Blog 2 Journal d’une confinée (suite)

Journal d’une confinée  (suite)

Samedi 9 mai : 53ème jour de confinement / J-2 avant libération

Alors ? Avez-vous ciré  vos cartables, appointé vos crayons, et préparé votre trousse ? Parce que, ça y est,  les « vacances » s’achèvent…C’est bientôt la rentrée des classes….       Je ne sais pas vous, mais moi, c’est comme ça que je le ressens… Pourtant, je ne vais ni reprendre le chemin de l’école, ni reprendre le travail puisque les salles de spectacle restent fermées, ainsi que les salles de sport. Donc ni spectacles pour moi, ni cours de yoga ! Encore moins à la maison… Et pourtant, je me sens comme à la veille de la rentrée, avec un mélange d’impatience et de regret… En plus le temps va avec. Comme pour ajouter encore un peu plus à la mélancolie. Il fait gris comme en automne,  il pleuviote par moment. On aurait presque envie de ressortir les imperméables et les cache-nez. (En fait en guise de cache-nez, c’est plutôt les masques qu’il va falloir sortir !)  On se croirait vraiment à la fin des « Grandes Vacances ». Mais, je vous parle, là, d’une époque où la rentrée des classes avait lieu en octobre, et non pas fin août comme de nos jours….

Comme le raconte si bien Marcel Pagnol :  « A table, je mangeais de grand appétit, lorsque l’oncle Jules dit une phrase toute simple à laquelle je n’accordai d’abord aucune attention :  - » Je pense, dit-il, que nos paquets ne seront pas une très lourde charge sur la carriole de François… Qu’est-ce que tu en dis petit Paul ? »  Mais Paul ne put rien dire : je vis sa lèvre inférieure s’allonger… puis deux grosses larmes jaillirent de ses yeux bleus.       - » Qu’est-ce qu’il a ? » Ma mère le prit sur ses genoux : – « Mais voyons, tu sais bien que ça ne pouvait pas durer toujours ! »  Je pressentis un malheur : – « Qu’est-ce qu’elle a dit ? »         – « Elle dit, répondit l’oncle Jules, que les vacances sont finies !…Tu sais bien que lundi c’est la rentrée des classes ! » Je les regardais avec stupeur ! «-Voyons dit ma mère, ce n’est pas une surprise, on en parle depuis huit jours ! »  C’est vrai qu’ils en avaient parlé, mais je n’avais pas voulu entendre. Je savais que cette catastrophe arriverait fatalement comme les gens qui savent qu’ils vont mourir un jour. Mais ils se disent : « Ce n’est pas le moment d’examiner à fond ce problème. Nous y penserons en temps et en lieu. » Le temps était venu… »

Et  voilà ! Comme dans ce texte de Marcel Pagnol, le temps est venu. Ca y est, on ne rigole plus. On va reprendre notre vie d’avant. Plus d’échappatoire. Nous allons nous retrouver face à nous-mêmes. Oh ! c’était déjà commencé mine de rien, en catimini. Déjà depuis une semaine, les voitures et les piétons avaient repris peu à peu possession des rues…Le village semble s’être réveillé… Et comme pour fêter dignement cette fin du confinement mes lys sont en fleurs ! Depuis le temps que je les guettais, que je les surveillais, que je les défendais, bec et ongles, contre les escargots …20200509_092356_resized

Mais là, pour moi qu’est-ce que ça va changer concrètement ? Pas grand-chose. Si, je vais pouvoir marcher plus longtemps, faire de plus longs trajets dans la garrigue. C’est vrai qu’en une seule heure, on ne peut pas aller bien loin. Ca avait un petit goût de « revenez-y ».  Peut-être j’irai marcher avec une ou deux copines, triées sur le volet, en respectant les distances de sécurité et les gestes barrière, car prudence, on déconfine, mais la pandémie est toujours là et le virus actif … Ce sera à peu près toute la différence.

Vu que le sport en salle est interdit jusqu’à nouvel ordre, je ne peux reprendre mes cours de yoga. Même en plein air il faudrait une distance de 4m2 entre chaque personne. Donc, déjà pour 10 personnes il nous faudrait un espace disponible de 40m2 ! Rien que ça ! Il faut déjà le trouver ! Ensuite comment se faire entendre de 10 personnes dans 40m2 en plein air ? Donc, pour le yoga c’est mort, au moins jusqu’à la rentrée de septembre…. Comme je donnais huit cours par semaine…

Reste le Taï Chi et le Gi Gong. Même problème que pour le yoga. A part que, pour le Gi Gong, on a moins besoin de parler. Ce serait donc jouable… 20190730_195637_resizedA  condition qu’il fasse beau !  Et ça devra demander une sacrée organisation. Et puis les personnes seront-elles partantes pour pratiquer en plein air ? Ne vont-elles pas craindre la contamination, le chaud, le froid, les courants d’air, les herbes, les insectes, les moustiques? Qui sera au rendez-vous ? Tout ça n’est pas simple. Je pense que je ne vais pas pouvoir recommencer tout de suite.

