’en pensée, on était déjà demain. Vous me suivez ? « Le changement c’est maintenant » ???? Tiens ! Tiens ! Ca me rappelle quelque chose ça… Non ? Pas vous ?

Et d’ailleurs, il me vient une idée saugrenue (ou pas) : N’allons-nous pas le regretter ce confinement ? Je vous entends d’ici glousser de rire ! Bien sûr pas la privation de liberté. Non ! Mais, quand même, c’était un moment un peu entre parenthèse où tout était permis (à part de sortir de chez soi) ou plus rien ne semblait avoir d’importance… Un peu comme cette période entre Noël et le jour de l’an, où il n’y a plus de courrier, plus de coups de téléphones intempestifs cherchant à nous vendre quelque chose ou quelqu’un, plus de factures (ou presque). Tous ces jours où on pouvait traîner en pyjama toute la journée si on voulait, sans que personne n’y trouve à redire, ni même ne s’en étonne. Ces jours on pouvait se goinfrer de chocolat, boire des apéros sans culpabiliser, où on pouvait se lâcher sans être jugé. Ces jours où on pouvait regarder des dvd tout l’après-midi (et même le matin !), pleurer devant : Coup de foudre à Nothing Hill, Quatre mariages et un enterrement, Nuits Blanches à Seattle, Casablanca, Morocco… (Ah ! Revoir : Le Seigneur des Anneaux  (l’intégrale !) ou Games of Thrones jusqu’à tard dans la nuit parce qu’on savait qu’on pouvait faire la grasse matinée le lendemain !). Ces jours où on trainait toute la journée à surfer sur Internet, ou sur Facebook…Ces jours, sans horaires à suivre, où on pouvait manger à trois heures de l’après-midi si on voulait, se coucher à deux heures et se lever à dix, où on n’avait de compte à rendre à personne si ce n’est à soi-même…Ces jours de farniente, de laisser aller, de douceur de vivre où on pouvait quand même faire une petite promenade dans la journée pour aller se dégourdir les jambes. Ces jours comme des vacances. Ces jours où on s’est habitué à manger de bons légumes, de bons fruits et de bons fromages de chèvres livrés par des producteurs voisins. Ces jours où, finalement, nous n’avons pas souffert tant que ça ! N’allons-nous pas les regretter ? Quand le rythme infernal de la vie active nous sera retombé dessus, avec les horaires à suivre, les queues aux supermarchés, les bruits et les effluves des voitures dans les rues, les enfants à amener à l’école, les trajets, l’énervement, le stress…Alors nous aurons peut-être une pensée émue pour cette période vécue qui nous a paru sur le moment si longue, si contraignante, si perturbante, si déstabilisante, si oppressante, si désagréable en somme…et peut-être nous la regretterons. Qui sait ? « Que sera, sera… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle horreur!

Et voilà: 70 ans ! Quelle horreur ! Mais quelle horreur ! Attention ! les chiffres tuent ! Déjà 60 c’était pas terrible, mais alors là ! C’est le pompon ! Le bouquet ! Et j’espère pas final ! Quelle horreur ! mais quelle horreur !20200105_161533_resized Comment ça a pu arriver ça ? Bon, c’est vrai que depuis François Hollande, j’avais remarqué que le Président de la République était plus jeune que moi ! Ca c’est un signe. Jusque-là, j’étais toujours plus jeune que lui ! Mais comment ça se fait ? Avant, ça n’était pas comme ça ! Les stars du show-biz qu’on voit à la télé ou au cinéma sont toutes plus jeunes que moi. Sauf celles que je trouve vraiment trop vieilles…ou ceux qui sont morts (Johnny, Philippe Noiret, Jeanne Moreau !). Quelle horreur ! Mais quelle horreur ! France Gall était un peu plus vieille que moi… Pof ! Elle est morte. Marie Laforêt, pareil ! Quelle horreur ! Johnny est mort, Bowie est mort, Bashung est mort, Jean-Pierre Marielle est mort…Dutron résiste, Mick Jagger résiste ! « Résiste ! prouve que tu existes… » Nathalie Bayle a mon âge ! Et elle est encore en vie ! Ouf ! Je me souviens que ma belle-mère disait : « J’ai le même âge que Dalida. Tant que je vois qu’elle est en forme, tout va bien. » Ce ne sont plus les mêmes noms aux génériques des films, mais des nouveaux que je ne connais pas. Et je trouve qu’ils se ressemblent tous. Et ça me rappelle aussi que ma mère disait la même chose, et ça, ça  m’effraie : Suis-je devenue une vieille ringarde ? Comme tous ces vieux qui m’énervaient quand j’étais jeune parce qu’ils critiquaient tout sans arrêt et proclamaient que c’était mieux avant ! Quelle horreur ! Mais quelle horreur !20200105_164032_resized Les autres acteurs, ceux que je connaissais, sont tous devenus bedonnants, vieux et laids. Ceux que j’ai vu arriver, jeunes loups aux dents longues, le poil luisant, musclés, sveltes, minces (les tablettes de chocolat sur le ventre) et fringants, prêts à dévorer le monde, ne sont plus que grisonnants, fatigués, dégarnis avec des poches sous les yeux. Qu’est devenu le beau Mickey Rourke ? Et Richard Gere ? Même Brad Pitt commence à s’empâter ! Quelle horreur ! Mais quelle horreur ! Je me souviens d’une fois où une amie déprimée m’avait dit : « Je vais avoir 70 ans ! » Je lui avais répondu : « T’inquiète ! Tu ne les fais pas du tout ! ». J’étais sincère.  Mais en moi-même j’avais pensé : « Ah !La pauvre ! J’aimerais pas être à sa place !» D’ailleurs, le premier qui me dit : » Tu ne les fais pas », je le frappe ! Quelle horreur ! Mais quelle horreur !20200105_163734_resized En randonnée, c’est de plus en plus souvent que je me retrouve la plus vieille…Y a guère plus que Fernand, (Naturo30) Piyayo, PapyG…. Quelle horreur ! Je ne comprends rien ! Je pensais que ça n’arrivait qu’aux autres ! Que, moi,   ça n’arriverait jamais ! Que j’avais toute la vie devant moi…Qu’est-ce qui s’est passé ? Où est-ce que ça a merdé ? Hein ?Comment cela a-t-il pu arriver ? Quand ? Qui l’a permis ? Quelle horreur ! Mais quelle horreur ! Et pendant ce temps de vieux hommes politiques continuent à présider aux destinées des nations. Et on trouve ça normal, et eux, on ne les trouve pas trop vieux !!!!!On les réélit ! Quelle horreur ! Mais quelle horreur ! Et comment je faire maintenant ? Parce là, ça commence à bien faire ! Après il y a.. quoi ? 71, 72, 73, 74, En plus c’est difficile à prononcer ! On dirait un exercice de diction ! Excellent pour se chauffer la voix ! Soixante et onze, soixante et douze, soixante et treize, soixante et quatorze ! Quelle horreur ! mais quelle horreur. Il faut absolument arrêter tout ça. Et tout de suite ! Ca ne peut pas durer comme ça ! Mais comment ? Quand je regarde en arrière, je me dis : « J’ai rien vu passer ! Alors j’essaie de marchander : « On pourrait pas recommencer ? Bon, pas les séances chez le dentiste…Non ! Pas tout, bien sûr ! Quelques tours de piste ? » Tiens : toutes les « premières fois »…Les premiers regards, les premiers sourires, les premiers baisers. Tous les slows dansés sur « Que je t’aime » Capri c’est fini, Love me ! Aline, Il y a le ciel, House of the rising sun, Night in white satin…Ma première fois sur scène :  Caravane acteurs « Les marchands de Mélo », Charivari Equestre, La Fougasse Tragique, La puce qui Renifle, Les amuseurs publics, Beau Parleur, le théâtre du Vent…Hé ! J’invente rien, ce sont les vrais nom…Toutes ces rencontres, toutes ces nuits à répéter, toutes ces nuits à jouer… Quel bonheur ! C’était bien ! Si bien que j’ai envie de dire, comme Madeleine Béjart le disait à Molière : « On s’est bien amusés hein, Jean-Baptiste » Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas déprimer, je ne vais pas me résigner, je ne vais pas lâcher prise, ! J’ai encore des choses à faire et à dire. J’ai mangé presque tout le pain mais…j’ai gardé le chocolat pour la fin !  

 Proust chez le docteur ? Ou Proust sans peine?