Bref,  tout ce qui rythmait mes journée « avant » ne va pas se remettre en place « après ». Enfin, dans un premier (long) temps. Tout ce que j’aimais avant, tout ce qui est agréable, le théâtre, la musique, le cinéma, le sport, la randonnée n’est pas possible, ou difficile. Et c’est normal, je le comprends. Mais vous comprendrez aussi que je ne sois pas hilare.

Non, ce déconfinement ne me met pas en joie.( Il n’y a que le Medef qui s’en réjouisse !) Tout ce qui faisait la convivialité, le lien entre les personnes, les cafés, les restaurants, les concerts, les festivals sont toujours consignés. Pas de fiesta. Tout ce qui reprend c’est tout ce que je déteste, tout ce qui sépare les hommes, les dresse les uns contre les autres, le travail, les voitures, le bruit, la pollution, la compétition, le chacun pour sa gueule…Oui, je sais, il faut que l’économie reprenne. Je sais ! On nous la bien seriné ! Mais…Comme je l’écrivais il y a longtemps :

« Je n’aime pas les mots de décharge publique, De maison de retraite, voie de garage, trop plein, Le mot « épuration », le mot « économique », Ces diktats péremptoires, méprisants et hautains. Comme si la vie humaine n’était qu’une boutique Où l’on compte ses sous en rationnant le vin !

Alors ? Rien de changé pour moi ? Rien de notable, pour le moment, en tous cas, en ce qui concerne le futur proche. Rien… A part ce petit morceau d’accordéon que je jouais tous les soirs sur mon balcon, et que je ne jouerai plus. Je vais le regretter… Qu’en sera-t-il par la suite ? Que sera le monde « d’après » ? Pareil ? Différent ? Meilleur ? Pire ?                         Je fais des vœux pour qu’il soit meilleur !

Dimanche 10 mai : 54ème et dernier jour de confinement / J-1 avant libération

Allez ! Un, deux, trois. Prêts ? Partez !

« Ils partaient, autrefois, pour se couvrir de gloire,

Rapporter le saint Graal, sauver Jérusalem, Et, tout leur était bon, le feu, les dieux, l’or noir, Les trésors des Incas, le trône de Bohème, Tout n’était que prétexte, il suffisait d’y croire: Tuer pour protéger la veuve et l’orphelin, Tuer pour libérer un bout de territoire,  Et violer et tuer la veuve et l’orphelin, Et encore, et toujours, partout, la même histoire Tout n’était que prétexte à guerroyer sans fin!

Ils partaient en chantant, comme on part en goguette, Et, ils nous laissaient là, comme on laisse son chien, Cendrillon, Pénélope, Ariane, aux oubliettes, Avec tout le bétail, avec le quotidien, Sous l’œil sans indulgence et jaloux de leurs mères, Avec tous ces enfants accrochés à nos seins, Vierges sages, vierges folles, et puis veuves de guerre, Car, bien sûr, bien souvent, ils n’en revenaient point, Ou alors, en morceaux, sans plus toute leur tête, Diminués, aigris, désenchantés, éteints.

Ils partent, aujourd’hui, pour bien d’autres conquêtes, Pour bien d’autres exploits, pour bien d’autres victoires : Ils jouent à être Dieu, ils refont la planète ! On veut des fraises bleues, des pêches à goût de poire, Des seins comme des melons, un nez, une autre tête, Et puis, changer de sexe. Allez ! Comme à la foire. On trafique les saisons, on tripote les gênes, On clone n’importe quoi. Qu’importe le ciboire, Nous serons immortels ! Nous chantent les sirènes. Être Dieu, finalement, c’est pas la mer à boire !

Il a marché sur l’eau ? On surfe sur Internet, On marche sur la lune ! Mais, fait contradictoire, On règle les conflits à coups de baïonnettes, A coups de poings, toujours, comme à la préhistoire ! On est sourds et aveugles, on n’en fait qu’à notre tête, Et après, on s’indigne : « Dieu a laissé faire ça ! » Mais qui sème le vent, récolte la tempête, Et nos vaches sont folles, et nos marées sont noires, Et les tours de Babel s’effondrent, là-bas, aux States, Et Caen et Abel s’entretuent à Gaza

Ils peuvent être, parfois, intelligents et sages, Généreux, fraternels, pacifistes, à leurs heures. Les vieux démons s’endorment, on croit guérie la rage, On crée les droits de l’homme et les restaus du cœur. Mais toujours se réveille en eux la part sauvage, Cette peur qui les rend avides et prédateurs. D’une main ils construisent, de l’autre ils saccagent, Ils tueraient père et mère pour quelques fifrelins, La raison du plus fort comme seul apanage, La Bourse et le Veau d’Or, maître et dieu souverain !