Avez-vous déjà « calé » en lisant  Proust, Honoré de Balzac, Antonin Artaud ou Gilles Deleuze ? Il y a comme ça des livres qu’on n’arrive pas à finir. Quelquefois même des livres qu’on n’arrive pas à commencer ! Dés les dix premières pages, vous « calez », et vous vous rendez-compte que vous ne pourrez pas aller jusqu’au bout ou même continuer. Et c’est bien dommage, car on se prive certainement de grandes joies. Alors ? Que faire ? Comment faire pour lire un livre « difficile » ? Je crois que j’ai trouvé une ou la solution ! Il faut l’emporter dans la salle d’attente du docteur ! Là ,tout est bon pour vous faire passer le temps, vous distraire de cette attente qui n’en finit plus ! Et là, l‘obligation, la nécessité d’attendre arrivera à rendre passionnant le plus aride, le plus ardu, le plus indigeste des livres. C’est presque une question de survie. Rien de mieux pour déjouer l’ennui que les longues phrases de Marcel Prout, si longues qu’il faut parfois s’y prendre à deux fois pour ne pas perdre le fil ! ! Mais, comme vous êtes bloqué là, coincé sur votre chaise inconfortable, entre la petite fille qui éternue et le gros monsieur qui tousse, tout est bon pour oublier, pour ne pas sentir la longueur de l’attente. Et Proust vous paraîtra aussi limpide que l’eau d’un torrent alpin au printemps, aussi appétissant  ! Alors, au lieu de lire les vieux magazines pleins des microbes de tous ceux qui les ont feuilletés avant vous, au lieu de pianoter sur votre portable à jouer à des jeux stupides, en espérant désespérément que quelqu’un vous appelle, même votre mère, au lieu d’écouter les considérations des voisins sur le temps qu’il fait ou le dernier meurtre crapuleux qui s’est produit en ville, ou le dernier attentat terroriste, au lieu de profiter malgré vous de leurs conversations téléphoniques débiles, d’entendre les explications de la mère de famille expliquant à son mari où se trouve le fil à couper le beurre : « Dans le tiroir de gauche de l’armoire ! Oui ! à gauche dans l’armoire ! Non ! pas celui  d’en haut, celui d’en bas ! Oui ! à gauche ! Mais non ! pas celui de droite ! » bref pour ne pas s’ennuyer en attendant, pour ne pas avoir l’impression que le temps s’étire, s’allonge, n’en finit plus,  même le plus difficile des livres viendra à notre secours ! Peut-être même les microbes, ne s’approcheront pas de nous ! Quoi de mieux que lire Le Capital de Karl Marx en attendant la fin de son contrôle technique ? Obligés de vous concentrer grave pour arriver à comprendre, vous n’aurez même plus peur d’être obligé de le repasser, votre contrôle! Et, cerise sur le gâteau, Marx  vous paraîtra alors clair et amusant. Dostoievski chez l’ophtalmo ? Pourquoi pas ?Il y a tant de personnages avec des noms qui se ressemblent tous qu’on est obligé de revenir sans arrêt au début pour savoir qui est qui !Alors deux heures de retard ? Pfttt ! Ca passera comme une lettre à la poste ! Vous avez rendez-vous à la sécu  ou à la CAF? Un seul salut :  Aldous Huxley « Les portes de la perception » !  Dans la salle d’attente du dentiste ? la Métamorphose de Kafka !  Il faut tellement s’accrocher pour suivre qu’on en deviendra tout à fait imperméable et indifférent aux bruits alentours, le bébé qui hurle, l’enfant qui tourne en rond dans la pièce en posant des questions à sa mère  (« Maman pourquoi ? -Quoi ? Chut ! Pourquoi maman? -Parce que !- Oui mais pourquoi ? -Et pourquoi, quoi ? -Tais-toi ! Tu m’énerves ! »),  se dispute avec sa sœur qui crie: (« Mamaaaaan ! Fabien m’embête »), l’ado qui téléphone à ses copains : (« Quoi ! Kevin veut sortir avec Laeticia ? Je me marre !») On arrivera ainsi à s’extraire et à tout supporter. Et ce sera tout de même mieux que lire le Paris Match de 1995,  le Cosmopolitan, (ou Madame Figaro suivant les tendances), qui date de Mathusalem! Wouah ! Que de perspectives infinies s’ouvrent à vous Quel bonheur ! Vous n’aurez plus peur d’aborder Confucius, Sigmund Freud, Lacan, Jean Genet, Marguerite Yourcenar… Vous ne serez plus obligé de vous cantonner à Bernard-Henri Levy, Katherine Pancol, ou Guillaume Musso ! A vous la « grande « littérature ! A vous, enfin, la Kulture !

Noël! Noël…

Encore une fois Noël s’avance et nous envahit en douce. …On ne pourrait pas dire exactement quand ça commence, mais tout à coup, ça y est ! C’est là ! Les vitrines se couvrent de paillettes, fausse neige, de faux sapins, de clinquant, de strass, de parures ; Pour les arbres, on a ressorti les décorations, les lumières, les mêmes que l’année passée forcément, changer tous les ans ça reviendrait trop cher !). Ils s’illuminent et clignotent tous azimuts, fleurissent en boules multicolores, en étoiles d’or et d’argent ;  La fièvre monte dans les rues : des pères Noël en rouge et blanc, montent à l’assaut des façades, des rennes tirant des traineaux sautent avec grâce des balcons ; Le village se change en bonbonnière, comme dans un film de Walt Disney, comme dans une fête de Hobbits…. On ne s’étonnerait pas de voir surgir Gandalf, ou Bilbo, ou Bambi… Tout cela nous promet des vacances, des jours de fête, des jours de liesse. Ca nous rappelle les yeux émerveillés de nos enfants lors de leurs premiers Noël, ou notre propre enfance. Ca nous émeut au fond de nous. Et c’est bien ça le pire piège… Car dans tout ce tralala d’illuminations, de clinquant, de paillettes, s’allonge la liste des achats, des cadeaux « obligés », s’annonce la corvée des courses et la flambée des cartes bleues ! Il va falloir commander la bûche de Noël, concocter le menu, affronter la folie des magasins, les embouteillages dans les travées, les chariots pleins, les queues aux caisses, saoulé par des chants de Noël revisités par les artistes à la mode… Et tous ces pauvres canards gavés, et toutes ces dindes engraissées…IMG_8534 Il va falloir se faire beaux, (qu’est-ce que je vais bien pouvoir me mettre ?), être spirituel, être amusant, avoir l’air bien dans ses baskets, rire aux blagues du beau-frère, embrasser tante Félicie. Goûter le vin, découper la dinde, décongeler la bûche de Noël. Il va falloir faire ripaille, subir les repas à rallonge, le trop de gras, le trop de sucre, le trop de vin ;  le trop de bruit, le trop de monde et puis le manque de sommeil ;  Et puis encore après supporter les reproches de notre foie, le mal au crâne des lendemains, où l’on se demandera, le charme rompu, passée l’ivresse, passée la fête, si tout cela était vraiment indispensable, ou même juste nécessaire… Mais comment faire… sans le faire ! Et si c’était seulement fini ?  Mais non ! Une semaine après, voilà que nous tombe dessus le jour de l’An !… Et vlan ! On recommence ! Il va falloir encore faire ripaille, il va falloir encore se faire beaux…etc… Et après… On se retrouve sur les rotules, l’estomac en vrac, le porte-monnaie vide et le moral dans les chaussettes… Mais on se dit : « Ouf ! C’est fini pour cette année ! » On se croit sauvés… Pauvres innocents que nous sommes ! Ca ne sera jamais fini ! Suivra l’Epiphanie et ses galettes des rois, la chandeleur avec ses crêpes, la Saint Valentin, Carnaval, Pâques et la Trinité etc…etc…etc… Ah! On n’a pas fini de s’amuser!

O Tempora! O Mores!

C’est moi qui suis vraiment une chieuse ou trop vieux jeu, mais je m’étonne… Autrefois, les gens qui venaient chez toi, parfois te demandaient: « J’ai un coup de fil à passer, est-ce que je peux utiliser ton téléphone? » Et ils te laissaient un petit sou pour la communication. Aujourd’hui, ils arrivent avec leur smartphone et ils te disent: « Est-ce que je peux recharger mon téléphone? » Et ils te pompent allégrement ton électricité pendant une heure sans te proposer le moindre petit euro de dédommagement… Perso, je trouve ça un tantinet sans gêne. C’est vrai, quoi, ils peuvent recharger chez eux, au boulot, dans leur voiture etc…Mais ils passent leur temps sur internet et forcément ça tire sur la batterie! Comme disait un copain: « Si vous aviez des téléphones normaux qui servent juste à téléphoner, vous n’auriez pas besoin de les charger tous les jours aussi… »

Voyageuse immobile…

En ce moment, je regarde une belle série policière de la BBC tournée aux Iles Shetland : Ce n’est pas seulement une série policière, c’est un véritable voyage immobile, une escapade en immersion dans un pays à la beauté sauvage : falaises désolées surplombant la mer, cris des mouettes qui volent en tourbillon, magnifiques étendues de terres vertes battues par le vent ou la pluie, troupeaux de moutons, bateaux de pêches, et climat rude (comme ses habitants) avec en fond une belle musique celtique … Dépaysement assuré ! Et moi, bien calée dans mon confortable fauteuil, bien au chaud, je m’amuse à rêver que je vis sur ces îles, partageant la vie de ces habitants. Je m’imagine là bas, vêtue d’un pull à col roulé en grosse laine (shetland of course) et d’un épais caban de vieux loup de mer, ou d’un trench-coat doublé, avec une longue écharpe et un bonnet (écossais of course !). Je me vois au bord de la falaise en train de contempler la mer en bas qui vient se battre contre les rochers, ou arpentant d’un air inspiré ces landes fouettée par le vent. Rien où poser son regard, rien que l’horizon ! Oui, c’est moi encore, là, réfugiée auprès d’un bon feu de cheminée, mon chien couché à mes pieds, sirotant un thé brûlant, pendant que la pluie ruisselle au dehors.. Ou encore plongée dans l’atmosphère chaude du pub local où la bière et le whisky coulent à flots. Violon et accordéon jouent des polkas endiablées ou de lentes ballades nostalgiques … Les gens chantent et dansent, tapent dans leurs mains, rient, parlent, s’aiment… Oui, là, calée dans mon confortable fauteuil, bien au chaud, je rêve… Je rêve, car je sais bien que je ne pourrais survivre quinze jours dans ce pays au climat rude ! Moi qui commence à éternuer et à avoir la goutte au nez dés que les températures descendent en dessous de 25° ! Moi qui ne sors plus de chez moi, en été, sans prendre un gros pull et une écharpe par crainte des clims qu’on trouve partout désormais, dans les cinémas, les magasins, les restaurants, et les voitures! C’est ubuesque, quelle rigolade! On nous fait l’hiver en été! C’est le monde à l’envers…Sans compter que toutes ces clims, qui rejettent de l’air chaud au dehors, aggravent encore plus le réchauffement climatique! Nous rendent dépendants…et fragiles. Car ces appreils, la plupart du temps mal nettoyés, nous diffusent des microbes à qui mieux mieux. C’est pour cela, m’a dit mon généraliste, que nous avons désormais des rhumes, des angines et des grippes en plein été! Ah! On vit vraiment une époque formidable! Vite! Retournons aux îles Shetland. Au moins là l’air y est peut-être  pur!