Mais, qu’est-ce qui les rend, à ce point, boulimiques ? Est-ce l’instinct de vie, ou l’ennui Pascalien ? Ou la pulsion de mort ? Ou bien la peur du vide ? Qui les pousse toujours à aller voir plus loin, A toujours vouloir plus, plus haut, plus fort, plus vite, A toujours convoiter la vache du voisin, A toujours vouloir prendre la place du calife, A se battre pour gagner ! Qu’importe le butin ! Mais quelle est cette faim, qui ne peut s’assouvir, Qui les pousse toujours à guerroyer sans fin ? »

M.H.COURTIN 13.O1.2OO4PART_1589111537039

Bon, je fais des vœux pour que, pendant cette période de confinement, nous ayons tous compris pourquoi nous passions notre temps à courir pour aller décrocher la lune. Pour que nous ayons trouvé quel manque en nous nous poussait à cette fuite destructrice en avant. Ainsi, peut-être, nous prendrons-nous d’un bon pied pour ce nouveau départ. Peut-être nous arrêterons-nous enfin de courir pour regarder ce qu’il y a de beau…

C’est le moment ou jamais de prendre de bonnes résolutions. Parce que là on y est ! C’est comme au 1er janvier : « Demain je me mets au régime, demain finis les apéros, finies les grasses matinées, finies les siestes, crapuleuses ou non, finies les heures passées dans la cuisine à mitonner de  bons petits plats, finies les parties de cartes, finis les petit gâteaux à quatre heures pour le goûter ! »

Fini tout ça. Demain, il va falloir marcher droit !

AU BOULOT !

 

Lundi 11 mai : Premier jour de « liberté » /  Dernier post : « The last puff »

 

Alors heureux ? Heureuses ?

Et bien, moi pas ! Pour notre premier jour en liberté, la météo ne nous a pas fait de cadeau : Il pleut !

« Il pleut
Sur le jardin, sur le rivage
Et si j’ai de l’eau dans les yeux
C’est qu’il me pleut
Sur le visage… »

Un vrai temps pourri. C’est râpé pour ma première grande balade en garrigue ! Pas de chance. Non, vraiment, ce n’est pas une réussite cette journée. Ironie du sort : Il fait un temps à rester confiné… Ceci dit, c’est sans doute mieux pour ceux qui ont dû aller travailler ce matin. Ca leur a été peut-être moins difficile que s’il y avait eu un grand et beau soleil. Sinon il leur aurait fallu beaucoup plus de courage pour aller s’enfermer au boulot. Avec cette pluie et ce temps froid, ils auront dû avoir moins de regret…J’espère pour eux.  A part ça rien à signaler…Si ! la reprise du trafic des voitures dans ma rue. Incessant ! C’était prévisible mais ça n’a pas loupé !

J’ai entendu à la radio que, pendant le confinement, les français ont consommé, paraît-il, moins de rouge à lèvres, moins de bonbons, moins de chewing-gum, moins de champagne…. Et plus de gants de ménages, plus d’eau de javel, plus d’ingrédients pour faire la cuisine… sans compter le papier toilette bien entendu…

Mais quelle déception ! Quelle tristesse cette journée ! Quelle tristesse ! Ce vilain temps m’a coupé tout mon élan, a sapé tout mon enthousiasme. Je me faisais un plaisir, pour ce dernier post, de parler de choses gaies, de donner bonnes nouvelles, d’adopter un ton joyeux, positif, constructif. De paraître confiante en l’avenir, de pouvoir communiquer de l’espoir dans des lendemains qui chantent…

Hélas ! Pour moi, ce jour de déconfinement ne fut qu’une déconfiture. Il s’est révélé n’être banalement qu’un jour de confinement supplémentaire. Avec une belle rechute de cocooning ! Envie de rien… Sortir pour quoi faire avec ce temps ? Le matin un peu de méditation et de Gi Gong. Après le repas de midi, totalement déprimée devant la pluie qui tombait sans cesse, j’ai passé tout l’après-midi à regarder une série policière. Très bonne série qui se passe aux Îles Shetland avec de magnifiques paysages désolés, où malheureusement il pleut (presque) toujours. En tous cas il pleuvait dans cet épisode. C’était en accord avec le temps au dehors. Mais, ça n’a pas contribué à rehausser mon moral.20200501_151954_resized

Même mes deux chats qui pourtant depuis quelques temps avaient pris leur quartiers d’été, s’étaient réfugiés frileusement à l’intérieur. Ils avaient l’air de s’ennuyer ferme eux-aussi. Ils tournaient en rond, désoeuvrés, mécontents, se laissaient tomber en soupirant sur le tapis, se grattaient avec conviction, se lavaient consciencieusement pendant des minutes entières, puis dédaigneux, allaient renifler leur assiette comme si j’avais pour habitude de les laisser mourir de faim. Finalement ils venaient se coucher sur mes genoux, se disputant la place et s’endormaient quelques secondes. Puis se levaient, et recommençaient à tourner en rond, à réclamer à manger… Oui, même les chats sont sujets à la tentation du grignotage. Bien entendu pas de balade en garrigue. Pffft ! Et la météo nous promet ce genre de temps toute la semaine avec de petites éclaircies par moment. Ca promet. Si ça continue longtemps, je crois que je vais virer neurasthénique…

Non, vraiment, de mon petit bout de la lorgnette à moi, je n’ai pas senti un grand vent de liberté me soulever, m’emporter. Peut-être demain ?

 

 

 

 

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