Question stupide?

Quelquefois je me demande à quoi peuvent bien penser les employés des pompes funèbres pendant les enterrements ? C’est vrai, ils sont toujours sérieux comme des papes, guindés, presque au garde-à-vous, avec des mines compassées. On a l’impression, à les voir, qu’eux-mêmes sont tristes et affligés. Mais arrivent-ils encore à être vraiment émus, touchés, peinés malgré la force de l’habitude? Ou sont-ils immunisés, blasés, à force d’en voir défiler des enterrements, d’en côtoyer des morts, à force de trimballer des cercueils, de fréquenter des églises, des temples, et d’arpenter des cimetières ! Réfléchissent-ils à ce qu’ils font pendant les services, ou bien sont-ils en pilotage automatique, et laissent-ils leur esprit vagabonder, rêvant au prochain week-end, revivant le match de foot de la veille ou préparant leur déclaration d’impôts… Se font-ils des commentaires « in petto » pour eux-mêmes : « Qu’il est lourd ! » « Qu’est-ce qu’il fait froid ! On va attraper la mort au cimetière, le vent est glacial ! » « Est-ce que la messe va encore durer longtemps, on crève de chaud ! » Le matin, avant de partir, font-ils une réunion, un point entre eux pour organiser la journée ? « Bon, aujourd’hui, qu’est-ce que nous avons : Ce matin Madame Machin. -Une vieille dame ? –Pas trop, soixante ans, je crois. -Cancer ? –Non accident de voiture. -Ah! C’est bête! – Et cet après-midi Monsieur trucmuche… » Sont-ils émus lorsqu’il s’agit d’un enfant ? Voient-ils vraiment les parents des défunts, je veux dire, ressentent-ils leur peine, leur affliction ? A force d’en voir des familles endeuillées, devinent-ils les animosités, les jalousies, les rancoeurs ? Se disent-ils parfois : « Je ne voudrais pas être là à l’ouverture du testament ! Regrets éternels, tu parles! » Et même, est-ce que ça leur arrive d’avoir des fous rires incontrôlables ? Moi, quand ils portent le cercueil, je suis toujours un peu inquiète.  J’imagine des scénarii catastrophes. L’un des porteurs trébuche, et du coup, ils laissent tomber le cercueil ! Et j’imagine tout le cortège attrapant un fou rire compulsif, incontrôlable… Ou le curé qui bafouille…L’épouse et la maîtresse qui se crêpent le chignon devant la tombe…Un bêtisier des enterrements, ça doit bien exister dans leurs archives… Leur journée finie, s’en vont-ils ensemble boire un coup pour se changer les idées, et se font-ils entre eux des commentaires sur la journée : -« Tu as vu le monde qu’il y avait aujourd’hui? Ca devait être quelqu’un d’important! – Oui! Les discours n’en finissaient plus ! - Et cette sono qui crachotait ! C’était insupportable. J’avais envie de leur crier de couper le son !» -Quand même toutes ces fleurs! Quel gachis! – Tu te rappelles le jour où ils avaient fait venir une accordéoniste pour jouer des valses musettes parce que la mémé aimait l’accordéon? – Oui. C’était chouette! Ca changeait un peu…» Quelle vie ont ces gens-là! Enfin, ça ne peut pas être pire que médecin légiste par exemple. Ou que travailler dans les abattoirs…Ou dans les élevages de poussins qu’on écrase quand ils sont mâles et ne peuvent pas pondre…Ou les élevages de porc qu’on émascule vivants! Mais au moins, eux, ils ne font de mal à personne! Au contraire, ils prennent soin des morts. Et même d’une certaine façon des vivants… Ils aident ceux qui restent, à concrétiser l’absence, le vide, à dire au revoir à ceux qui sont partis. A mettre un point final à l’histoire commune. C’est peut-être une consolation…

In mémoriam…

C’était la fin d’un bel été, assez semblable à celui de cette année, splendide et radieux, étincelant, brillant ! Juillet avait été particulièrement torride, insolant et insolent, mais riche en abricots, en fraises, en poivrons et tomates, en journées à la plage, en baignades en rivière, en chaudes soirées sous les tonnelles… Août étirait doucement ses journées, de matins brumeux où le soleil paresseux tardait à se montrer, en après-midis languissants. Les nuits étaient enfin fraîches et agréables, car, comme chaque année une fois passé le quinze août, une petite pluie avait interrompu avec bonheur le cycle des fortes températures, donnant ainsi un peu de répit à la végétation. La nature commençait peu à peu à se remettre de la sécheresse et de la chaleur. Les arbustes relevaient la tête, les belles de nuit se déplissaient. Malgré cela, les figues restaient toutes petites, et les mûres, au bord des chemins, ne s’étaient pas gonflées suffisamment par manque d’eau, et beaucoup s’étaient desséchées. Néanmoins, Septembre s’annonçait somptueux comme toujours, et s’avançant sous cape, préparait traitreusement, en douce, la rentrée des classes. J’avais particulièrement travaillé cet été là. Avec le spectacle de chansons sur le cinéma, mon trio marchait fort. L’agenda de juillet et août avait été bien rempli. Nous avions multiplié les déplacements, allant des Pyrénées à Grenoble, de Lozère en bord de méditerranée! J’étais tellement fatiguée qu’un matin, j’avais oublié de me lever! Chose inconcevable en temps normal, à marquer d’une pierre blanche ! En tant d’années de spectacles, ça ne m’était jamais arrivé ! La veille encore, nous avions un concert à Gallargues le Montueux. C’était le dernier contrat de la saison, et nous avions joué jusqu’à tard dans la nuit. Je me mis au lit, épuisée, m’endormant comme une masse. En me couchant, j’avais pris la précaution de mettre le répondeur et de couper la sonnerie du téléphone pour ne pas risquer d’être réveillée intempestivement par un appel matinal. (En particulier ceux de maman qui avait le don de me téléphoner régulièrement aux aurores, comme fait exprès justement les lendemains des soirs où j’avais chanté). Je me réveillai vers 11h, un peu vaseuse, et remis le téléphone en marche. Je vis qu’il y avait un message de mon père, enregistré vers 7h du matin, me disant que maman n’allait pas bien et me demandant de venir… Trop tard pour trop tard, je pris le temps de me faire un café. Le téléphone sonna alors et ce fut mon frère qui m’annonçait que maman était morte dans la matinée.Maman Nous étions le 23 août 1993…

 Miami, Los Angeles…Le Paradis?

L’été, pendant les vacances, j’adore regarder ces séries policières américaines qui se passent à Miami ou à Los Angeles. Les filles se prélassent en bikini ultra sexy ou en paréo, ultra bronzées, perchées sur de hauts talons, en sirotant des cocktails au bord d’une piscine, ou sur la plage à l’ombre des cocotiers ou des palmiers … Les hommes sont en bermuda à fleurs, à bord de luxueux yachts, ventre plat, abdos en tablettes de chocolat, ou évoluant sur l’eau au volant de scooters des mers … Tous plus beaux les uns que les autres, tout droit sortis d’un magazine de mode ! La nuit, ils se trémoussent lascivement en boite de nuit, mini jupes à ras-le-bonbon pour les filles, pantalons hyper moulants pour les garçons, une coupe de champagne à la main. Les filles semblent tomber en pamoison dés que le moindre mâle s’approche d’elles, toujours prêtes à s’abandonner dans la chaleur et la moiteur de la nuit californienne. « Cigarette, whisky et p’tites pépés » ? Là ce serait plutôt marijuana, ecstasy et héroïne. Les filles sniffent de la coke, comme si c’était du sucre ne poudre, entre deux papotages, tout en se remaquillant dans les toilettes des boites de nuit. Pour tout ce petit monde, la vie semble être s’écouler, douce et légère, en une inextinguible suite de réjouissances, de fêtes, de plaisirs… Mais de quoi vivent tous ces gravures de mode. Ne travaillent-ils jamais? N’y a-t-il que des gens riches et beaux à Miami ou à Los Angeles? Heureusement, de temps en temps, l’un d’eux se fait assassiner… pour d’obscures et sordides raisons. Ce qui prouve qu’il y a quand même une justice en ce bas monde ! Cela nous console un peu, nous pauvres petits français moyens. Les gentils policiers mènent l’enquête de main de maître, avec brio et célérité, calibre à la ceinture, sportifs et bronzés, sexy eux-aussi, cools, décontractés, trouvant le moyen de plaisanter entre deux coups de feux…Les délicieuses policières affrontent les pires dangers en restant impeccables dans des pantalons blancs immaculés, sans se faire jamais la moindre tache, marchant élégamment dans la boue, le sable ou le sang, perchés sur de délicats escarpins… Et bien sûr les méchants sont tous punis à la fin ! Quelle tranquillité…

Paroles, paroles, paroles…Billet d’humeur!

Mon père disait de ma mère : « Il faut qu’elle parle ! » Et je me souviens d’un film de Michel Audiard avec Annie Girardot qui avait pour titre : « Elle boit pas, elle fume pas, mais elle cause ! » Ca vous parle ? Vous voyez de quoi je veux parler ? Je veux vous parler de ces gens qui parlent tout le temps ! Vous en connaissez certainement vous aussi. Moi, j’en rencontre souvent en randonnées. Ils sont capables de parler sans arrêt, du début à la fin d’une randonnée de trois heures ! Non stop ! Sans reprendre leur souffle ! Attention! Rien à voir avec les sympathiques « incorrigibles bavards » ou les joyeux « boute-en-train! Non. Là, c’est un monologue inextinguible. Ils passent d’un sujet à l’autre sans s’arrêter, sans transition, sans logique visible (pour celui qui écoute). Du coq à l’âne ! On comprend qu’ils suivent les pensées qui leur passent par la tête. Ils ne font que penser à haute voix ! Ils peuvent vous décrire, par le menu, le moindre événement de leur journée, ou de leur vie. C’est aussi ennuyeux que quelqu’un qui vous raconte un film qu’on n’a pas vu ! Ce n’est pas une conversation, un dialogue, ils n’attendent pas de vous une quelconque réponse, une quelconque intervention. Non. D’ailleurs on ne le pourrait pas car il est impossible d’en « placer une » ! On espère, on attend vainement qu’ils reprennent leur souffle pour « prendre la parole, (et dans ce cas le verbe « prendre » la parole aurait son sens propre. C’est à dire « prendre de haute lutte »), pour essayer de répondre, d’apporter une contre verse, une approbation, un élément nouveau susceptible de faire avancer le débat, ou changer de sujet. Converser quoi ! Rien à faire. Ils entrent chez vous en parlant, et quand ils sortent, il parlent encore! Et ils prennent leur temps! Si parfois, ils ont un « trou », ils vont chercher le mot qui leur manque…en parlant!  Et toi…tu attends! Et si par un incompréhensible miracle, vous aviez la parole et que vous commençiez à raconter une histoire qui vous est arrivée, ils vont surenchérir, et vous interrompre aussitôt pour vous raconter la leur, à quoi la vôtre leur a fait penser, et qui est bien entendu bien plus intéressante que la vôtre! Au début, on n’ose rien dire pour ne pas leur faire de la peine, ou tout bonnement parce qu’on est poli, mais à la longue ça devient insupportable. On a envie de se mettre à hurler. N’importe quoi pour les faire taire ! Avez-vous déjà fait un long trajet en voiture avec un ou une des ces « incorrigible bavards ». Et encore, je trouve que le terme de « bavards » est plutôt gentil. Mais quel terme leur attribuer? « Parleurs » peut-être? Les femmes sont-elles plus bavardes que les hommes ? C’est à voir. Ce qui est sûr, c’est que ces gens sont « toxiques, car dans un groupe ils prennent toute la place, et empêchent les autres de s’exprimer. Ces autres qui auraient peut-être des choses bien plus intéressantes à dire. Ca demande un tel effort pour les interrompre ! En plus, ils parlent toujours très forts. (Ils ont de l’entrainement of course ! Ce ne sont pas eux qui auront des problèmes de voix. Ils ne sont jamais aphones !) Ils parlent forts comme les gens qui sont un peu sourds. Certainement pour des raisons similaires. Mais les sourds, eux, ce n’est pas de leur faute, c’est juste qu’ils n’entendent pas bien. Nos amis, eux, parlent fort parce qu’ils « n’écoutent » pas. Ils n’écoutent pas car ils n’écoutent qu’eux-mêmes, ne s’intéressent qu’à eux-mêmes. Evidemment, ce sont souvent des personnes qui vivent seules, ou des personnes qui ne se sentent pas reconnues au boulot, au bureau, qui n’ont pas trop la « voix à la parole » dans leur travail. Ils se « rattrapent »peut-être. Ce sont peut-être aussi, en quelque sorte, des « malades », comme les cleptomanes ou les pyromanes, ou les personnes qui ont des « tocs »… Mais, dans tous les cas, c’est nous qui  sommes alors leurs victimes ! Car, pour les faire taire, quand vraiment on en peut plus, on est obligé de hausser le ton, de hurler pour se faire entendre. Comme dans ces débats politiques où les deux adversaires continuent de parler l’un « sur » l’autre. A qui s’arrêtera le premier car il aura fini par perdre le fil de ses idées. Comme on jouait, enfant, à qui baissera les yeux le premier ! On est obligé de leur couper brutalement la parole, comme ces animateurs qui, pour faire un bon mot (ou une réflexion idiote) interrompt intempestivement la personne qu’il interviewait, juste au moment où ça devenait intéressant pour l’auditeur ! Evidemment, l’animateur a deux micros, lui, tandis que son interlocuteur n’en a qu’un. . Ils ne sont pas à armes égales ! Et nous, pauvres, nous n’en avons aucun! Quelquefois, nos « parleurs » repèrent une personne nouvelle dans le groupe, une qui ne les a pas encore rabroués ou fuis comme le peste, (Comme le capitaine Haddock dans Tintin fuit sans arrêt Bianca Castafiore !) et jettent leur dévolu sur elle. Ils fondent sur leur proie, l’entourent d’attentions, de prévenances, de gentillesses, la cajolant, lui accordant un pseudo intérêt, pour mieux la séduire, l’entortiller dans ses filets, comme l’araignée, la phagocyter. L’autre, innocente, se laisse faire, toute contente de tant d’intérêt, flattée peut-être aussi, sans sentir le danger !… Mais hélas, nos « beaux parleurs » ne s’intéressent vraiment qu’à eux mêmes. D’ailleurs, quand ça les arrangera, ils n’hésiteront pas à  laisser cette personne en plan, tout à coup, sans vergogne, quand ils auront mieux à faire, ou envie de se raccrocher à quelqu’un d’autre, une autre proie, plus séduisante… Ces « beaux parleurs » sont « toxiques » car ils envahissant notre espace mental, nous « prennent la tête » et nous bouffent notre énergie. Ils nous vampirisent, nous anémient d’une certaine façon. D’où l’expression familière : « Il me fatigue ! ». Je crois vraiment qu’ils se rechargent en énergie en nous prenant la nôtre … Face à eux point de salut. Un seul recours: La fuite! Mais patience ! Un jour, nous les « taiseux », les discrets, les gentils, les patients, allons perdre patience ! Et prendre enfin la parole. Aux armes les « taiseux ». Révoltons-nous, reprenons notre pouvoir ! Et faisons les taire, non de Dieu !

Méditation d’un soir d’été…

Hier soir, en rentrant à pied de chez Danielle, je suis passée devant le cimetière. Je le traverse souvent car ça raccourcit le trajet, et puis on y trouve silence et calme. Cela m’apaise. C’est souvent complètement désert, à part, parfois, une ou deux femmes, généralement âgées, qui circulent discrètement entre les tombes, un arrosoir à la main. Je marche dans la grande allée centrale, toute droite et plantée de cyprès centenaires, de pins, de micocouliers qui procurent une ombre très agréable en été. On aurait presque envie de s’y arrêter un instant et d’y installer un hamac, un transat pour s’y reposer…Si ce n’était pas un cimetière ! Les cigales grésillent tout autour, et curieusement, paradoxalement, créent une impression de calme, de vide…de silence !Primecombe (3) Quelquefois, quand j’ai le temps et l’envie, je m’arrête pour jeter un œil à la tombe de mes parents. Pas souvent car son état d’abandon et de délabrement me désole à chaque fois et j’ai un peu honte. Mais pas vraiment, car je ne pense pas que mes parents soient là. Et alors pourquoi fleurir et entretenir une tombe ? Parce que « cela se fait » ? Mais ce jour-là il était tard, les portes étaient déjà fermées et j’ai dû faire le tour. En passant devant l’entrée, j’ai remarqué une de ces présentoirs, comme on en voit devant les églises à l’occasion des enterrements. Ou devant la maison d’une personne décédée. En feuilletant le registre qui se trouve dessus, on peut lire le nom de la personne en question, signer et laisser un mot de condoléance à la famille. Il y a toujours un stylo et curieusement personne ne le vole jamais ! J’ai regardé le nom : « Olga B. » Cela ne m’a rien dit. Je ne la connaissais pas. J’ai passé mon chemin. Mais en continuant à marcher, j’ai pensé : Un jour il y aura devant le temple ou le cimetière, ou devant chez moi, un registre comme ça qui portera mon nom. Et quelqu’un en passant devant s’arrêtera par curiosité, lira mon nom, et se dira en faisant une moue : « Je ne la connaissais pas ». Et passera son chemin.

Moustiques, vous avez dit moustiques ?

Août s’achève doucement. Bientôt septembre et la rentrée des classes… « Colchiques dans les prés »  et la fin de l’été. Peut-être alors assisterons-nous, enfin, à la disparition des moustiques ! Oui,  car depuis quelques années les moustiques sont redevenus une calamité !

7 réponses à Blog

  1. Irène Fabry dit :

    C’est drôle, subtil et ça fait du bien

  2. Michèle Lého dit :

    Comme d’hab, sympa ton texte. C’est vrai on va vers l’été…
    grosse bise
    Michèle Lého

  3. FRANCOIS Nicole dit :

    La lyonnaise que je suis a bien reconnu les bons plats de sa région. Il fait bon dormir et se réveiller sans être malade lorsque certains font des déluges de nourriture et que le lendemain leur foie est bien fatigué. J’adhère bien à cette lecture pleine d’humour et aussi une certaine mélancolie.

  4. Matthieu dit :

    On est le dix-huit mai et je suis enrhumé, mais vraiment qu’elle plaie ce foutu moi de mai :D

  5. Lého dit :

    Très très beau texte

  6. thierry klein dit :

    Merci et bravo pour ta »belle écriture » !!!!!!!!

  7. régime rouge dit :

    Je dormirais moins bête aujourd’hui, je vous remercie de cet article de valeur

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